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RCCJP – Volume 63.4 (2021)

Drogues, toxicomanie et criminalité

Par Mohamed Ben Amar
Montréal : Édition Yvon Blais. 2020. 237 p.

La réputation de monsieur Ben Amar à titre d’expert en toxicomanie et pharmacologie n’est plus à défendre. En plus d’agir à titre d’expert et de consultant au sein de différentes instances gouvernementales, il est un auteur très prolifique : 24 livres à titre d’auteur ou co-auteur, 105 publications scientifiques, 64 communications scientifiques et 156 échanges avec les médias. Toute personne minimalement intéressée par le sujet de la toxicomanie a consulté l’un ou l’autre de ces nombreux livres, qui font office d’ouvrage de référence dans la littérature francophone : La toxicomanie (2015); Les psychotropes : pharmacologie et toxicomanie (2002); L’usage des drogues et des toxicomanies (2000); Drogues : Savoir plus, risquer moins (2001, 2003, 2006, 2007, 2014). Cette fois-ci, l’auteur explore les liens complexes existant entre les drogues, la toxicomanie et la criminalité.

Notons d’abord que la dénomination « Le toxicomane », privilégiée tout au long de cet ouvrage, confère à celui-ci un caractère un peu plus médical que psychosocial pour expliquer le phénomène de la consommation de substances psychoactives. Dans une ère de légalisation et de décriminalisation des drogues, un vocable moins stigmatisant aurait pu être utilisé, apportant ainsi certaines nuances aux propos. Pour présenter fidèlement les propos de l’auteur, le terme toxicomane sera tout de même utilisé dans ce résumé.

Comme son titre l’indique, le premier chapitre du livre, « Généralités sur les drogues », peut faire office d’introduction pour un néophyte ou encore de récapitulatif pour les connaisseurs du phénomène de la consommation de substances psychoactives. On y retrouve en effet les définitions, somme toute assez brèves, des notions de base (tolérance, sevrage, abus et dépendance) ainsi que la classification des substances.  Le chapitre est ensuite divisé en 16 parties, soit une partie pour chacune des substances des cinq classes de psychotropes. Pour chacune d’elles, on retrouve une brève description (parfois un historique, les principaux effets recherchés ou toute autre particularité) et un tableau, faisant état de ses principales caractéristiques : ses différentes appellations, les symptômes possibles d’intoxication, de surdose et de sevrage. Pour les fins détails liés à chacune des substances, le lecteur pourrait se référer au livre « La toxicomanie » du même auteur.

Le deuxième chapitre, « La toxicomanie » fait un survol d’aspects, aussi nombreux que variés, liées à la toxicomanie. On s’intéresse d’abord à différents contextes (enfants de parents toxicomanes, adolescents, femmes, prostitution, sexualité, criminalité abus d’alcool, de caféine et tabac et mal nutrition). Un bref passage fait état des différents modèles explicatifs de la toxicomanie (modèle de la maladie, de la personnalité et biopsychosocial) et du toxicomane (syndrome biologique, psychologique et social). Les caractéristiques (attitude générale, complications somatiques et troubles cognitifs, psychologiques et affectifs) ainsi que les mécanismes de défenses utilisés par le toxicomane sont également présentées très (peut-être trop) succinctement. Une importante partie du chapitre est consacrée aux troubles de la personnalité observés chez les toxicomanes. Selon la catégorisation basée sur les similarités descriptives, les troubles sont présentés selon les catégories A (personnalité paranoïde, schizoïde et schizotypique), B (personnalité antisociale, limite, histrionique et narcissique) et C (personnalité évitante, dépendante et obsessionnelle-compulsive) du DSM-V (Association psychiatrique américaine, 2013). On y présente, en une courte phrase, les principales caractéristiques du trouble de personnalité en question, suivie des critères diagnostiques selon l’APA (2013). Ce chapitre se conclu par un bref survol des sorties de la toxicomanies (désintoxication, réadaptation et rémission). Bien que le fil conducteur entre toutes ces notions soit parfois moins bien perceptible, ce chapitre témoigne de la complexité du phénomène de la toxicomanie et des nombreux paramètres à prendre en compte pour en avoir une bonne compréhension.

Le chapitre trois ramène le lecteur aux caractéristiques des substances puisqu’on y fait état des « drogues criminogènes ». Quatre psychotropes identifiés comme étant des criminogènes directs (alcool, amphétamines, cocaïne et PCP) sont présentés, plus précisément leur lien avec les comportements criminels. Cette section aurait pu être bonifiée ou nuancée, notamment en y introduisant la loi de l’effet (que l’on aborde sommairement, sans la nommer ainsi au début du chapitre 4), qui va au-delà des caractéristiques propres aux substances pour expliquer les effets ressentis et leur potentiel criminogène.

Comme le titre de l’ouvrage est « Drogue, toxicomanies et criminalité », il va de soi qu’un chapitre se concentre sur les « types de rapports entre drogues et criminalité » et c’est ce que fait le chapitre 4. Le classique modèle explicatif de Goldstein (1985), suivi du modèle causal inversé, du modèle sans cause commune et du modèle à causes communes sont présentés. Il aurait été intéressant d’explorer des modèles explicatifs intégratifs plus contemporains. Ce chapitre présente 165 faits, divisés en sept parties :  1) Phase d’initiation à la consommation de drogues (faits 1 à 37); 2) Passage de la consommation de drogues à la criminalité (faits 38 à 56); 3) Phase d’usage régulier de drogue et de perpétuation de la criminalité (faits 57 à 69); 4) Impact de la consommation de drogues dans la criminalité (faits 70 à 103); 5) Contribution des différentes catégories de drogues à leur prévalence de consommation et à la criminalité (faits 104 à 123); 6) Phase de dépendance à la drogue et impacts à long terme sur la criminalité (faits 124 à 161) et 7) Arrêt de la consommation de drogues et abandon de la criminalité (faits 162 à 165). Dans l’ensemble, ces faits sont intéressants et exhaustifs. La formule retenue, soit une énumération, donne toutefois un certain défi d’intégration au lecteur. Une brève partie qui aborde le lien entre consommation et victimisation ainsi que les stratégies de réduction des méfaits conclue ce chapitre.

En conclusion, il s’agit là d’un livre d’intérêt pour les étudiants et/ou professionnels qui souhaitent s’initier aux liens existants entre la toxicomanie et la délinquance. Cet ouvrage offre en effet une vision sommaire mais globale du phénomène à l’étude.  Il s’agit là d’un apport très intéressant puisque bien peu de livres traitant de ce sujet son disponibles en français. Soulignons également les annexes fort pertinentes (Liste des ressources d’aide très exhaustive et tableau des drogues très complet).

CATHERINE ARSENEAULT
UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL

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