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Meurtriers sur mesure

Par Jean-Claude Bernheim
Montréal : Éditions du Méridien. 2017.

Jean-Claude Bernheim est l’auteur ou le co-auteur de plus de douze (12) livres en criminologie, depuis « Les complices: police, coroner et morts suspectes » en 1980 jusqu’au « Le cas Derosby: le combat d’une vie pour la dignité et la justice » en 2014. Diplômé en biologie et en criminologie, cet auteur est d’une certaine façon « unique » au royaume de la criminologie et du droit pénal. En effet, il a dirigé pedant plus de 25 ans « L’Office des droits des détenus » de la Ligue des droits de la personne du Québec et il continue de s’impliquer chaque jour dans ce dossier. De plus, il est chargé de cours en criminologie, depuis plus de 25 ans également, aux universités de Montréal, d’Ottawa, de Québec (U-Laval) et de Winnipeg (U-St-Boniface). Ses livres sont toujours fort « engagés » sur le thème des droits de la personne à partir de cas concrets tirés de l’actualité policière, judiciaire et carcérale. À ce titre, il est souvent interviewé à la télévision et à la radio sur de tels sujets « brûlants ».

Son nouvel opus criminologique est de nouveau la preuve de son engagement professionnel en la matière. Les criminologues et les juristes devraient davantage lire ce genre de livre afin de dépasser la théorie de la justice pénale pour rejoindre la pratique de cette justice pénale, avec tous les défauts qu’il nous faut corriger au quotidien de cette pratique. Dans ce « Meurtriers sur mesure » l’auteur écrit un récit captivant qui nous fait revivre l’interaction entre les différents acteurs d’un drame pénal: les témoins, les policiers, les avocats, les juges, les accusés et leur famille. En 1990, à Val d’Or, une petite ville au nord du Québec, une jeune fille de 14 ans a été sauvagement assassinée. Ce crime odieux bouleverse profondément la population et entraîne deux jeunes résidents de la région à être arrêtés sans mandat et injustement condamnés à la prison à perpétuité. Or, l’enquête policière et le procès ayant mené à cette sentence sont entachés de nombreuses irrégularités, de tentatives flagrantes de manipulation auprès de plusieurs témoins et d’informations cachées par les enquêteurs, données qui auraient permis de disculper les accusés. Cette affaire connaîtra son dénouement en 2006 avec l’acquittement de l’un et la libération de l’autre. Dans ce récit policier et judiciaire, les faits sont exposés tels qu’ils se sont déroulés pendant seize (16) ans. L’auteur a reconstitué le fil des événements à partir des notes manuscrites quotidiennes des policiers, des centaines de documents liés à l’enquête et de la preuve qui a été remise à la défense lors des procès et des appels. Rien dans ce livre n’a été inventé ou imaginé. Tout, absolument tout, est authentique. C’est d’ailleurs la marque de commerce de l’auteur lors de ses livres précédents: pas de compromis avec les faits. « Simplement les faits », comme on dit.

Ce récit captivant nous fait revivre l’interaction entre les différents acteurs de ce drame: les témoins, les policiers, les avocats, les juges, les accusés et leur famille. Il nous entraîne dans une spirale d’événements aussi surprenants qu’inquiétants. Quand au véritable meurtrier, il court toujours en 2017, « prisonnier de sa conscience », nous dit l’auteur. Un extrait de la préface du livre (pages 7 et 8), par un éminent juriste-praticien du droit pénal, Me Jean-Claude Hébert, mérite d’être retenu: « Pour la Cour suprême du Canada, l’affaire constitue clairement un déni de justice. Le poursuite (procureur et policiers) a porté atteinte au droit fondamental des accusés de préparer et de présenter une défense pleine et entière. De nombreux éléments de preuve pertinents furent volontairement cachés à la défense … Pour sa part, la Cour suprême s’est abstenue de se prononcer sur la culpabilité ou l’innocence des accusés. L’intérêt du livre de Jean-Claude Bernheim c’est que son analyse va plus loin que le déni de justice. Prenant appui sur de multiples pièces du dossier, l’auteur examine minutieusement l’hypothèse d’une véritable erreur judiciaire … » Les accusés seraient-ils de fait innocent ? Ce livre fascinant de Jean-Claude Bernheim nous permet de le croire, nous semble-t-il.

ANDRÉ NORMANDEAU
Université de Montréal

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