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RCCJP – Volume 63.1 (2021)

La criminologie ou la nouvelle science pénitentiaire

Par Tony Ferri
France : Edition FYP. 2020. 264 p.

Dans les années 1960, avait été créé au sein des Facultés de droit en France un enseignement d’une trentaine d’heures intitulé « Criminologie et science pénitentiaire ». Après vingt années d’existence, ce cours disparut. Et pourtant l’idée était fort juste car les deux disciplines sont des sœurs jumelles. On ne pourra donc que louer Monsieur Tony Ferri d’avoir intitulé l’un de ses ouvrages La criminologie ou la nouvelle science pénitentiaire.

Au vrai, au moins trois disciplines s’attachent au crime, le droit pénal (et la procédure pénale), le droit (ou science) pénitentiaire et, bien sûr, la criminologie. Docteur en philosophie, chercheur et auteur de plusieurs travaux sur les politiques pénales en matière pénitentiaire, M. Ferri était prédestiné à reprendre l’étude de ce couple complexe, sinon torturé du droit pénitentiaire et de la criminologie.

Procédant de façon méthodique – de quoi s’agit-il, disait avant toute chose le maréchal Foch – M. Ferri commence par définir les notions de crime, de criminalité et de criminologie. Si les deux premiers termes sont classiquement définis sans qu’il soit nécessaire de revenir là- dessus, le troisième est plein de difficultés. D’abord, car la criminologie a longtemps été considérée comme une discipline peu sérieuse et les professeurs de droit, en parlant de leur fondateur, C. Lombroso, faisaient rire leurs étudiants à peu de frais en évoquant le criminel- né, cet être antédiluvien au front fuyant, à la mâchoire peu développée et à la forte pilosité. Aujourd’hui où la criminologie est devenue sérieuse, méritant d’être reconnue comme une science, d’autres difficultés apparaissent. La criminologie est-elle une partie des droits pénal et pénitentiaire ou une science autonome ? La bonne conception, qui est celle d’une bonne partie de la doctrine et des pratiques nord-américaines est celle selon laquelle la criminologie s’attache aux causes du crime et à son processus de réalisation d’une part et d’autre part aux moyens de lutter et contenir, voire réduire ce mal social. M. Ferri l’applique clairement et largement en englobant dans son travail les activités de policing ou ensemble d’institutions de contrôle en matière de sécurité et de surveillance comme les services de renseignements publics ou privés, avec le but de s’assurer le maintien de l’ordre.

Ensuite, il décrit l’apport des connaissances théoriques à la criminologie. Des passages très forts sont consacrés à l’étiologie criminelle, à la structure de la personnalité criminelle, au processus du passage à l’acte, toutes questions qui supposent une connaissance des criminels, notamment par voie d’entretien avec lui. Le lecteur apprend beaucoup sur ces points.

En outre, et dans le même esprit, l’auteur s’attache à ce qu’il appelle les pratiques fondamentales de la science pénitentiaire. On y découvre beaucoup sur les techniques utilisées par les praticiens, sur les missions des services pénitentiaires d’insertion et de probation. On y apprend aussi la grande variété des sanctions offertes au juge (lors du jugement et lors de son exécution). Les mesures traduisent l’importance de l’individualisation, hissée aujourd’hui au rang de valeur constitutionnelle. Des difficultés pourtant subsistent. Avons-nous les moyens d’assurer ce « traitement » des délinquants ? N’y-a-t-il pas un écart « abyssal », nous dit l’auteur, entre le vécu du juge et celui du délinquant ? Jusqu’où faut-il aller dans la riposte au crime, notamment sur le plan de l’emprisonnement ? On peut répondre que la meilleure peine pour le délinquant, et indirectement pour la société, est celle qui est comprise par tout le monde. On sait que bien des condamnés sont conscients de leur culpabilité et admettent leur punition. Mais une aide doit aussi leur être accordée. Saint Augustin avait dit avant les autres qu’il faut haïr le crime et aimer le criminel.

L’auteur consacre un appendice à la détention à domicile sous surveillance électronique (DDSE) instituée comme un dispositif de sûreté, comme un emprisonnement à domicile, selon une loi du 24 mars 2020. Il montre que ce nouvel instrument pourrait révolutionner la matière, tout en restant prudent quant à ses effets.

On saura gré à Monsieur Ferri de nous avoir éclairé de manière approfondie sur toutes les questions liées à la criminologie et à la science pénitentiaire. En une centaine de pages, il apprend beaucoup au lecteur, y compris à celui qui croit connaitre déjà la matière.

JEAN DEL PRADEL
UNIVERSITÉ DE POITIERS

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