RCCJP – Volume 67.3
Drogues, savoir plus risquer moins [9ième édition]
Par Mohamed Ben Amar
Montréal : Wilson et Lafleur. 362 p. 2024.
Après plusieurs années sans nouvelle parution, M. Ben Amar propose une neuvième édition de Drogue : savoir plus, risquer moins. L’ouvrage, signé par un auteur reconnu et apprécié pour sa longue contribution à la vulgarisation des connaissances en matière de substances psychoactives, se présente comme une mise à jour destinée au grand public. La quatrième de couverture annonce un contenu « objectif et impartial », fournissant des informations « justes et actualisées ».
La mise à jour est indéniable sur le plan formel : de nouvelles substances ou modes de consommation, comme la cigarette électronique, y sont abordés, ce qui témoigne d’un souci d’actualisation.
Cependant, certaines limites apparaissent lorsqu’on s’attarde au fond. Plusieurs passages adoptent un cadrage essentiellement axé sur les risques, parfois formulé en termes très catégoriques (exemple : « Avec la cocaïne, l’usage est incontrôlable »). Ces formulations, bien qu’elles reflètent une intention de prévention, s’inscrivent moins bien dans les approches contemporaines qui privilégient la nuance, la réduction des méfaits et le dialogue plutôt que les messages alarmistes. Elles peuvent, pour certains lectorats, réduire la pertinence de l’ouvrage comme outil de communication, notamment auprès d’adolescents ou de jeunes adultes.
Sur le plan terminologique, plusieurs expressions aujourd’hui considérées comme stigmatisantes (p. ex. toxicomanes, opiomanes) sont employées. Bien que ces termes puissent encore apparaître dans certains contextes cliniques ou pharmacologiques, les sciences sociales et les milieux de la santé publique encouragent maintenant un vocabulaire davantage centré sur les comportements plutôt que sur les identités, afin de réduire la stigmatisation.
Enfin, malgré la présence d’une bibliographie impressionnante de plus de 400 références, l’absence de renvois directs entre les passages du texte et leurs sources empêche le lecteur d’évaluer facilement la provenance des informations, ce qui peut limiter l’utilité de l’ouvrage pour un usage académique ou professionnel.
En somme, cette nouvelle édition demeure un effort louable de vulgarisation et peut trouver sa pertinence comme aperçu général ou outil introductif pour des lecteurs souhaitant une première familiarisation avec les substances et leurs effets. Toutefois, une utilisation plus spécialisée – ou dans des contextes où l’on cherche à favoriser un dialogue nuancé, non stigmatisant et fondé sur la réduction des méfaits – nécessite certaines précautions. À ce titre, l’ouvrage pourrait bénéficier d’une révision conceptuelle plus profonde afin de refléter les avancées des dernières années tant en matière de terminologie que d’approches éducatives et préventives.
CATHERINE ARSENAULT
UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL
