skip to Main Content

Traces d’armes à feu
(2ème édition revue et augmentée)

Sous la direction d’Alain Galluser
Lausanne, Suisse : Presses polytechniques et universitaires romandes. 2014

Présentation du profil et programme de criminalistique offert par l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)

Après plus d’une demi-douzaine d’années de réflexion et d’étude, l’UQTR a lancé en septembre 2012 un profil criminalistique au sein de son baccalauréat de chimie. Dès septembre 2015, une maîtrise en criminalistique sera offerte à ses finissants, mais aussi aux bacheliers scientifiques intéressés par une recherche en la matière sous réserve d’un propédeutique, répondant ainsi aux attentes du rapport de l’académie des sciences américaines de 2009 (Strengthening forensic sciences in the USA) et du Hart House Report canadien de 2013 constatant la fragmentation des disciplines constituant la forensique, l’absence de robustesse scientifique des conclusions de nombre d’entre elles et appelant à une meilleure collaboration entre les milieux opérationnels et les universités avec des budgets et une démarche dédiés. Le profil ajouté au baccalauréat en chimie repose sur une formation fondamentale en chimie contemporaine, reconnue par l’Ordre des chimistes du Québec. La portion dédiée à la criminalistique (42 crédits sur 90) est suffisamment étoffée pour assurer une connaissance adéquate et une identité professionnelle claire aux étudiants, axées sur la trace, vestige physique, chimique, biologique ou numérique d’une activité passée litigieuse à reconstruire.

Dans le cadre de la maîtrise, en plus d’approfondir ses connaissances générales en criminalistique, sensibilisé à la nature spécifique de la trace matérielle, l’étudiant sera invité à développer sa réflexion au regard de sa gestion et de son analyse comme vecteur d’information dépassant la résolution d’un fait singulier (enquête, événement) pour l’intégrer dans des analyses opératives et stratégiques faisant appel à la théorie de la décision. Aussi, c’est au niveau de la maîtrise que l’étudiant sera amené à mettre en pratique l’interdisciplinarité nécessaire à la criminalistique (physique, chimie, biologie, traitement du signal, ingénierie pour la spécialité analytique ; mathématique – probabilités subjectives, réseaux bayésiens d’inférence, fonctions d’utilité et de gain, fouille de données -, sciences cognitives, droit, criminologie, mais aussi philosophie pour la spécialité interprétation). En fait, une constante forte d’interprétation balise la formation et la recherche initiées à l’UQTR, intégrant le passage de l’analytique à la rhétorique.

Alors que la criminalistique est plus particulièrement comprise en Amérique du nord comme la science de l’individualisation, et que le substantif « criminaliste » a été adopté pour désigner un avocat en droit criminel au Québec, le terme forensique a été retenu pour désigner cette formation nouvelle de gestionnaire généraliste de la trace que l’UQTR forme de manière exclusive au Québec, défini par le Directeur de l’École des sciences criminelles de Lausanne comme « L’étude des traces en lien avec des activités criminelles, délictueuses ou accidentelles, et leur exploitation dans le cadre d’expertises et d’enquêtes en matière civile, pénale, criminelle, réglementaire ou administrative. ». Logiquement, le spécialiste formé prend le nom de forensicien, les deux termes existant dans les langues françaises pratiquées en Suisse et en Belgique. Pour clore (ou ouvrir) ce débat, il est bon de noter que le terme forensique est de plus en plus souvent utilisé en France, juste retour de l’histoire, puisque le vocable « forensis », d’origine latine, est apparu pour la première fois dans le dictionnaire Diderot et d’Alembert de 1751…

La criminologie examine les causes et les manifestations du phénomène criminel ainsi que les interactions du criminel avec la société (pénologie, droit pénal comparé, droit pénal international, etc.). Plus proche de disciplines comme la sociologie et la psychologie, elle s’intéresse aux crimes, à ses dérivés ainsi qu’aux aspects sociaux auxquels ils sont reliés. La forensique vise à administrer la preuve matérielle. Au Québec, le travail de collecte des traces est généralement effectué par les techniciens de scène de crimes qui confient le travail d’analyse au Laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale (LSJML) ou la Division de l’identification judiciaire de la Sûreté du Québec, selon la nature des traces. Une analogie est souvent présentée avec la médecine, d’autant plus opportune que ces deux pratiques opèrent à partir de traces d’une action passée singulière à traiter, les symptômes pour le médecin, les indices pour le forensicien. Pour le premier, les actes d’intervention sont du ressort du paramédic, tandis que le traitement spécialisé est du domaine du médecin spécialisé, mais le médecin généraliste (ou de famille) est sensé assurer la cohérence du système (non seulement vis-à-vis du cas à traiter, mais aussi sociale et financière en matière de santé publique). Si le technicien de scène de crime peut aisément s’apparenter au paramédic et l’expert au médecin spécialisé, aucun échelon correspondant au médecin généraliste n’est identifié en police scientifique, alors que de nombreux pays tentent de réponde à ce besoin via des coordinateurs forensiques issus soit des techniciens (voir le modèle de la gendarmerie nationale française par exemple), soit des laboratoires (pratiques plutôt développées dans certains pays anglo-saxons). L’UQTR a opté pour une formation définissant une fonction nouvelle spécifique, à l’image de l’un de ses partenaires stratégiques, l’École des sciences criminelles de Lausanne (Suisse), première formation académique ayant lancé cette approche dès 1909.

D’ores et déjà, le programme est honoré des collaborations mises en œuvre avec l’École des sciences criminelles de Lausanne, l’École nationale de police du Québec, le Laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale du Québec, la sûreté du Québec, l’Institut national de santé publique du Québec, différents corps policiers québécois, le premier d’entre eux ayant été la Sécurité publique de Trois-Rivières, la Direction de la protection de la faune du ministre de l’environnement et du développement durable du Québec, l’Association québécoise de criminalistique, la gendarmerie royale du Canada, le Collège canadien de police. Enfin, les professeurs recrutés spécifiquement pour développer le programme en criminalistique ont été cordialement accueillis comme chercheurs réguliers au Centre international de criminologie comparée de l’École de criminologie de l’Université de Montréal.

Le rédacteur de la présente recension reste à la disposition du lecteur pour de plus amples renseignements sur ce programme.

 

Recension

Ayant leur siège social à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) sur le campus universitaire, les presses polytechniques universitaires romandes (http://www.ppur.org/ ) produisent depuis le début des années 2000 des ouvrages forensiques rigoureux s’imposant comme des références en langue française, diffusant principalement les travaux de l’École des sciences criminelles. Leur réputation a dépassé les frontières européennes, puisque les chercheurs de l’École de criminologie de Montréal y ont fait déjà deux fois appel, en 2008 pour le Traité de sécurité intérieure (édité par Maurice Cusson, Benoît Dupont et Frédéric Lemieux), et en 2011 avec L’art de la sécurité de Maurice Cusson.

« Traces d’armes à feu » est le 22ème des 23 publications sorties de ces presses dans le domaine des sciences criminelles, représentant une collection de 16 ouvrages de référence, une fois décomptées les éditions nouvelles, revues, corrigées et augmentées. La qualité et la pluridisciplinarité complémentaire des auteurs de cette nouvelle édition (répertoriés à la fin de l’ouvrage et associant l’Institut de police scientifique, le laboratoire de police scientifique de Paris, la police judiciaire fédérale suisse, le Centre de physique et de balistique de l’institut de médecine légale de Berne, l’EPFL, le laboratoire Microscan SA et un magistrat belge) , la mise à jour de chacun des chapitres d’origine et l’ajout d’un chapitre complet dédié à l’interprétation excusent la longue attente du lecteur de la première édition parue il y a plus de 10 ans.

Composé de six chapitres, trois annexes, un glossaire des termes techniques, un lexique français – anglais – allemand et un index pour un total de 480 pages, écrit avec un souci de clarté pour le lecteur sans connaissance préalable, l’ouvrage couvre tous les sujets intéressant l’expert, le criminologue, le policier, le juriste, voire l’amateur. Bien qu’abordant la législation des armes à feu dans le contexte suisse avec une ouverture finale sur les pays francophones limitrophes, le chapitre 1 embrasse les différentes classifications légales, pratiques et techniques permettant de définir ce que sont les armes à feu. Il soulève pertinemment des questionnements sur les arguments pro-armes américain ou des lobbys des amateurs des armes à feu. Le chapitre 2, plus technique, décrit les composants des armes et munitions, permettant la compréhension de la balistique au chapitre 3, à savoir aussi bien les lois physiques (mécanique et thermodynamique) modélisant le fonctionnement d’une arme lors du déclenchement du coup (balistique intérieure), du départ du coup (balistique intermédiaire), la balistique de vol du projectile (balistique extérieure) jusqu’au but et les dommages causés (balistique terminale). Ces éléments posés, les deux chapitres suivants décrivent l’abondance des traces à la disposition du forensicien que ce soit sur les armes et éléments de munitions incluant la puissance, mais aussi les limites des systèmes automatisés d’identification d’armes à feu (chapitre 4) ou les résidus de tir, leur signification et leur analyse chimique (chapitre 5). Rédigé par le professeur Franco Taroni et le docteur Alex Biedermann, tous deux experts reconnus dans l’interprétation probabiliste subjective des indices judiciaires, le chapitre 6 est la nouveauté de cette nouvelle édition, rappelant aux praticiens et aux destinataires de leurs rapports les limites scientifiques de toute expertise et, conséquemment, la forme logique que devrait prendre toute conclusion d’identification. Pour ceux qui n’y sont pas (encore) familiers, ce chapitre introduit le modèle bayésien général d’interprétation, s’affirmant à ce jour comme « le mieux adapté pour aider à la compréhension de l’évaluation de l’indice scientifique » (P385), avant de proposer des solutions d’évaluation de la force probante des indices balistiques et de résidus de tir intégrant les outils d’aide à la décision qui en découlent (réseaux bayésiens d’inférence), dans une démarche qui se veut pédagogique et pratique.

Puisqu’une recension se veut aussi critique, outre quelques erreurs typographiques se comptant sur les doigts d’une main, je ne peux que regretter que l’index pèche par défaut d’exhaustivité sur les noms (et les nombreuses illustrations) d’armes apparaissant au fil des pages, qui aurait même pu justifier une annexe spécifique.

Pour autant, le réviseur souscrit à la conclusion de la préface de Jan de Kinder, Directeur de l’Institut national de criminalistique et de criminologie de Bruxelles, « [c]e livre est unique de par la démarche scientifique qui sous-tend les sujets traités », mais, à la différence de ce forensicien conclut assurément qu’il est d’ores et déjà « l’ouvrage de référence dans ce domaine ».

FRANK CRISPINO
Université du Québec à Trois-Rivières

Back To Top
×Close search
Rechercher