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Irresponsabilités récurrentes des élites.
Accidents fortuits et crimes en col blanc

Par Louise Fines
Paris : L’Harmattan. 2015.

Que reste-t-il à dire sur les catastrophes humaines et environnementales rattachées aux pratiques du « Big Business », au-delà de la couverture médiatique et des décisions légales, souvent perçues comme insatisfaisantes, y étant associées? L’auteure Louise Fines propose un regard critique sur le sujet en déconstruisant et recadrant des notions-clé fréquemment prises pour acquises dans ce genre de cas, telles que celle d’ « accident » et d’issue « involontaire ». Contrairement à la tendance à vouloir diluer la responsabilité des acteurs en évoquant des événements fortuits typiquement observée dans de tels scénarios, l’auteure illustre de façon fort convaincante le caractère délictueux et, malheureusement, prévisible des pratiques, collusions et abstentions menant directement à ces catastrophes. Elle nous offre donc une toute autre perspective sur ces événements, ancrée dans un examen rigoureux des pratiques antécédentes, rationalisations post hoc et discussions dans divers média visant à cerner les origines et conséquences du désastre. L’ouvrage se divise en trois sections principales. Dans la première, l’auteure propose une série de considérations épistémologiques et méthodologiques propres à la criminologie des affaires en tant que champ d’étude. En deuxième lieu, elle mobilise une série de cas relativement bien connus du public pour mettre en lumière les processus et rationnels sociaux et légaux entourant la gestion de désastres survenus directement reliés aux pratiques de l’entreprise. Les cas ainsi invoqués concernent le cas de la marée noire et British Petroleum (2010), l’affaire Tokyo Electric Power Co (2011) et finalement l’explosion survenue au Lac Mégantic, impliquant la Montreal, Main & Atlantic Railway (2013). La troisième section du livre tente d’élucider les origines communes de ces événements pourtant en apparence disparates, origines fermement localisées à l’intérieur d’une culture organisationnelle dans laquelle règne les collusions entre surveillants et surveillés, une recherche de profitabilité menant à la négation du risque et, ultimement, le mépris de la vie humaine. L’ouvrage est donc inspirant dans sa confrontation d’un Droit qui, alors même qu’il prétend administrer justice et sentence de façon égalitaire, se révèle néanmoins vulnérable aux complicités entre acteurs juridiques, sociaux et politiques, avec pour conséquence une dilution de la responsabilité légale attribuée à l’entreprise fautive. Dans ce sens, l’ouvrage de Louise Fines sera d’un intérêt certain pour les lecteurs s’intéressant au domaine de la criminologie des affaires, incluant les étudiants au niveau sous-gradué et gradué.

DAVID JOUBERT
UNIVERSITÉ D’OTTAWA

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