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Le cas Derosby / Le combat d’une vie pour la dignité et la justice

Par Jean-Claude Bernheim
Montréal: Les Éditions Accent Grave. 2014.

Le crime d’État, cette association de terme peut être considérée comme une inadéquation, une maladresse terminologique voire irrespectueuse envers un organe souverain dont la confiance, l’éthique et l’irréprochabilité doit émaner. Or, l’éminent criminologue canadien, Jean Claude Bernheim entrevoit une brèche quant à l’antagonisme de ces deux termes. L’auteur soulève cette discussion délicate de Crime d’État qui existe, notamment, dans les sociétés démocratiques telle que le Canada. Parmi ces ouvrages enrichissants, l’auteur avait déjà démontré dans Le harcèlement psychologique comme crime d’État[1] qu’une agente de libération conditionnelle du Service correctionnel du Canada[2] a été victime d’un crime d’État par la négation de l’applicabilité des normes juridiques de la part de ses supérieurs hiérarchiques, dont le ministère. Au sujet du silence et de l’impunité de ces actions, il n’est pas étonnant de constater une récidive. La présente analyse expose un engagement patriotique, plus encore la confiance d’un citoyen altruiste voulant servir son pays et protéger sa Nation et ses concitoyens. Le soldat Desroby en intégrant les Forces canadiennes ne pensait pas trouver un autre ennemi envers ses supérieurs. Cet ouvrage relate les faits véridiques d’une affaire qui aurait pu en rester à la condamnation des coupables, et cela sans faire de dégâts. Cependant, l’honnêteté et la bienveillance de ce soldat lui ont couté sa santé physique et mentale, en entrainant sa vie personnelle et professionnelle.

La richesse de cet ouvrage est cet éclairage pour le lecteur qu’il soit criminologue, juriste, professionnel en sciences humaines et sociales ou bien un citoyen averti, d’une carence dans la reconnaissance et la prise au sérieux du stress post-traumatique des soldats. L’auteur prend le soin de guider le lecteur avec beaucoup de pédagogie. Ainsi, Jean Claude Bernheim commence par expliquer dans son chapitre premier ce que les chercheurs, les analystes, les criminologues ou les juristes entendent par crime d’État, concept très controversé. À travers les onze chapitres, l’auteur soulève des interrogations légitimes quand à la frontière d’un crime d’État avéré, ce qui est difficile lorsque l’on sait que le défendeur est ce Léviathan tant décrié et dont tout combat contre lui est un risque surdimensionné.

Après une recherche bien documentée, l’auteur fait état des malversations (chapitre troisième) qui a été l’élément déclencheur de l’affaire Derosby, puis s’ensuivent les faits relatifs au harcèlement (chapitre quatrième). Ce dernier chapitre démontre une absence de reconnaissance et une incapacité à traiter un stress post-traumatique des soldats. Ces problématiques sont mal acceptées de la part des ministères qui en ont la charge, soit par ignorance soit par volonté de véhiculer une image forte du corps des armées. Le cinquième chapitre, la perquisition illégale démontre la fragilité du soldat face au harcèlement dont il a été victime avec sa femme. Cet événement marque un tournant dans sa phase de stress post-traumatique. À cet instant, les autorités compétentes auraient dû et pu accompagner le soldat dans un projet de guérison, mais les agissements et les comportements des supérieurs ont pris une autre alternative, au point où la loi a été détournée afin de servir un groupe de personne au détriment des autres. Ce cinquième chapitre avec l’aide du sixième expose de manière objective les faits en ne s’appuyant que sur les documents officiels et les témoignages des victimes. Ils décrivent le déroulement des faits, laissant le lecteur perplexe dans l’incompréhension de l’inaction des supérieurs malgré leur observation.

Le huitième chapitre illustre l’atteinte à la dignité d’un homme, et les victimes par ricochet de ce déni de justice. Le neuvième chapitre fait état du milieu de travail qui est peu être du à une organisation dont le fonctionnement ne prévaut aucune remise en question, ni même reconnaissance d’une faute d’un de ces agents, au prix parfois d’une vie…

Cependant, nous soulevons une petite faiblesse quand au chapitre dix, selon notre regard, il aurait été plus opportun de le placer parmi les premiers chapitres pour que le lecteur puisse apprécier le paradigme entre le droit tel qui édicté et tel qu’il devrait être appliqué, surtout par des institutions.

Puis, le dernier chapitre est une analyse objective d’un criminologue d’un crime qualifié de crime d’État. Cette analyse décortique, se questionne sur cet immobilisme de reconnaître le soldat comme étant atteint d’un stress post-traumatique, mais également sur les raisons d’un acharnement envers un homme vulnérable aussi bien physiquement que mentalement.

Enfin, cet ouvrage se termine avec un entretien entre une criminologue, Annie Lachance et la victime, le soldat Robert Derosby. Cet entretien semi-directif a permis à la victime d’exprimer son état de détresse et de faiblesse face aux événements. Surtout entend par les réponses du soldat, cette incompréhension face à une situation qui était des plus légitimes.

Pour conclure, ces hommes et femmes engagés pour servir leur Nation doivent pouvoir exercer leur devoir sans aucunes représailles, même s’il existe une dénonciation d’une action illégale de la part de collègue ou bien de supérieur. En s’engageant, le soldat Desroby pensait que le danger pouvait survenir de l’étranger, mais c’était sans compter le fonctionnement opaque et maitrisé des Forces canadiennes.

Le stress post-traumatique des soldats et anciens combattants est une réalité dont les États ne peuvent faire l’impasse, au risque de mettre en danger une Nation dans sa totalité.

SAMIRA FIGUIGUI
Université Laval (Québec) et Université de Grenoble (UPMF)


 

[1] Jean-Claude Bernheim et Karine Cyr, collaboration d’Annie Lachance Montréal, Québec : Les Éditions du Méridien/Éditions cursus universitaire, 2003

[2] Équivalent de l’Administration pénitentiaire française.

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