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RCCJP – Volume 68.1

La filière Allô Police : Les vedettes du crime au Québec

Par Karine Perron, Jean-Philippe Rousseau, et Annie Richard
Montréal : Les Éditons de l’Homme. 2025. 223 p.

Ce livre nous rappelle que le phénomène du crime au Québec n’est pas nouveau et que dans la deuxième moitié du 20e siècle il a fait l’objet de comptes rendus systématiques et détaillés par des hebdomadaires spécialisés soit Allô Police[1], et accessoirement, à son concurrent, Photo Police[2]. Critiqués par les instances religieuses et plus ou moins méprisés par les élites, Allô Police a su captiver un lectorat diversifié et nombreux. Proche des instances policières, les journalistes d’Allô Police savaient amadouer leurs interlocuteurs pour obtenir des informations privilégiées, qui aujourd’hui sont contrôlé par le bureau des affaires publiques des corpos policiers. De plus, à l’époque, le système judiciaire n’était pas aussi scruté par des organismes communautaires indépendants et conscient de l’obligation de prendre en compte sérieusement les droits des accusés et des prévenus.

Par exemple, le cirque qu’était les enquêtes du coroner permettait aux médias, dont Allô Police, de rendre compte des faits mis de l’avant par la police dans un premier temps créant une présomption avant même que le dossier ait été entendu par un tribunal. Cette époque est révolue depuis que la loi des coroners a été modifiée en 1986 et qu’est mis de l’avant les enquêtes policières, confidentielles en principe, lorsqu’il y a suspicion qu’un crime a été commis.

Malgré la proximité des journalistes auprès des policiers, il n’en demeure pas moins que lorsqu’il y avait matière à critique, la parole était donnée à qui de droit. De plus, le traitement des dossiers d’importance était longuement détaillé et abondamment illustré, ce qi en fait aujourd’hui une source inestimable qui complète judicieusement les dossiers judiciaires, retenus ou pas par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Parlant de BAnQ, il est malheureusement nécessaire de signaler que celles-ci ont refusé à au moins deux reprises d’acquérir ce fonds unique en son genre qui rend compte d’un aspect particulier de l’histoire de la société québécois. Une telle désinvolture illustre très bien le manque de considération pour le patrimoine et l’identité québécoise par les institutions étatiques et les autorités politiques.

Revenons-en au livre proprement dit. Il présente onze portraits de criminels dont la réputation s’inscrit encore dans l’imaginaire québécois. Ces personnalités hautes en couleur vont dans l’ordre du Français Jacques Mesrine et son compagnon d’aventure Jean-Paul Mercier dit « le beau ténébreux », à Richard Blass dit « Le chat », à Georges Lemay, Monica « La Mitraille » Proietti, Marie-Andrée Leclerc et son compagnon Cherles Sobhraj dit « le Serpent », Victor Lévesque « Pretty Boy » et ses cagoulards, Lucien Rivard, Frank Cotroni dit « Le boss », Joseph « Joe » Di Maulo et finalement Maurice « Mom » Boucher. Au travers de ces récits nous rencontrons d’autres comparses comme Georges Marcotte, Yves « Apache » Trudeau, Réal Simard et Me Sidney Leithman.

Ces criminels s’adonnaient aux braquages de banques, au trafic de drogue ou la « protection » dans les bars, sans compter les meurtres à l’occasion pour éliminer des témoins ou s’approprié les biens et l’argent de leurs victimes.

Ce livre peut être une occasion de s’initier à la criminalité violente d’un passé pas si lointain, même si la plupart des protagonistes sont six pieds sous terre, ou de se remémorer ce que certains considèrent comme des exploits. Il n’en demeure pas moins que la perspective historique de cette première publication mérite d’être souligné par la qualité de la plupart des photos. Quant au texte, il résume bien les péripéties de ces parcours sinueux qui se terminent soit par la mort ou la prison. Il n’y a rien de glorieux dans ces biographies parsemées de violence et de victimes qui illustrent jusqu’où peuvent aller plusieurs de ces personnes défavorisées par leur milieu social et la vie, et qui manquent de formation professionnelle, courageux mais pour de mauvaises causes, avec une morale plus que lacunaire et souvent motivées par l’appât du gain comme bien des nantis de ce monde.

JEAN CLAUDE BERNHEIM
EXPERT EN CRIMINOLOGIE – QUÉBEC


[1] Ce sont les journalistes Robert Poulin, Robert Boisseau et Berthold Brisebois qui ont eu idée de publier cet hebdomadaire qui est paru de 1953 à octobre 2003. En 2003, elle est renommée Allô! Week-end et cessera ses activités en 2004. Aujourd’hui, les microfilms de l’hebdomadaire ne sont accessibles qu’à la Grande Bibliothèque du Québec à Montréal et aux Archives nationales à Ottawa.

[2]  Fondé en 1968 par l’avocat Raymond Daoust (1923 – 1983), aidé d’un ex-felquiste, Pierre Schneider, la parution de cet hebdomadaire s’est échelonnée jusqu’en 1994 sous la formule originale. La publication perdure, mais comme mensuel essentiellement sous forme d’abonnement.

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