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Numéro 31.3

Rédactrice : NANCY WRIGHT

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ÉDITORIAL
Par Kelly Micetich, Gestionnaire de projet et coach – Projet Jeux urbains

6

CONSEIL D’ADMINISTRATION DE L’ACJP – RÉSULTATS DES ÉLECTIONS

JEUX URBAINS

7

EDMONTON URBAN GAMES YOUTH BUSINESS DEVELOPMENT PROJECT

8

CREATION OF THE URBAN GAMES
By Mark Charrington, YCDO — Youth Criminal Defence Office — Legal Aid Alberta

9

AN OVERVIEW, FOLLOW-UP, AND LEARNING HIGHLIGHTS OF THE 2009-2011 EDMONTON URBAN GAMES PROJECT
By Kelly Micetich, Project Manager and Coach of the Urban Games Project, (2009-2011), Edmonton, Alberta

16

STEPHEN’S JOURNEY
By Stephen Kaiswatum, Urban Games Youth Participant / Employee, 2009-201

22

2016 TODAY’S ‘CURRENT REALITY’
By Stephen Kaiswatum, University student

23

MISHA’S JOURNEY
By Michelle Irsheid, Urban Games Youth Participant / Employee, 2009-2011

25

CURRENT UPDATE
By Michelle Irsheid, University student

29

KELLY’S STORY (THE COACH)
By Kelly Micetich

30

THE URBAN GAMES FESTIVAL AND THE OTHER PARTICIPANTS/EMPLOYEES
By Kelly Micetich

36

FUNDER’S WORDS ON THE URBAN GAMES
By Liz O’Neill

 

Projet de création d’une entreprise de jeunes chargés de l’organisation des Jeux urbains d’Edmonton (Edmonton Urban Games)

Cette édition d’Actualités justice porte exclusivement sur une intervention en matière de justice pour les jeunes, qu’on a appelée Jeux urbains – un projet de 18 mois géré par des jeunes qui a abouti à un festival de deux jours, qui s’est tenu à Edmonton en Alberta.

Le projet Jeux urbains s’est inspiré de la façon de faire des organismes jeunesse pour explorer la théorie du changement par la recherche-action participative (RAP) :

« Si les jeunes vulnérables ayant un style de vie à haut risque et le système judiciaire ont accès à des initiatives gérées par les jeunes et ont l’occasion d’être productifs et créatifs, ils découvriront leurs compétences et leurs passions, établiront des relations positives et seront moins susceptibles de retourner à leur ancien style de vie. »

La théorie du changement par la RAP est basée sur l’apprentissage expérientiel et, par conséquent, présente le vécu comme une partie intégrante du développement personnel. Le projet Jeux urbains a fait participer activement les jeunes au processus et leur a donné un environnement structuré dans lequel ils pouvaient vivre de nouvelles expériences et changer le cours de leur développement personnel.

Les avantages qu’en ont tirés les jeunes sont importants, huit jeunes (sur neuf) ont maintenant changé leur vie du tout au tout. La valeur de l’apprentissage et ce qu’il a apporté aux pratiques émergentes sont également importants, parce que le projet a clairement démontré qu’une nouvelle expérience peut contrer les conséquences du désavantage socioculturel. Les rendements du capital investi (2:1) sont également considérables et sont mesurés au moyen d’une analyse coûts-avantages du rendement social du capital investi (RSCI).

Le fait que les Jeux urbains aient été un festival public a étendu leur portée, provoquant chez les festivaliers une nouvelle prise de conscience des répercussions profondes sur les jeunes et sur la société des abus subis durant l’enfance, de la pauvreté et de l’itinérance. Après examen des résultats comportementaux et sociaux, lesquels remettent en cause la description stéréotypée de la récidive et du comportement cyclique, le périple des Jeux urbains nous donne un autre son de cloche.

Les pages qui suivent présentent un aperçu de la conception, du financement, de la mise en œuvre et des données financières sur le rendement du capital investi du projet Jeux urbains. Vous pourrez aussi lire les histoires personnelles « avant et après » de Stephen et Michelle, deux des participants, et apprécier l’illustration graphique des parcours respectifs et des manifestations « jeux urbains » des sept autres participants.


Éditorial

Par Kelly Micetich, gestionnaire de projet et coach – Projet Jeux urbains (2009-2011), Edmonton, Alberta

Résultats comportementaux et sociaux qui remettent en cause la description stéréotypée de la récidive et du comportement cyclique : Un autre son de cloche

Vivez une vie examinée
Le pouvoir personnel est essentiel. Nous en avons tous besoin. Sans notion de pouvoir personnel dans nos vies, nous pouvons devenir victimes de nos circonstances. La perception de ne pas avoir le choix, et les actions qui en découlent, entraînent souvent des conséquences dévastatrices et imprévues. C’est le défi majeur et constant des jeunes qui ont un style de vie à haut risque. En fait, c’est la prise de décisions par défaut. Celle-ci est basée sur les victimes, la colère, la vengeance, la frustration, elle est faite sous l’emprise de la drogue ou causée par la pauvreté. De telles décisions ne mènent pas à une vie saine et prospère.

Bien que la plupart d’entre nous bénéficient du soutien nécessaire pour nous permettre d’acquérir le pouvoir personnel et exercer un contrôle sain dans nos vies, ce n’est pas le cas pour beaucoup de ces jeunes. Colère, peur et isolement sont la norme. Leurs besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits. Le jeune à risque imagine une vie sans pauvreté et sans mauvais traitements et trouve ensuite des moyens d’y arriver. Le besoin d’appartenance et d’acceptation, de contrôle, d’argent et de pouvoir devient un foyer de créativité. Une créativité illégale et destructrice menant souvent à une descente en chute libre chaotique.

Les jeunes qui ont des démêlés avec la justice risquent d’être pris dans un cycle qui se termine par l’enracinement du comportement criminel.

Ce cycle coûte cher à la société, tant individuellement que collectivement. Il nous fait perdre notre tranquillité d’esprit alors que nous essayons de composer avec des quartiers dangereux. Il entraîne des coûts lorsque nous remplaçons des biens volés et réparons les dommages matériels. Les coûts sociaux et financiers pour mettre en place les interventions systémiques requises pour régler ces problèmes seraient astronomiques pour les contribuables.

Alors, pourquoi n’investissons-nous pas sérieusement dans des interventions qui auront pour résultat de prévenir l’enracinement des jeunes? C’est souvent parce qu’il n’y a pas de preuves que ça fonctionne; il n’existe aucune statistique. Tous nos paliers de gouvernements réagissent à la crainte de la criminalité dans la population (et veulent à juste titre protéger la société) donc investissent dans le maintien de l’ordre et la construction de prisons et de centres de détention provisoire. Comment prouver qu’un programme de prévention peut changer un résultat fictif? Un outil de mesure était nécessaire et l’élaboration d’un outil de RSCI (rendement social du capital investi) n’avait que trop tardée.

Nous pouvons déclarer que nous voulons empêcher les jeunes de s’enraciner dans le système de justice pénale. Nous pouvons affirmer en toute logique que nuire à ce parcours mènera à des économies financières et sociales. Donc, il est sensé de déterminer les coûts de base d’un programme avant et après une intervention. De plus, l’utilisation d’indicateurs de coûts sociaux et le suivi des comportements avant et après le projet devraient nous fournir certaines données utiles. Alors, c’est ce que nous avons fait. Nous avons lancé un projet avec un groupe de jeunes agissant comme complices dans la mise sur pied d’une approche d’intervention qui allait changer leur vie. Cinq ans plus tard, huit des neuf jeunes ont toujours un style de vie sain. L’exercice a été long et parsemé d’embûches, mais couronné de succès à tous les points de vue, sauf un. Nous ne pouvions obtenir plus de financement pour permettre à plus de jeunes de vivre le processus de changement qui mène à un style de vie sain.

Pour ces 9 jeunes, la réduction réelle des coûts mesurés pour la société a été de plus de 1,1 million de dollars. Le projet, lui, a coûté 540 000 dollars. Si vous faites le calcul, nous avons déjà réalisé un gain de 500 000 dollars selon un ratio de 2:1,2 et le parcours est éloquent. Ma question est donc la suivante : pourquoi devons-nous encore nous battre pour obtenir du financement pour les projets de prévention destinés aux jeunes à risque élevé? Pourquoi les gouvernements n’allouent-ils pas de fonds à long terme pour ces programmes à titre de mesure budgétaire récurrente de réduction des coûts sociaux? Je ne connais pas la réponse, mais je vais continuer à militer pour des changements dans l’approche et la philosophie qui font une différence dans la société, pour chacun d’entre nous, mais surtout dans la vie des jeunes qui en ont le plus besoin.


Résumés

LA CRÉATION DES JEUX URBAINS
Par Mark Cherrington – Organisme de défense criminelle juvénile (YCDO) – Aide juridique Alberta

Mark Cherrington explique comment l’idée du projet Jeux urbains s’est imposée par la voix de jeunes laissés pour compte qui ont fait valoir que bâtir plus de terrains de basketball dans les collectivités défavorisées était injuste. Cherrington aborde les problèmes importants qui peuvent conduire les jeunes à la criminalité et énumère les éléments qui permettent de contrer avec succès ce problème social. Il attribue la mise en œuvre du projet à une « combinaison parfaite » et louange le cadre d’apprentissage expérientiel du projet. Cherrington soutient que « les Jeux urbains doivent leur existence à des jeunes qui, citant David Bowie, se font cracher dessus (spit upon), mais qui ont fait quelque chose d’absolument incroyable et unique ».

LA RÉALITÉ D’AUJOURD’HUI – LES PROPOS DE STEPHEN – 17 JUIN 2016
Par un participant au projet Jeux urbains (2009-2011) et étudiant au baccalauréat (2016)

Dans cet article émouvant écrit en 2016 par Stephen, un jeune qui a participé au projet Jeux urbains, il résume son parcours de l’enfance au projet Jeux urbains durant l’adolescence, jusqu’à sa réalité actuelle de jeune homme de 22 ans, qui vit de façon autonome et qui désormais établit et atteint les objectifs qu’il s’est fixés. Il est en train de terminer un programme universitaire pour l’obtention d’un diplôme en relations publiques. Stephen note ironiquement que sa participation au projet a été « un mal pour un bien » parce que le projet Jeux urbains n’embauchait que de jeunes contrevenants, un groupe cible à haut risque, et qu’il avait récemment fait ce qu’il considère la plus grosse erreur de sa vie : il avait commis un crime. Puisqu’il était admissible à une aide complète, qui changerait sa vie, Stephen, 15 ans, s’est lancé dans une aventure qui marquerait un tournant dans son existence. Son article va de détails sur une enfance extrêmement difficile, « grandir en foyers d’accueil n’était pas une partie de plaisir », à sa manifestation au Festival Jeux urbains : le labyrinthe AH-MAZE-ING. Ce labyrinthe correspondait et répondait aux difficultés et aux épreuves de sa vie. Dans AH-MAZE-ING, il était question de choix et de la capacité des gens à faire les bons. Si les festivaliers faisaient les « bons » choix de vie en parcourant le labyrinthe, ils trouvaient la sortie. Stephen parle aussi de l’importance des systèmes de valeurs, et de la façon dont le projet Jeux urbains l’a aidé à apprendre comment faire les bons choix. Il se réjouit d’avoir pu déterminer sa « propre valeur » grâce au mentorat d’adultes et de pairs et du « coaching soigneusement adapté » que lui a assuré le projet Jeux urbains et note que « c’est tout à fait logique parce que partout dans le monde les personnes qui ont réussi se souviennent d’un mentor ou d’un coach en particulier qui les a aidées à atteindre leurs objectifs ».

LE PARCOURS DE MISHA
Par Michelle Irsheid, participante au projet Jeux urbains (2009-2011) et étudiante au baccalauréat (2016)

Dans cet article captivant, Michelle présente un « résumé » de sa vie, notant comment elle avait été prise en charge par les services de protection de l’enfance à l’âge de 13 ans et « avait vécu dans des familles d’accueil, des foyers de groupe et dans la rue, en essayant de comprendre qui elle était ». Après avoir eu des démêlés avec la justice, elle rencontre Mark Cherrington, un travailleur social, qui lui parle des Jeux urbains. Elle obtient une entrevue et est embauchée pour les activités écriture et arts, mais elle était dans « une mauvaise passe », avec un petit ami abusif, au début, puis sa situation s’est améliorée grâce à sa coach parce qu’elle sentait qu’elle « pouvait se confier sans se sentir jugée ». Elle qualifie les Jeux urbains de « projet extraordinaire » et rend hommage à sa coach qui l’a guidée et l’a aidée à apprendre comment fixer des objectifs plutôt que de simplement lui dire quoi faire. Michelle joue maintenant un rôle de coach auprès de ses connaissances.

Soulignant que « Jeux urbains n’étaient pas seulement quelque chose à mettre dans un curriculum vitae, mais un endroit où on créait des liens à vie », Michelle rapporte qu’aujourd’hui elle est dans « un endroit » qu’elle pensait ne jamais voir. Elle est « une maman, une petite amie, une mentore et une amie ». Le conseil qu’elle donne aux autres travailleuses et travailleurs est de ne pas avoir de préjugés, « ne jugez pas quelqu’un par un crime ou par son passé », et sachez « qu’il y a toujours une façon de guider et d’aider quelqu’un » une fois que « cette personne se sent à l’aise de communiquer avec vous pour de l’aide ». Toujours « en contact avec les jeunes et les mentors du projet Jeux urbains », Michelle entreprendra en septembre des études en services correctionnels et espère être capable de « guider d’autres personnes qui sont dans une mauvaise passe » comme elle l’a été.

L’HISTOIRE DE KELLY (COACH) – PROGRAMME DE FORMATION / CADRE DES SÉANCES DE COACHINGPar Kelly Micetich, consultante en développement social, coach auprès des cadres et services correctionnels, Université MacEwan

À titre de personne responsable du projet multiforme Jeux urbains (2009-2011) et coach des jeunes qui y ont participé, Kelly Micetich met l’accent sur le fait que coaching signifie dialoguer avec une ou un « partenaire qui réfléchit » contrairement au counseling, à la consultation ou à dire aux autres quoi faire. Elle affirme que le coaching repose sur la conviction que la cliente ou le client possède déjà les solutions/décisions/réponses. Micetich décrit l’importance des plans de perfectionnement personnel et souligne à quel point les objectifs des plans de perfectionnement gérés par les jeunes et les indicateurs de succès (visualisation de l’objectif) sont importants. Le suivi des progrès au moyen d’un système d’évaluation (de 1 à 10) et les réflexions qui suivent aident les jeunes à observer et à enregistrer leur parcours.

C’est ainsi que l’auteure examine le coaching comme un processus qui encourage la prise de décision et l’établissement d’objectifs centrés sur les jeunes. À cette fin, Micetich explore les notions jumelles de “vision” et de “réalité actuelle”. Créer une vision (où une personne veut être), dit-elle, était d’une importance capitale pour la réussite des jeunes qui étaient coachés. Elle ajoute que c’est le premier pas vers le changement de la réalité actuelle de quelqu’un (où une personne se trouve maintenant) et que la transformation individuelle qui résulte de l’action empirique transforme une vie.

Micetich affirme que coacher et être coaché exigent aussi de comprendre deux types de tension : la tension chaotique (un moment d’inertie où un mouvement de panique et d’indécision ou une prise de décision désastreuse se produit et éloigne une personne de sa vision ou de son objectif) et la tension créatrice (un lieu de pensées créatives où la planification et l’établissement d’objectifs, etc. amènent une personne plus près de sa vision ou de son objectif).

En raison de son éducation et de sa profession, Micetich était bien préparée à participer aux multiples facettes du projet Jeux urbains. En fait, alors qu’elle terminait un certificat d’études supérieures en coaching auprès des cadres à l’Université Royal Roads en 2007, elle s’était demandé comment utiliser le coaching pour aider les jeunes à risque élevé. Sa vision personnelle était de mettre au point une approche de coaching qui encouragerait la transformation personnelle par l’autonomisation et le pouvoir d’agir. Cette vision est devenue sa réalité actuelle au cours des 18 mois qu’a duré le projet Jeux urbains. Elle a elle-même utilisé la réflexion comme outil d’évaluation et note que dans le cas du projet Jeux urbains et du Festival, les jeunes ont dépassé de loin ses attentes, et ce, à tous les égards. Kelly Micetich fait l’éloge du processus d’apprentissage expérientiel, parce que notre parcours est ce qui nous y amène.

PROPOS D’UN BAILLEUR DE FONDS SUR LES JEUX URBAINS
Par Liz O’Neill, directrice générale, Club des garçons et filles Grands frères Grandes sœurs d’Edmonton et ses environs

O’Neill souligne que c’est le concept des Jeux urbains qui a suscité un questionnement sur ce que le mentorat devait – pourrait – être. Pour ce faire, on a départagé les rôles et les responsabilités traditionnels et créé un environnement où les bénévoles, choisis pour leur capacité à communiquer et à établir des relations avec les jeunes à risque élevé, traiteraient les participantes et les participants d’égal à égal. O’Neill termine en énumérant les caractéristiques (coaching et programmation jeunesse exceptionnels, collaboration et partage d’information, bénévoles engagés, réflexion et approche axée sur les jeunes) qui ont fait du projet Jeux urbains une réussite exemplaire.

Les opinions qui sont exprimées ne reflètent pas nécessairement les vues de l’Association, mais y figurent afin d’encourager à réfléchir et à agir sur la justice pénale dans tout le Canada.

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