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Introduction à la criminologie et problématiques canadiennes

Par Line Beauchesne (Ed.)
Montréal, Québec : Bayard Canada. 2014.

La publication d’une Introduction à la criminologie et problématiques canadiennes est certainement la bienvenue dans le monde contemporain de la criminologie du Québec. Il existe déjà certes quelques publications qui visent à initier les étudiant-e-s à certains aspects de la criminologie, comme La pénologie, La psychocriminologie, La sociocriminologie, le Traité de criminologie empirique, publié pour la première fois en 1985, mais aucun n’a encore eu pour ambition de répondre à une demande de premier plan : accéder à un panorama de la question du phénomène du crime au sens large.

La professeure Line Beauchesne a su allier historicité, analyse du système de justice pénale et problématiques contemporaines canadiennes. Le livre est divisé en trois grandes parties dont la première présente en trois chapitres le développement de la criminologie avant qu’elle ne trouve son nom. Cette brève « histoire » de la criminologie permet aux étudiant-e-s de suivre des moments déterminants dans la réflexion sur le phénomène du crime et sa prise en compte dans les réflexions de quelques philosophes, dont ceux des Lumières. Le chapitre II est consacré au XIXe siècle, siècle qui voit la criminologie circonscrire ses champs d’intérêts et ses bases pour des analyses plus pointues, dont le XXe siècle a permis le réel développement. Je rajoute que ce développement se concrétise par la constitution d’Écoles de pensée qui ne cessent de lutter pour consolider leur emprise sur les politiques pénales adoptées par nos gouvernements.

Le chapitre III aborde des sujets diversifiés qui mettent en évidence les multiples facteurs qui peuvent être pris en considération comme la notion de personnalité criminelle, la clientèle happée par le système pénal, l’impact des média écrits et électroniques et des réseaux sociaux, ainsi que la perception du crime. De quoi susciter la réflexion.

La deuxième partie concerne le système de justice pénale. Elle est plus descriptive que réflexive, mais elle met tout de même en perspective une approche critique à partir des données les plus récentes.

La troisième partie aborde des problématiques tout à fait emblématiques des considérations sociales qui ne trouvent pas leur place dans les politiques de nos gouvernements qui n’ont d’intérêts que pour les requins de la finance et des cotes en bourse. Ainsi, la situation des femmes, des autochtones et des personnes ayant des problèmes de santé mentale est bien décrite. Chaque problématique est bien documentée, statistiques à l’appui, tout en étant analysée dans une perspective critique des conceptions traditionnelles. Ainsi la professeure Beauchesne nous explique que « Les prisons (sont) dans la mire des féministes » (p. 272); que « La reconquête d’une justice différente par les Autochtones ne peut passer que par une plus grande indépendance économique et politique » (p. 303); finalement, en ce qui touche les personnes souffrant de trouble mentaux, entre les discours du politique « et la réalité des pratiques, l’écart est immense » (p. 321).

Dans le chapitre XII, l’auteure ouvre les vannes et développe sur les réflexions progressistes qui ont eu cours dans la deuxième moitié du XXe siècle et qui se sont heurtées aux dictats des conservateurs tant européens que nord-américains. Mis plus ou moins en veilleuse à partir de la fin des années 1980, l’abolitionnisme pénal, la notion de solution-problème, la décriminalisation et la justice réparatrice, sont présentés comme des réflexions et des alternatives à une application simpliste d’une justice pénale froide et déconnectée de la société civile.

Le dernier chapitre fait le lien entre des activités de l’État, dont la surveillance des citoyens et la pratique de la torture, et l’intérêt que la criminologie devrait avoir de participer aux débats publics relatifs à « certaines politiques ». Par exemple, poursuivre des études sur la criminalité en col blanc, mais aussi s’intéresser « aux projets destructeurs de l’environnement » (p. 368).

Au-delà des considérations théoriques et historiques, ce livre démontre des qualités pédagogiques indéniables. Il faut souligner notamment la « question de réflexion » soumise à l’étudiant-e, ainsi qu’un cas concret à développer à la fin de chacun des chapitres. Il s’agit là d’un moment privilégié pour susciter la réflexion et amorcer une approche critique de la part du novice.

Globalement, l’ensemble du projet est fort bien articulé et contient de multiples informations pertinentes. L’organisation générale est cohérente. L’information est présentée rationnellement et avec un enchainement logique cohérent qui en fait un excellent livre d’introduction à la criminologie.

L’auteure a par ailleurs dû procéder à certains choix, tout livre d’Introduction à une matière est limité dans ce qu’il peut offrir comme contenu. Par conséquent, on peut estimer qu’il manque quelques aspects comme les pratiques policières, le rôle des tribunaux, les conditions de détention, le processus de la libération conditionnelle, et finalement le rôle du politique dans l’adoption des législations qui chapeautent les rouages du système de justice criminelle. Heureusement, les professeurs qui utiliseront ce livre dans le cadre de leurs cours, ou pour s’y préparer, auront l’occasion d’inclure leurs propres exemples pour illustrer chacune des situations non abordées.

JEAN-CLAUDE BERNHEIM
Université Laval (Québec)

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