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RCCJP – Volume 65.3 (2023)

Délinquance à l’adolescence : Comprendre, évaluer, intervenir

Julie Carpentier, Catherine Arseneault et Marc Alain (Sous la direction de)
Presses de l’Université du Québec. 2022. 339 p.

Être utile aux professionnels
Il est rare de revenir à l’essentiel et rappeler les propos et résultats initiaux. C’est pourtant ce que font Julie Carpentier, Catherine Arseneault et Marc Alain avec « Délinquance à l’adolescence : Comprendre, évaluer, intervenir » en nous invitant à ne pas déformer le célèbre retour de Robert Martinson. Accompagner ne produit pas un « effet zéro ». Non, ce n’est pas inutile. Punir, la sévérité, etc., ne produisent rien de mieux qu’un accompagnement non structuré. Aussi, à choisir, autant accompagner. Et à choisir plus précisément, autant accompagner de manière structurée, diraient Donald Andrews et James Bonta ; dans le temps et socialement, compléteraient Shadd Maruna et Fergus McNeill ; avec éthique et dans l’intérêt de la personne, terminerait Tony Ward.

Régulièrement, la criminologie est présentée comme une science sociale portant son intérêt sur les causes, les formes, les mécanismes et les conséquences de ce qui constitue le crime. Elle serait un domaine de recherche interdisciplinaire, avec des appuis théoriques vastes, comme la psychologie, la médecine, la sociologie, le droit, l’économie, l’anthropologie, la philosophie, les sciences politiques, etc. Pourtant, les ouvrages qui parviennent à allier les sciences de manière cohérente et pratique ne sont pas légion, d’autant plus en étant directement accessibles aux professionnels.

Le défi est conséquent lorsque nous y ajoutons la complexité du phénomène de la délinquance juvénile, soumis à des facteurs tant biologiques (ex. troubles génétiques, neurologiques), psychologiques (ex. l’impulsivité, l’agressivité, les troubles de l’apprentissage), sociaux (ex. classes sociales, violence ou soutien familial, toxicomanie), qu’environnementaux (ex. anomie sociale, violence de gangs, apprentissage vicariant via les médias). Nous voyons le risque d’une compilation d’approches pluridiscinaires plutôt qu’une digestion utile aux praticiens.

Être cohérent avec les objectifs internationaux
Dans quel contexte s’inscrit l’apport des travaux rapportés ici ? Quand est-il de la politique pénale internationale concernant la délinquance des mineurs aujourd’hui ? Celle-ci est régie par la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant (CDE), le traité international adopté en 1989 et ratifié par 196 pays. La CDE stipule que tous les enfants ont droit à la protection contre la violence, la discrimination et l’exploitation. La CDE prévoit également que tous les enfants doivent être traités de manière juste et humaine, quel que constitue le crime qu’ils ont commis. Cette CDE a eu un impact majeur sur la politique pénale internationale, avec une évolution de tout ordre en matière de justice pénale des mineurs (ex. mesures de justice restaurative). Le but est donc clair : garantir aux jeunes des réponses possibles tant à propos de leur infraction que de leur insertion sociale. A ce titre, je conseille les récents ouvrages sur la délinquance juvénile, rapportés en recension dans cette même revue[1].

Les auteurs de l’ouvrage[2] regroupent les pratiques concrètes qui s’inscrivent dans cet objectif. Il s’agit de leur domaine d’étude, et cela se ressent à chaque chapitre, tant dans le choix des co-auteurs que dans l’organisation des écrits. Au-delà d’être particulièrement bien écrit et facile à lire, le livre se présente comme un manuel complet, avec une bibliographie précise et des références pertinentes mises à jour des dernières recherches. L’ouvrage couvre tant les causes de la délinquance, les évaluations des risques et des besoins, les programmes d’intervention et les politiques publiques.

Être en lien avec les résultats probants
Le livre « Délinquance à l’adolescence : Comprendre, évaluer, intervenir » est une ressource pour les professionnels qui travaillent dans le domaine de la justice pénale des mineurs. Les illustrations sont claires, pertinentes, avec des conseils de lecture pour approfondir les domaines souhaités. L’approche multifactorielle présentée de la délinquance juvénile prend en compte les facteurs biologiques, psychologiques, sociaux et environnementaux qui contribuent à la délinquance. L’accent mis sur l’évaluation des risques et des besoins guide le lecteur vers des interventions efficaces, avec des programmes et des politiques publiques déjà expérimentés.

Enfin, la présentation de cas réels facilite les mises en contexte concrètes utiles aux lecteurs. Les exemples appliqués avec le plan de changement d’Emile dans le cadre de l’Entretien Motivationnel (p.171 et après) ou encore la grille d’auto-observation à la suite du contrat comportemental dans le cadre des approches TCC (p.178 et p.179) sont particulièrement appréciables. Le livre est une mise en exercice de ce que recommande régulièrement F. McNeill avec son approche globale de la désistance (théories de l’attachement, EM, RBR, GLM, …). Je dirige en priorité les lecteurs vers la partie qui reprend les dernières recherches essentielles à propos de l’approche centrée sur le trauma, notamment le modèle ARC (Attachement, Régulation, Compétences)[3]. 

Être centré sur le public visé
Si les travaux concernant le lien entre la délinquance et le trauma se multiplient, il est tout aussi important de prendre en considération la question du désistement, de l’intégration identitaire de son parcours, ce que vise l’approche narrative, moins connue et parfaitement développée ici (cf. chapitre 12, p.253). Les professionnels apprécieront le saisissement proposé du modèle de Healy afin d’identifier les phases de désistement primaire (phase de séparation, phase critique, phase d’intégration), secondaire puis tertiaire. L’intérêt de l’approche narrative se découvre dans la capacité du jeune avec le professionnel à développer des narratifs, travailler l’extériorisation et la déconstruction, ou encore la création des histoires alternatives. L’exemple de Mia (p.265, avec le professionnel) illustre la réécriture de sa propre histoire jusqu’à envisager une fierté du processus de désistance.

De manière plus personnelle[4], je me réjouis de voir une place conséquente accordée au Good Lives Model, un modèle qui devient de plus en plus « intégré », en incorporant à sa lecture compréhensive l’approche des facteurs de risque et les pratiques probantes[5]. Le Chapitre 10 présente le GLM (p.209) d’une façon adaptée aux jeunes pris dans la délinquance, via le G-MAP (service anglais), et la relecture des besoins primaires pour les mineurs, avec une application savoureuse au cas de Jérôme (p.219-220).

ERWAN DIEU
DIRECTEUR DU SERVICE DE CRIMINOLOGIE – ARCA


[1] Cf. recension d’E. Dieu. (2022). Retours sur l’approche comparée France / Fédération Wallonie-Bruxelles du Droit pénal des mineurs et de la Justice restaurative. Revue Canadienne de Criminologie et de Justice Pénale (RCCJP, Ottawa) / Revue de Science Criminelle et de Droit Pénal Criminel (RSCDPC, Paris).

Cf. recension d’E. Dieu. (2023). « La question de la Justice restaurative pour les mineurs. Retour sur « une utopie en marche » de Juliette Gagneur ». Revue Canadienne de Criminologie et de Justice Pénale (RCCJP, Ottawa) / Revue de Science Criminelle et de Droit Pénal Criminel (RSCDPC, Paris).

[2] Julie Carpentier est professeure agrégée au département de psychoéducation et de travail social à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Ses recherches portent sur la délinquance sexuelle, l’efficacité des traitements, la récidive et le désistement de la délinquance.

Catherine Arseneault est professeure agrégée de criminologie à l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur le développement et l’évaluation des programmes d’interventions ainsi que sur les liens qui unissent la délinquance et la consommation de substances psychoactives.

Marc Alain est professeur titulaire au département de psychoéducation et de travail social de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Ses travaux portent sur l’évaluation des programmes d’intervention et des politiques qui visent les jeunes délinquants.

[3] Cf. en lien avec ces travaux, la récente recension dans la revue : E. Dieu. (2021). « Vers le Soin Sensible au Trauma dans le cadre de la Criminologie, retour sur les travaux « Crime sexuel et Trauma » de Swaby et al. » Revue Canadienne de Criminologie et de Justice Pénale (RCCJP, Ottawa) / Revue de Science Criminelle et de Droit Pénal Criminel (RSCDPC, Paris).

[4] Pour y avoir consacré un dossier complet, Dieu, E., Zinsstag, E., Ward, T. (2021). « Criminologie de la confiance et Good Lives Model (GLM) ». Revue Internationale de Criminologie et de Police Technique et Scientifique (RICPTS).

[5] Cf. en lien avec ces travaux, la récente recension dans la revue : E. Dieu. (2021). « Les considérations causales des facteurs de risque dynamiques de l’agression sexuelle selon Roxanne Heffernan et Tony Ward ». Revue Canadienne de Criminologie et de Justice Pénale (RCCJP, Ottawa) / Revue de Science Criminelle et de Droit Pénal Criminel (RSCDPC, Paris).

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