La réadaptation de l’adolescent antisocial
Par Marc Le Blanc et Pierrette Trudeau Le Blanc
Montréal : Les Presses de l’Université de Montréal. 2019 (réédition). 341 p.
Marc Le Blanc et Pierrette Trudeau Le Blanc nous offrent un magnifique programme pour œuvrer à la réadaptation des jeunes contrevenants. Très richement documenté théoriquement et fondé sur la pratique, ce programme complexe dépasse l’approche cognitivo-comportementale tout autant que l’approche psychoéducative heureusement largement répandue au Québec et en voie d’extension en France, Belgique et Suisse. Marc Le Blanc donne en entrée un argumentaire solide et très convaincant qui s’appuie sur une remarquable synthèse et mise en perspective de ses travaux antérieurs ainsi que de tous ceux qui l’ont inspiré. Très logiquement, en découle une approche qui est, à ses yeux, la meilleure approche réadaptative actuelle à savoir l’approche cognitivo–émotivo-comportementale. Il est très important de professionnaliser le plus possible la prise en charge des jeunes contrevenants et cette méthode est clairement la mieux fondée à la fois sur les réflexions théoriques et les évaluations empiriques. Je ne cache pas que je partage largement cette adhésion à une approche structurée et systématisée comme celle présentée par Le Blanc et Trudeau Le Blanc, même si je crois qu’elle n’est qu’un volet, certes essentiel, de l’ensemble de la prise en charge comme je le présente dans « Comment intervenir efficacement auprès des jeunes délinquants »(Michel Born, 2019, Éditions De Boeck).
La bonne mise en œuvre de la méthode ne peut se faire sans avoir bien compris les mécanismes et processus du passage à l’acte chez le contrevenant, qu’il soit occasionnel ou récidiviste. Aussi Marc Le Blanc élabore une excellente synthèse de ce que l’on sait actuellement en psychologie de la délinquance pour donner au lecteur une connaissance claire et compréhensive de ces éléments de causalité de la délinquance afin d’asseoir une méthodologie d’intervention qui ne soit ni naïve ni intuitive.
La mise en place dès 1990 à Boscoville au Québec des premières ébauches de cette méthodologie a fourni un magnifique laboratoire pour la mise au point progressive de la méthode. Et ce, d’autant mieux que durant de nombreuses années, cette mise en forme s’est accompagnée d’un processus rigoureux d’évaluation orchestré par Marc Le Blanc. Ceci constitue une richesse unique bien sûr dans l’univers francophone mais même dans l’univers anglo-saxon plus favorable et habitué aux études évaluatives.
Il ne faut pas se voiler la face, implémenter un tel programme dans un service ne se fait pas en deux coups de cuillère à pot ! Il faut tant de la part de la direction que du personnel éducatif et psychosocial une volonté et une détermination considérables pour faire adopter tous les volets de cette approche et l’ensemble des instruments très riches et très pédagogiquement exposés mais lourds à implanter. D’ailleurs, lorsqu’il est question des évaluations réalisées dans les services qui ont adoptés le programme, il n’est pas fait mystère des réticences et des difficultés. Bien sûr, à mes yeux, ceci ne diminue en rien l’intérêt de la lecture de cet ouvrage par les professionnels ou les étudiants pour s’imprégner de toute sa richesse même si on ne peut ou veut pas appliquer le programme dans sa totalité ce qui évidemment pourrait paraître iconoclaste aux yeux des auteurs.
Les instruments, les ateliers proposés sont nombreux et extrêmement bien décrits à usage des personnels éducatifs qui ont ou auront à les mettre en œuvre. Leur filiation est claire par rapport à toutes les élaborations et à tous les raffinements de plus en plus nuancés et complexes des thérapies comportementales. Mettre en action des habiletés sociales positives, adopter des conduites prosociales plutôt qu’antisociales, trouver par l’analyse fonctionnelle les bénéfices que le jeune trouve dans les actes délinquants ou la prise de drogue sont les piliers du travail de l’éducateur pour remettre le jeune (et ce peut aussi être le délinquant majeur, mutadis mutandis) sur la bonne voie. On n’oubliera évidemment ni le travail sur l’estime de soi ou sur la maîtrise de soi pour aboutir à une intégration sociale réussie, d’autant plus difficile à réussir que l’on est porteur de nombre de facteurs de risques tant sociaux que personnels.
L’efficacité est au bout du chemin et toute la démarche sera comme le disent très justement les auteurs, porteuse d’espoir. « L’éducateur affichera un espoir à toute épreuve … », phrase qui correspond parfaitement à une de mes phrases fétiches « y croire ! cultiver un optimisme professionnel ! » … mais « Hope is not Enough » pour paraphraser le titre du célèbre livre de Bettelheim ! Les expériences accumulées ces 30 dernières années montrent que pour être efficaces, les méthodes à employer doivent tenir compte de la complexité et donc être technologiquement élaborées, mises en œuvre avec rigueur et dans la durée, rajoutent les auteurs en conclusion.
MICHEL BORN
UNIVERSITÉ DE LIÈGE
