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La cybercriminalité/ Les nouvelles armes de pouvoir

Par Solange Ghernaouti
Lausanne: Les Presses polytechniques et universitaires romandes. 2e édition. (2017).

J’ai rarement lu un livre criminologique qui, en si peu de pages (139 p.), me donne tant de renseignements sur un domaine crucial contemporain de la justice pénale et de la criminologie. Et tant de réflexions pertinentes et de suggestions pratiques, aptes à guider les décisions de nos gouvernements et de nos leaders dans l’une des sphères les plus importantes de l’activité humaine de nos jours, soit la cybercriminalité. Un livre « vraiment » utile, écrit par une auteure « vraiment » intéressante. L’auteure, Solange Ghernaouti, mérite toute notre reconnaissance de juriste et de criminologue. Je ne m’attarde pas habituellement sur le CV de l’auteur d’un livre. Toutefois, le contenu de ce livre est si spécialisé, si « pointu », si novateur, qu’il est fort pertinent pour le lecteur d’en savoir un peu plus sur cette auteure afin d’apprécier les faits décrits avec précision et les idées soumises avec brio par l’auteure.

Solange Ghernaouti est une Suissesse qui tout en travaillant en Suisse est très liée aux activités de plusieurs juristes, criminologues,  informaticiens et policiers de plusieurs pays en Europe et en Amérique du Nord. Elle est docteure en informatique et télécommunication de l’Université de Paris. Première femme professeure de la Faculté des HEC de l’Université de Lausanne, elle est une pionnière en matière d’approche interdisciplinaire de la maîtrise des risques et de la sécurité informatique: cybersécurité, cyberstratégie, cyberdéfense et lutte contre la cybercriminalité. Elle a déjà publié plusieurs livres, en français et en anglais, sur ces sujets. Entre autres: « Internet », Que sais-je ? » (12e édition, 2017); « Cybersécurité: sécurité informatique et réseaux » (5e édition, 2016); « Cyberpower: crime, conflict and security in cyberspace » (2013). L’auteure nous dirige également sur des sites Internet très utiles, tels:

Ce livre traite donc de la cybercriminalité « en action ». Individus, entreprises, organisations, institutions, États, nul n’est à l’abri des menaces que font peser sur nous l’usage malveillant du numérique. Symbole de la révolution informationnelle, Internet est certes un puissant catalyseur des possibles, mais il est aussi, selon l’auteure, « un facteur de risques majeurs auxquels nous sommes tous exposés ». Par ses analyses documentaires et ses réflexions, ce livre apporte un éclairage nouveau et inédit sur les véritables acteurs et les usages illicites des technologies de l’information, que cela soit à des fins de déstabilisation économique, sociale ou politique. Il décrypte, au travers de cas réels, les cadres et les méthodes des cyberattaques, devenues aujourd’hui les nouveaux instruments du crime, de la guerre, du terrorisme et du pouvoir. L’analyse critique proposée par l’auteure rend accessibles à nous tous la compréhension d’un phénomène complexe et les moyens de le maîtriser, afin que nous ne soyons plus des victimes résignées et démunies. « La cybercriminalité n’est pas une fatalité », nous dit avec justesse l’auteure.

Les différents chapitres traitent donc de ce phénomène de façon classique, à savoir: # 1 – « Qu’est-ce que la cybercriminalité »; # 2 – « Qui sont les cybercriminels »; # 3 – « Internet au service de la criminalité »; # 4 – « Dépendance, conflit et terrorisme »; # 5 – « Dignité, identité et dérives »; # 6 – « Perspectives ».

Un petit rappel historique terminologique de l’auteure est intéressant. En effet, le terme « cyber » apparaît en français en 1834 pour désigner la « science du gouvernement ». Le terme est repris en 1948 par Norman Wiener aux États-Unis et donne naissance à la « cybernétique », science constituée par l’ensemble des théories relatives au contrôle, à la régulation et à la communication au sein de l’homme « et » de la machine. « Au-delà de la question de la terminologie », nous dit l’auteure, « ce nouveau vocabulaire lié à la criminalité traduit l’apparition de comportements malveillants tirant parti de l’existence et des caractéristiques d’Internet. Il peut s’agir de crimes classiques réalisés par les technologies du numérique comme le blanchiment d’argent,      la fraude financière, le crime économique, l’atteinte au droit d’auteur … ou de nouveaux délits rendus possibles par les technologies de l’information, comme l’accès indu à un système, le vol d’ordinateur et de fichiers, ou le piratage de logiciel, pour ne citer que quelques exemples » (p. 11).

L’usage du préfixe « cyber » est communément utilisé pour créer des termes qui font spécifiquement référence à cette criminalité nouvelle perpétrée à travers le numérique. Ainsi, de nombreux termes sont entrés dans le langage courant par exemple: la cybermalveillance, la cyberdélinquance, la cyberviolence, la cyberescroquerie, la cyberfraude, la cyberextorsion, le cyberespionnage, le cybervandalisme, le cyberchantage, la cyberguerre, et cetera. Le cybercrime, ou crime assisté par ordinateur, requiert un certain niveau de compétence technique et des outils technologiques. Lorsque les cybercriminels sont des personnes éduquées qui commettent des crimes sans apparemment se salir les mains, l’expression « criminalité en col blanc » est souvent employée, comme elle l’est dans le monde de la criminalité économique. Quelle que soit la terminologie employée, le cybercrime englobe tous les délits réalisables via l’informatique et les techniques de l’Internet. Il s’agit, nous dit l’auteure, « d’un crime sophistiqué, parfois complexe », qui peut être commis par:

  • la force: intrusion dans un système en cassant des barrières de sécurité;
  • la fraude: usurpation de paramètres de connexion d’ayants droit;
  • le leurre des personnes et des systèmes, détournement du mode de fonctionnement normal de la technologie.

Tout compte fait, un livre fort bien écrit qui nous questionne à titre de citoyen et qui sera sûrement très utile aux futurs spécialistes d’un phénomène qui est très préoccupant pour nos organisations sociales et économiques, aussi publiques que privés.

ANDRÉ NORMANDEAU
Université de Montréal

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