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RCCJP – Volume 63.4 (2021)

Le Devoir et la crise d’Octobre de 1970 ou le combat des journalistes démocrates. – Livre 2

Par Guy Lachapelle
Québec : Presses de l’Université Laval (PUL). 2020. 290 p.

Réédition augmentée d’un essai de l’auteur, publié en 2005 par la même maison d’édition et basé sur le mémoire de maîtrise de Guy Lachapelle en science politique. L’auteur a vécu la crise comme collégien, alors que l’armée imposait sa présence dissuasive sur les préaux du Collège de Montréal. Il a étanché plus tard sa curiosité envers cette période en examinant le rôle du Devoir, grâce à l’analyse de contenu des éditoriaux.

Alimenté par une équipe éditoriale bien allumée où Claude Ryan en menait large, le Devoir évitait toute posture révolutionnaire qui aurait mis en cause la légitimité de l’État fédéral. Il souhaitait conserver au gouvernement du Québec la responsabilité de dénouer la crise. Et la riposte policière devait être bien ciblée, proportionnée à la taille réelle de la menace.

Ce combat, Guy Lachapelle le décrit comme celui de « journalistes démocrates », non pas au service d’une cause, d’une idéologie ou d’un parti. Ils peuvent, par moments, mettre en relief le point de vue d’un groupe ou d’une association. Fondamentalement, les « journalistes démocrates » servent de contrepouvoir, approuvant parfois l’action d’un gouvernement, la critiquant à d’autres occasions.

En octobre 1970, le Devoir, bien que possédant un tiers de lecteurs indépendantistes, ne s’est pas prononcé sur cette question, souligne Lachapelle. Le Devoir de Claude Ryan s’est plutôt dressé contre les abus d’autorité de la part du « French Power » fédéral, demandait que la vie des otages soit priorisée et que la répression s’exerce avec discernement. Ryan possédait des informations privilégiées, soulève Lachapelle. Une conversation avec Jean Drapeau, peu après l’attentat à la bombe à son domicile en septembre ‘69, lui avait appris que le maire de Montréal favorisait déjà les arrestations massives. Ryan avait tout à craindre des fréquents appels de la mairie de Montréal vers le bureau de Pierre Trudeau.

Agissant comme dernier rempart de nos libertés en 1970, le Devoir protégeait à la fois l’autorité de l’État et la vitalité de la société civile. Guy Lachapelle le démontre de manière convaincante.

MARC LAURENDEAU
UNIVERSITE DE MONTREAL

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