RCCJP – Volume 64.3 (2022)
Le parloir / Manigances et déchéance de Maurice ‘Mom’ Boucher
Par Éric Thibault et Félix Séguin
Montréal : Les Éditions du Journal. 2022. 293 p.
Les criminologues et les criminalistes négligent trop souvent la lecture de livres dits « populaires » sur les criminels et le système de justice pénale, car, disent-ils, ce sont des livres à sensation qui ne reflètent pas vraiment la réalité quotidienne. Permettez-moi, à titre de criminologue, de différer d’opinion avec eux, du moins dans un certain nombre de cas. En effet, certains de ces livres sont fort importants pour comprendre les dessous cachés de la criminalité, de la police, des tribunaux et des prisons, autant pour des visées de répression que de prévention. Il en est ainsi de ce livre par Éric Thibault et Félix Séguin: « Le parloir / Manigances et déchéance de Maurice ‘Mom’ Boucher ». Le livre est écrit par ces deux journalistes de renom, aguerris et très compétents en la matière, qui, depuis plusieurs années, ont littéralement pénétré en profondeur le monde criminel de la mafia québécoise et même canadienne. Ils ont d’ailleurs publié par le passé d’autres livres fort pertinents sur le sujet du crime organisé, dont « Le livre noir des Hells Angels » (2019). Cette fois-ci, leur radar est pointé vers un cas célèbre du monde criminel, soit celui de Maurice ‘Mom’ Boucher.
Figure de proue de la guerre des motards qui a fait rage au Québec dans les années 1990, Maurice ‘Mom’ Boucher croupit aujourd’hui en prison pour avoir commandé en 1997 les meurtres de deux agents correctionnels. Incarcéré depuis l’an 2000, le plus notoire des Hells Angels québécois a été mis à l’écart de sa bande de criminels en 2014. Ses derniers coups d’éclat, en direct du pénitencier « super-max » de Sainte-Anne-des-Plaines au Québec, lui ont valu de nouvelles accusations qui le feront chuter encore plus bas. Cette fois-ci, il s’agit d’un complot de meurtre sur la personne de Raynald Desjardins, un caïd influent. Boucher n’est pas seul à faire face à la justice pour ce crime: sa propre fille est au coeur de l’enquête. Ce livre raconte de quelle façon les manigances du plus influent criminel québécois des trente dernières années l’ont mené à sa perte, en plus d’exposer les ramifications tentaculaires entre les différentes factions du crime organisé.
Les futurs étudiants en criminologie auraient avantage il me semble à lire davantage, de temps en temps, des livres d’actualité criminelle, comme ce livre d’Éric Thibault et de Félix Séguin, par exemple, afin d’équilibrer les aspects théoriques et pratiques de leur formation collégiale et universitaire.
ANDRÉ NORMANDEAU
UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL
