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Numéro 37.1.2

Rédactrice : NANCY WRIGHT


Deaf does not mean ‘dumb’: Deaf and hard of hearing federally-sentenced persons face stigma
DR. TRACEY BONE
MSW, RSW, Professeure agrégée, Associate Professor, Faculty of Social Work, University of Manitoba

Même si on sait depuis 24 ans que des « locuteurs » de la langue des signes américaine n’arrivent pas à communiquer efficacement au sein du système de justice pénale canadien, Mme Bone signale que peu de choses ont changé. Elle cite quatre rapports importants publiés au cours des 24 dernières années, dont celui sur les droits fondamentaux des personnes purgeant une peine de ressort fédéral (Sénat 2021), qui souligne que les personnes sourdes et malentendantes sont victimes de discrimination sur le plan linguistique. Elles sont obligées de communiquer dans une langue étrangère (anglais ou français) qu’elles ne connaissent pas ou qu’elles n’ont pas la capacité physique d’utiliser. Leur difficulté à s’exprimer est souvent prise pour un signe de déficience intellectuelle, déplore l’auteure, ce qui perpétue les stéréotypes et les stigmates associés à ces personnes, entretenus en partie par le vieux dicton « sourd et muet ». Mme Bone s’efforce d’éliminer cette terminologie de la documentation et de la littérature du Service correctionnel du Canada (SCC), car elle est nuisible sur le plan symbolique. Certaines provinces, comme l’Ontario (2007), ont fait de la langue des signes une langue officielle, mais le changement se fait encore largement attendre. Bien que le Canada ait ratifié la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées en 2010, il n’a pas encore adopté de loi pour assurer la pleine égalité de là où des langues de ce groupe dans le système judiciaire. Mme Bone souligne que le fait de ne pas permettre aux membres de ce groupe culturel d’accéder aux programmes correctionnels constitue une violation de la Charte canadienne des droits et libertés et contrevient également aux propres règlements du SCC sur la prestation de services en vertu de l’article 27(4) de la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition (LSCMLC).


Roberto’s Journey with discrimination and stigma
ROBERTO DIAZ

Introduction par DOUG HECKBERT : Dans les pages qui suivent, le lecteur prendra connaissance du témoignage de Roberto Diaz, d’Edmonton, en Alberta, un ancien trafiquant de drogue qui faisait également l’objet d’une enquête pour homicide involontaire. Roberto a cessé de boire et de consommer de la drogue et il est passé par le tribunal de traitement de la toxicomanie d’Edmonton, où il a « appris à redevenir normal ». J’ai rencontré Roberto pour la première fois en 2019 lorsque je l’ai interviewé pour l’inclure dans mon livre Go Ahead and Shoot Me ! and Other True Stories About Ordinary Criminals (Durvile Publications Ltd. of Calgary, AB, 2020). Roberto a maintenant un emploi stable comme travailleur pair. Dans son article, il raconte une partie de son enfance, la criminalité, la dépendance, la sobriété et la réinsertion. Je demande au lecteur de remarquer les changements dans les sentiments, les attitudes et le comportement de Roberto lorsqu’il décrit les différences entre la façon dont il se percevait et la façon dont les autres le voyaient à différents moments de son parcours. Il a vécu plusieurs types de stigmatisation au cours de sa vie. Je pense que le récit de Roberto sur la stigmatisation peut aider le grand public à comprendre l’impact de la stigmatisation, une dynamique humaine puissante, et le préjudice individuel et social qu’elle cause.


Is the Canadian Correctional Setting a Source of Post-Traumatic Stress Disorder?
CHANEL BLAIS

Malgre la surrepresentation des cas de syndrome de stress post-traumatique (SSPT) parmi les detenus au Canada, le systeme correctionnel, en particulier les etablissements a securite maximale et les etablissements de detention preventive, favorise un environnement tres propice a l’aggravation des symptomes du SSPT et a l’apparition du SSPT. Les experiences traumatiques cumulatives et le manque de soutien social approprie sont des facteurs de risque eleves associes au eveloppement du SSPT parmi les personnes traumatisees. Il est imperatif de s’attaquer a la prevalence de la violence au sein de ces etablissements, au recours inapproprie a l’isolement cellulaire et au manque d’acces raisonnable aux soins de sante mentale. Des etudes ont montre que l’integration d’une philosophie de traitement et de readaptation au sein du regime carceral peut contribuer a reduire les comportements reprehensibles. Les environnements carceraux humains se sont egalement averes efficaces pour reduire les risques de recidive. La therapie cognitivo-comportementale, la desensibilisation et le retraitement par les mouvements oculaires (EMDR), les ceremonies de la hutte de sudation, le yoga et la meditation de pleine conscience, et meme les drogues psychedeliques ont ete proposes pour traiter le SSPT.


Childhood Sexual Abuse and the Canadian Criminal Justice System
STEFAN HORODECKYJ

L’abus sexuel des enfants est un probleme persistant, repandu et tres important au Canada et dans le monde entier. Il touche aussi bien la sphere de l’intime que du social. Ce fleau existe depuis des temps immemoriaux et sa presence insidieuse ne connait pas de frontieres. L’abus sexuel des enfants ne se limite pas a un sexe, un statut socio-economique, une race, une culture, une ethnie ou une religion. Le traumatisme de l’abus sexuel dans l’enfance est reel et important pour de nombreuses victimes, tant du point de vue affectif, physique, financier que, parfois, spirituel. De plus, la famille, les amis, les employeurs et la communauté dans son ensemble sont souvent des victimes collaterales. Ce crime est le plus souvent perpetre par un membre de la famille ou un ami de la famille, mais il peut aussi s’agir d’une autre personne connue de la victime (Rapport Badgley, 1984). Malheureusement et pour de nombreuses raisons, bien des cas d’abus sexuels d’enfants ne sont pas signales a la police. Par consequent, de nombreux abuseurs ne sont pas arretes et ne sont donc jamais inculpes ni traduits devant les tribunaux (Martin et Silverstone, 2013). Quand ce crime n’est pas signalé, les victimes ne recoivent pas le soutien dont elles ont besoin pour composer avec leur traumatisme. Et l’agresseur n’est pas arrete. Plusieurs raisons expliquent pourquoi bien des cas d’abus sexuels d’enfants ne sont pas declares, entre autres, le sentiment de honte et souvent de culpabilite (auto-culpabilisation) des victimes, ainsi que la peur de ne pas etre cru ou de subir des represailles de la part de l’agresseur. Les victimes peuvent egalement craindre de detruire leur famille ou d’etre abandonnees, voire ostracisees et traitees de menteuses par les membres de leur famille et leurs amis.


Incarcerated Women and PTSD: The Societal Struggles that Contribute to Women’s Trauma
SAMANTHA BARLAGE

Pour les femmes en conflit avec la loi, le syndrome de stress post-traumatique (SSPT) est une entrave à leur réintégration sociale. Le grand nombre de femmes en détention sont victimes du SSPT, car elles ont connu des taux élevés de traumatismes au cours de leur vie. Sans les ressources institutionnelles voulues et sans accès à des traitements, les femmes souffrant du SSPT peuvent avoir beaucoup de difficulté à ne pas récidiver après leur libération. À l’heure actuelle, on ne mesure pas l’efficacité des programmes de santé mentale qui sont en place, ce qui limite considérablement notre capacité à évaluer la situation quant aux traitements offerts aux femmes dans les établissements carcéraux canadiens. Les ressources dans la collectivité doivent être améliorées et arrimées aux traitements offerts en prison. Les femmes auraient ainsi plus facilement accès à des soins après leur libération. Étant donné que les questions touchant le SSPT et le système de justice sont interdisciplinaires, il faudra compter sur la coopération de nombreux praticiens et sur de nouvelles façons de collaborer pour susciter des changements de fond.


Canada’s Work to Assist the Development of Community Corrections in China: Significant and Long-Lasting Results
VINCENT YANG

Vincent Yang, de l’International Centre for Criminal Law Reform and Criminal Justice Policy (ICCLR) explique le rôle novateur joué par le Canada pour aider la Chine à élaborer des lois et des politiques débouchant sur la mise en place de services correctionnels communautaires, en 2002, et sur l’introduction de la loi sur les services correctionnels communautaires, en 2019. Les projets Canada-Chine financés par l’Agence canadienne de développement international (ACDI) ont débuté en 1997 et se sont poursuivis pendant plus de dix ans. L’ICCLR, basé à Vancouver, et la China Prison Society ont organisé des visites d’échange de haut niveau, des ateliers et publié des études conjointes afin de partager les pratiques exemplaires du Canada en matière de services correctionnels communautaires. Deux livres d’études comparatives ont été rédigés et publiés conjointement par des experts du Canada et de la Chine sur les services correctionnels communautaires. Bien que les systèmes canadiens et chinois soient très différents, le fait de partager des pratiques exemplaires canadiennes avec les réformateurs chinois comporte des effets positifs qu’il ne faut pas négliger, comme en témoigne l’expansion rapide des services correctionnels communautaires en Chine au cours des 20 dernières années.


Segregation North of Sixty: Meaningful Reform in Yukon Corrections
ANDREA MONTEIRO et MITCH WALKER

Depuis dix ans, le recours inapproprié à l’isolement pour gérer le comportement des détenus a suscité une attention considérable. Dans toutes les provinces et tous
les territoires, les services correctionnels sont critiqués pour le recours excessif et prolongé à l’isolement et aux conditions de logement restrictives. Bien que des
changements soient exigés, aussi bien pour des raisons juridiques qu’humanitaires, peu d’établissements arrivent à adopter des pratiques correctionnelles permettant de gérer humainement les besoins quotidiens de clients difficiles. Dans cet article, les auteurs décrivent comment le Yukon s’y est pris, entre 2019 et 2021, pour procéder à une réforme progressive de la pratique de l’isolement.


Systematic Discrimination in Southern Alberta Based on Testimonials by Canadian Minorities and Immigrants about Employment, Education, Justice System and Policing
SEAN WENTZEL

La discrimination va à l’encontre du droit et des dogmes canadiens. De plus, elle nuit au bien-être socio-économique et pose de plus en plus de problèmes en matière de droit de la personne, notamment en raison de la surreprésentation de certains groupes au sein du système de justice pénale. Cet article est une version condensée de la thèse de doctorat de l’auteur, qui présentait une étude menée dans le sud de l’Alberta (Wentzel, 18 janvier 2022). Les conclusions de Sean Wentzel montrent que le racisme systémique à l’endroit des citoyens non-blancs et des immigrants crée des disparités dans toute la sphère des biens publics de l’Alberta – l’éducation, l’emploi et la justice, y compris la police et les tribunaux. Sean Wentzel souligne qu’il faut saisir le vécu des minorités visibles et des immigrants pour comprendre les questions de racisme dans le sud de l’Alberta, et que, pour combler d’importantes lacunes en matière de recherche, il faut inclure leur témoignage aux études de grande envergure. En juin 2021, l’Alberta Anti-Racism Advisory Council (2019) a formulé des recommandations, mais son site Web et ses mécanismes manquent de transparence, ce qui peut être frustrant pour les citoyens concernés comme pour les chercheurs. Dans un second volet, qui paraîtra dans le numéro 37.4 d’Actualités justice, l’auteur examinera les progrès réalisés par l’Alberta et se penchera sur le besoin de transparence, de surveillance indépendante et de responsabilité.


Lutte contre la contrebande à Abidjan, Côte d’ivoire (Afrique de l’Ouest)
DR. LADJI BAMBA

Cet article offre un aperçu descriptif d’une longue étude menée par l’auteur (Bamba, L. 2016) sur la contrebande dans le district d’Abidjan en Côte d’Ivoire. La contrebande représente un crime économique menant à multiples impacts sur la sécurité publique et se répercute sur les économies locales et nationales. Elle se croise avec d’autres activités criminelles. Ce croisement peut être une traite des êtres humains : le Trafic des enfants dans les champs de cacao cas de Soubré en Côte d’Ivoire, (Bamba, L. 2017 ; dans la production illicite de cacao et d’armes à feu par exemple. Tout cela rend la contrebande difficile à combattre. En basant sa démarche sur les études de l’ONUDC (2015) sur les armes à feu, Bamba vise à combler une lacune perçue dans la recherche sur les techniques de contrebande, les parties prenantes et l’impact économique local et national à Abidjan. Sa éthodologie comprend des données provenant de saisies et d’arrestations ; l’observation directe ; des entretiens/questionnaires structurés d’un échantillon représentatif de parties prenantes ; la participation aux opérations douanières ; et des examens de l’impact économique. M. Bamba demande que l’on se concentre davantage sur les Investigations et la recherche sur les saisies. Au demeurant, qu’on examine les droits et taxes de douane légalement appliqués en Côte d’Ivoire ainsi que les taux d’investissement dans les biens publics pour s’inscrire dans le cadre des objectifs du développement durable.


Transformative Justice: Decarceration and Other Goals of Transformative Justice
AIDAN LOCKHART et ARTHUR LOCKHART

Dans ce rapport sur la justice transformatrice, les coauteurs Aidan Lockhart et Arthur Lockhart, dénoncent l’affirmation selon laquelle notre système judiciaire est à la croisée des chemins. Selon eux, nous avons amorcé un virage à plusieurs reprises et sommes pris dans un cercle vicieux de violence systémique et de mécontentement public, suivi d’appels au changement et de solutions bureaucratiques qui semblent maintenir le statu quo. La logique de la domination prévaut dans le contexte canadien; pourtant, le meilleur remède aux comportements nuisibles consiste à créer une communauté saine. Les deux auteurs signalent que les initiatives de justice réparatrice représentent un pas dans la bonne direction, mais qu’il faut se tourner vers une justice transformatrice pour réparer les conditions sociales, économiques et politiques qui sont néfastes et sont à l’origine de problèmes.


RECENSION DE LIVRE
CATHARINE PANDILA

Livre: The River of Tears par Robert Chrismas
New York, DIO Press Inc., 2021, 139 p.


Les opinions qui sont exprimées ne reflètent pas nécessairement les vues de l’Association, mais y figurent afin d’encourager à réfléchir et à agir sur la justice pénale dans tout le Canada.

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