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RCCJP – Volume 64.3 (2022)

L’avenir du travail policier

Par Benoit Dupont, Anthony Amicelle, Rémi Boivin, Francis Fortin, et Samuel Tanner
Montréal : Presses de l’Université de Montréal. 2021.186 p.

Ce livre a comme objectif de cerner les tendances sociales, technologiques et économiques reliées à l’avènement des environnements numériques qui transforment le travail policier pour assurer la sécurité citoyenne. Ce livre est constitué d’une introduction, de cinq articles et d’une conclusion.

Le premier article, La police, la radicalisation et l’extrémisme violent, par Samuel Tanner.

L’article distingue les notions de radicalisation et d’extrémisme et propose ses définitions. Dans cet ordre d’idée, il est courant d’associer l’extrémisme violent aux mouvances du radicalisme de la droite et de la gauche, ce que l’auteur nuance. Selon lui, les technologies disponibles aux policiers évoluent rapidement, et nécessite des outils de visualisation, telle que l’analyse de réseaux qui observe les relations complexes entre divers groupes radicaux, potentiellement violents. L’auteur traite également des défis posés par la régulation des mondes numériques (Web) et il conclut que, pour être opérationnelles et efficaces, les agences de police et publiques doivent travailler en réseaux fondés sur des relations de confiance. Cette proposition, tout louable soit-elle, est difficile à atteindre parce que ce genre de fonctionnement est peu présent dans les cultures policières.

Le deuxième article, La police et la prévention de la cybercriminalité par Benoit Dupont

Dans cet article, l’auteur postule que les organisations policières peinent à effectuer la transition vers les environnements numériques exploités par des groupes criminels à travers le monde. Il traite des principales difficultés rencontrées par les organisations policières. Les résultats de recherches signalent que la cybercriminalité est devenue la principale forme de crime contre la propriété et que celle-ci est largement absente des statistiques officielles. L’auteur parle de l’expertise policière à travers cinq grands défis allant de la perception des policiers quant à la gravité de la cybercriminalité, aux besoins de formation spécialisée en stratégies d’intervention. Cet article dresse un portrait des difficultés et contraintes qui confrontent les organisations policières à travers le monde occidental pour intervenir sur les formes de criminalités numériques. À l’heure actuelle, un fort volume de cette criminalité demeure impuni. Pour l’auteur, l’avenue la plus prometteuse est celle de la collaboration entre les polices publiques, les agences gouvernementales et le secteur privé.

Le troisième article, La police et les critères d’évaluation de son rendement par Rémi Boivin

Dans cet article, l’auteur montre que les données de la criminalité, au niveau des organisations policières, ne tiennent pas compte du déplacement de la criminalité vers des stratégies ayant recours aux mondes numériques. Les modalités d’évaluation, ou l’absence de celles-ci, sont présentées selon quatre types : la police de tranquillité publique, évaluée de façon rudimentaire; la police d’enquête, évaluée selon les taux de résolution qui ne montrent qu’un volet de la réalité; la police de renseignement et la police des foules ne sont, quant à elles, même pas évaluées. On aborde, en terminant, l’approche Compstat (statistiques comparées) qui constitue un modèle américain d’évaluation de même que ses points forts et ses points faibles. Dans cet article, les lecteurs trouveront un portrait détaillé des difficultés de l’évaluation des performances policières.

Le quatrième article, Les plateformes de médias sociaux et d’intervention policière par Francis Fortin

L’auteur montre que les médias sociaux sont fréquemment utilisés par les organisations policières, notamment, pour communiquer avec le public et transmettre des conseils et des mises en garde de prévention. Dans cet ordre d’idée, ceux-ci sont considérés comme des sources de données ouvertes permettant d’anticiper des actes criminels et de suivre des groupes criminels. Or, selon l’auteur, ceux-ci peuvent également entrainer des dommages collatéraux aux organisations policières et à leurs membres, notamment par le doxing, dont le sujet est expliqué en détails. Cet article a le mérite d’aborder des sujets complexes dans un langage accessible.

Le cinquième texte Le policing, les nouvelles technologies et les algorithmes par Anthony Amicelle

Dans cet article, l’auteur traite des algorithmes utilisés pour explorer et analyser les mégadonnées (big data). Il décrit la nature de ces outils, leur potentiel et aussi les risques qu’ils engendrent. Par exemple, celui de fournir des faux positifs qui génèrent des discriminations et des inégalités d’accès à la sécurité. En complément, l’auteur parle de la police de prédiction et des promesses que les algorithmes spécialisés laissent miroiter et dont les résultats sont difficiles à mesurer. Cet article suscitera l’intérêt des adeptes des algorithmes de prédiction et de l’univers des mégadonnées.

LUC HÉBERT*
UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL

*Monsieur Hébert a été policier pendant 28 ans à la Sûreté du Québec et il a enseigné la criminologie appliquée, notamment l’analyse criminelle, pendant plus de 25 ans. Aujourd’hui, il est conférencier sur des sujets reliés à diverses formes de crimes.

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