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RCCJP – Volume 63.2 (2021)

Mon Octobre 70 : La crise et ses suites

Par Robert Comeau et Louis Gill
Montréal : VLB Éditeur. 2020. 239 p.

Mon Octobre 70 est une mise au point d’un membre actif du Front de libération du Québec (FLQ), mouvement révolutionnaire qui s’est donné pour mission « de faire avancer les causes de l’indépendance et de la révolution sociale au Québec » (p. 16), composé au fil du temps de cellules autonomes et de filières clandestines.

Avoir 25 ans en 1970, fait en sorte que l’on peut difficilement ne pas être partie prenante des événements d’octobre 70, d’autant plus si l’on est étudiant et président de l’Association des Étudiants en Sciences (AÉS) de l’Université de Montréal. On peut difficilement oublier ce lourd passé historique. Par conséquent, mon point de vue est donc teinté de ma connaissance des faits, de l’interprétation que j’en fait, et de mes rapports passés et présents avec certains des protagonistes de cette histoire.

En ce qui me concerne, ce qui est particulièrement intéressant dans ce volume, ce sont les trois premiers chapitres. Le premier étant une brève synthèse des quatre étapes qui jalonnent l’histoire du FLQ entre 1963 et 1972. Pour le novice, il s’agit d’une excellente mise en contexte qui s’avère essentielle pour comprendre la suite des choses.

Le chapitre 2, Mon éveil à la politique, nous autorise à prendre connaissance de la formation académique et politique de Robert Comeau, au Collège Sainte-Marie (Montréal), dans le contexte des années 1950 et 1960. Il nous parle de ses lectures, de ses professeurs qui l’ont formé à la critique, et de ses premiers engagements politiques au Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), en 1962. Cette incursion dans le parcours de Comeau permet de constater sa grande curiosité et de mesurer l’influence de certains de ses maîtres à penser.

Son adhésion au FLQ est décrit dans le chapitre 3. Il en ressort, entre autres, que la structure du FLQ était plutôt éclatée et sans coordination.

Les chapitre 4 et 5 sont consacrés aux événements d’octobre 70 proprement dits, y compris les actions posées par Robert Comeau, qui se limiterait à la rédaction et à la diffusion de quatre communiqués. Tout bascule avec l’entrée en scène de Carole Devault, devenue informatrice pour la police, qu’il aurait rencontré quelques jours après l’enlèvement de James Richard Cross.

J’utilise l’imparfait du subjonctif parce que nous entrons dans le domaine des rumeurs, des hypothèses et des mensonges. En effet, tous les acteurs de ces événements (felquistes, délateurs, policiers municipaux, provinciaux et fédéraux, politiciens) ont éventuellement intérêts (qu’ils soient personnels ou logistiques) à ce que la vérité ne soit pas entièrement connue.

Pour Rober Comeau, une des sources, sinon la source d’information à dénoncer et à contester, est celle de Carole Devault. Il va donc avec minutie remettre en question les propos de celle-ci, et ensuite s’attarder longuement pour lui imputer, en partie, des actions que le FLQ auraient commises après la libération du délégué commercial britannique James Cross et le départ des auteurs de son enlèvement pour Cuba, suivi de l’arrestation des auteurs de l’enlèvement de Pierre Laporte, fin décembre 1970.

Dans ce chassé-croisé où les explications et rationalisations fusent, il apparaît impossible pour le lecteur de départager le vrai du faux, ni même de l’entre deux.

Le chapitre 6 porte essentiellement sur la commission Keable et l’influence présumé de Carole Devault dans l’orientation de cette enquête. Mais aussi sur l’impact dévastateur qu’a eu le dévoilement du nom d’un informateur de police, en l’occurrence un très grand ami de Comeau, en réponse à son refus de témoigner devant la Commission. En effet, l’impact psychologique de cette révélation a été foudroyant, et a nécessité qu’il soit « escort(é) hors de la salle d’audience de la Commission » (p. 180).

Cette trahison, et les propos de la délatrice Devault, ne seraient-ils pas la clé pour expliquer tant le long silence de Comeau tout comme sa prise de parole tardive dans ce livre? Je n’ai hélas ni la compétence, ni les connaissances pour répondre à cette question qui restera sans doute pour toujours une énigme.

Le chapitre 7 est une remise en question de la fiction écrite par Louis Hamelin, lequel se dit « Très critique de ce qu’il appelle ²l’histoire officielle² de la crise d’octobre ». Ainsi, les rumeurs, les hypothèses et les mensonges, sont certainement un terreau fertile pour qui a de l’imagination. Mais peut-on s’étonner que des hypothèses, éventuellement farfelue, soient véhiculées? Le blâme de Comeau à l’encontre de Hamelin révèle son obsession quant au rôle qui lui est imputé et qu’il contredit énergiquement.

Le huitième et dernier chapitre revient sur l’assassinat du felquiste François Mario Bachand, à Paris. C’est là un chapitre qu’on peut qualifier d’assassin. En effet, Comeau écrit : « Même si aucune preuve formelle n’a été établie quant à l’identité du ou des assassins, d’abord et avant tout parce que les autorités policières se sont abstenues de procéder aux enquêtes nécessaires, on peut légitimement penser qu’une forte présomption pèse sur le felquiste xxx » (p. 216-217).

Nous sommes encore dans les rumeurs, les hypothèses et les mensonges. Comeau se dit victime d’allégations qu’il réfute, mais estime légitime de véhiculer de fortes présomptions et de nommer la personne qui en est la cible. Comment ne pas souligner cette incohérence, pour ne pas dire contradiction, d’autant plus surprenante qu’elle émane d’un historien fort connu et réputé?

En conclusion, Comeau revient sur sa conviction de la nécessité de l’indépendance du Québec, et sur sa « condamnation catégorique des actes posés par le FLQ, tant pour leur inefficacité que pour leurs conséquences meurtrières » (p. 222). Il oublie de mentionner que la voie légale pour atteindre l’objectif de la souveraineté a également été un incontestable échec. Reste que la lecture de Mon Octobre 70 s’impose pour mieux comprendre notre ‘maître le passé’, comme l’écrivait si bien l’historien Lionel Groulx.

JEAN CLAUDE BERNHEIM
UNIVERSITÉ DE SAINT-BONIFACE

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