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RCCJP – Volume 67.2

Penser l’itinérance au féminin

Jacinthe Rivard et Elisabeth Greissler (Sous la direction)
Québec : Presse de l’Université du Québec. 2025. 320 p.

Au travers le prisme du genre, « Penser l’itinérance au féminin » offre une analyse novatrice, approfondie et critique de l’itinérance chez les femmes au Québec. L’ouvrage s’oppose aux compréhensions traditionnelles de l’itinérance, souvent masculines, et propose une approche interdisciplinaire pour comprendre le phénomène. L’objectif est de souligner que l’itinérance chez les femmes est fondamentalement « genrée », avec des racines dans les rapports sociaux de genre qui influencent les motifs sous-jacents à leur vulnérabilité, de même que les mécanismes d’exclusion et les dynamiques de violence qui l’entourent. Les auteures de l’ouvrage soulignent que l’itinérance féminine est souvent invisibilisée en raison des préjugés sociétaux et des manières spécifiques dont les femmes vivent et gèrent leur situation d’itinérance. En conséquent, elles suggèrent de repolitiser la question en mettant en évidence les facteurs systémiques : les invisibilités sociales, médiatiques, politiques et scientifiques qui renforcent l’oppression.

Dirigé par Jacinthe Rivard et Elisabeth Greissler, « Penser l’itinérance au féminin » puise ses sources d’une analyse secondaire des données du projet de recherche participatif de Bellot et ses collègues « Rendre visible l’itinérance au féminin » (Bellot et al., 2018) réalisé entre 2015 et 2017. Cette recherche visait à rendre visibles les expériences uniques et les défis systémiques auxquels sont confrontées les femmes en situation d’itinérance. Elle a permis de rassembler les récits de vie de 45 femmes en situation d’itinérance dans sept régions du Québec. Quarante entretiens de groupe auprès de personnes intervenantes ont permis de jeter un regard sur les besoins de ces femmes et les services offerts.

Une importante caractéristique et force de l’ouvrage constitue l’implication de femmes avec une expérience vécue à titre de co-chercheuses et souvent co-auteures. Dans l’examen des ouvrages scientifiques qui traitent des problématiques sociales, en dépit de l’inclusion sporadique de témoignages, rares sont ceux qui réussissent à intégrer les voix et savoirs des personnes directement concernées. Cette situation souligne les défis inhérents à l’implication de ces personnes, qui peuvent ne pas être familières avec les us et coutumes du monde universitaire. L’ouvrage « Penser l’itinérance au féminin » s’attache à relever ce défi en mettant en exergue la nécessité d’un engagement authentique et prolongé pour assurer l’inclusion de ces voix, sans les dénaturer. Le « Comité de reconnaissance » (CR), composé d’abord d’une trentaine puis d’une douzaine d’expertes de vécu, a joué un rôle primordial dans l’élaboration du processus de recherche puis dans la rédaction de cet ouvrage. Cette implication enrichit la littérature actuelle sur l’itinérance en intégrant des témoignages et des savoirs de femmes qui permettent une compréhension plus approfondie, plus intime, du phénomène de l’itinérance. L’ouvrage adopte une perspective intersectionnelle, reconnaissant que l’itinérance chez les femmes est façonnée par un jeu complexe de facteurs, notamment le genre, l’âge, la race, l’origine ethnique (ces deux dernières sont cependant peu documentées à l’exception des femmes autochtones), l’orientation sexuelle, la santé mentale et les expériences de violence.

L’ouvrage consacre une partie importante à l’exploration des liens entre le traumatisme, la violence et l’itinérance chez les femmes. Il révèle que de nombreuses femmes en situation d’itinérance ont des antécédents d’abus et de violence vécus dans l’enfance et plaide pour une approche relationnelle qui tient compte des traumatismes pour aborder l’itinérance. En mettant l’accent sur l’importance de l’empathie et de l’écoute dans les relations d’aide, l’ouvrage dénote également la nécessité de soins centrés sur la sécurité et sur la capacité des femmes à nouer des liens.

Penser l’itinérance au féminin se détaille en 8 chapitres qui documentent et analysent de manière complexe et nuancée les réalités des femmes. Les chapitres sont divisés en 2 parties. Dans la première, les auteures reviennent sur leur méthode de recherche, en mettant particulièrement l’accent sur l’aspect participatif de l’étude. La deuxième section présente diverses perspectives d’analyse qui éclaire le phénomène de l’itinérance au féminin.

À partir d’une articulation des théories de la reconnaissance (Honneth, 2000) et des théories féministes (Bilge, 2009; Fraser, 2005), le premier chapitre, rédigé par Greissler, Rivard et Bellot, détaille la démarche entreprise pour documenter et problématiser le phénomène de l’itinérance féminine. Les auteures abordent la façon dont les invisibilités sociale, médiatique, politique et scientifique concernant les femmes en situation d’itinérance renforcent des dynamiques d’oppression et de violence. Ce chapitre se propose de repolitiser l’itinérance à travers une approche qui conjugue les théories de la reconnaissance et les théories féministes, tout en tenant compte des bouleversements économiques et sociaux récents, tels que la globalisation et le désengagement de l’État dans ses fonctions sociales. Le chapitre critique les méthodes de dénombrement traditionnellement utilisées qui ne capturent qu’une fraction des réalités de l’itinérance, omettant les situations d’invisibilité qui touchent beaucoup les femmes. En fin de compte, le chapitre met en lumière la nécessité de produire un « savoir engagé » qui s’oriente vers des stratégies de reconnaissance et de redistribution.

Le second chapitre explore le rôle du CR, constitué de femmes avec vécu en itinérance qui, en tant que co-chercheuses, participent activement à un processus de recherche sur leur expérience. Loin d’être de simples participantes, ces femmes deviennent des actrices sociales grâce à un cadre de travail inclusif et sécuritaire, où les co-chercheuses peuvent affirmer leur pouvoir et leurs compétences. Le chapitre présente une évolution en trois phases : la création du CR avec un soutien intensif, l’appropriation progressive de leur rôle de co-chercheuses, et enfin leur transformation en actrices sociales engagées, cherchant à sensibiliser à la question de l’itinérance par des présentations et des initiatives artistiques et ludiques diverses. Ce processus évolutif est teinté de la théorie de la reconnaissance et de la capacité d’agir (Martuccelli, 2006), qui permet aux participantes de prendre conscience de leur pouvoir d’action, via l’émergence d’une identité collective, fondée sur des échanges significatifs et un soutien mutuel.

Le chapitre trois, rédigé par Rivard, aborde une question cruciale et négligée dans les études sur les RP : l’« après ». Cette phase reçoit une attention renouvelée dans ce texte, qui souligne l’importance de réfléchir aux implications éthiques et aux relations entre les chercheuses et les participantes, devenues co-chercheuses, après la fin d’une recherche. Les RP confèrent une valeur significative aux contributions des femmes expertes de vécu. Or, la dynamique relationnelle générée par les RP crée de nouveaux besoins chez ces dernières. Celles-ci, par leur participation, acquièrent des compétences, des ressources et des liens sociaux qui peuvent faire défaut dans leurs vies personnelles. La fin des rencontres peut ainsi provoquer un vide et du désespoir. La question de ce qui advient du groupe constitué pour la recherche et des dynamiques relationnelles représente un point névralgique. En s’appuyant sur les travaux d’Honneth (Fraser & Honneth, 2003; Honneth, 2000, 2004) et de Fraser (Fraser, 1998, 2004, 2005),  le chapitre souligne l’importance de la reconnaissance sociale et de la justice dans la dynamique des RP. Ces théories fournissent des outils conceptuels pour envisager les enjeux de la recherche participative au-delà de l’application des méthodes, abordant notamment les risques de stigmatisation associés à la mise en lumière de leurs expériences. Ainsi, la clôture d’une recherche doit être envisagée avec soin, assurant que les participantes aient non seulement appris, mais qu’elles aient aussi gagné en autonomie et en résilience. Les réflexions sur le vif de l’auteure enrichissent ce chapitre en offrant une perspective concrète qui transcende le cadre purement théorique du chapitre. Elles permettent de mettre en relief l’impact que la RP a sur les parcours de vie des participantes ainsi que les conditions de participation et comment celles-ci sont intimement liées aux trajectoires des femmes co-chercheuses.

S’ensuit un intermède entre la partie un et deux de l’ouvrage, qui offre directement la parole aux femmes du CR, renommées les PARRFAiTeS (Paires Aidantes, de la Rue à la Recherche au Féminin : Aide ; Témoignages et Sensibilisation). Les auteures partagent leurs réflexions sur leurs expériences en mettant en lumière la force des liens créés à travers leurs implications, et l’impact de cette expérience sur leur sentiment de reconnaissance. Elles mettent également en exergue les défis de leurs implications, notamment en lien avec le maintien des valeurs qui se sont avérées nécessaires à la constitution et la pérennisation du groupe, telle que la transparence, le respect et l’amour.

Dans le quatrième chapitre, Greissler s’immerge dans l’analyse du contenu implicite des récits de vie de femmes en situation d’itinérance et met en lumière comment leurs silences et émotions non exprimées enrichissent la compréhension de ce phénomène social complexe. À travers l’exploration des récits de quatre femmes, Greissler illustre la richesse des données non verbales et des silences qui émergent lors des entretiens. Pour son analyse, l’auteure s’appuie sur les travaux de Gorden (Gorden, 1969), qui propose une typologie analytique des éléments de communication non verbale et contextuelle qui influencent l’interaction lors d’entretiens. L’auteure souligne que ces éléments sont révélateurs de la façon dont une personne construit son récit, redéfinit son expérience, se perçoit elle-même et son environnement. Cette réflexion est étayée par les travaux de Ricœur (Ricoeur, 1984), qui insiste sur la façon dont les récits personnels permettent de reconstruire des identités et des dynamiques internes. Ainsi, par une analyse à la croisée des discours contraints (Nossik, 2014) et des choix narratifs, Greissler révèle les difficultés rencontrées par ces femmes dans leur quête d’autonomie et d’intégration sociale. Elle met aussi en lumière la domination symbolique qui provient des rapports des rapports de pouvoir des institutions à l’égard des personnes en situation de marginalité (Smith, 2018). En considérant le cadre des entretiens comme un espace transactionnel, elle propose une lecture qui passe outre les simples trajets narratifs pour scruter les nuances émotionnelles qui s’y cachent.

Le chapitre 5 présente les récits de 18 jeunes femmes, dont la transition vers l’âge adulte s’est déroulée en situation d’itinérance. Reposant sur une perspective socioanthropologique de la jeunesse (Goguel d’Allondans & Lachance, 2014) et sur les travaux sur l’intégration sociale inégale de Paugam (Paugam, 2014), les auteures du chapitre, Fontaine et Lapointe, explorent comment les dynamiques relationnelles et les liens sociaux (famille, amis, éducation, citoyenneté) influencent le parcours de vie et l’intégration sociale des femmes. Les auteures démontrent que le manque de soutien social et les ruptures répétées dans les liens sociaux et les sphères d’intégration sociale, notamment durant l’enfance et durant la transition vers l’âge adulte, conduisent à une désaffiliation qui complexifie leur quête d’autonomie (Goyette et al., 2011; MacDonald, 2013; Pagé, 2015). De son côté, l’absence de « chez-soi » renforce un sentiment d’exclusion sociale qui compromet leur reconnaissance de citoyenneté, qui accentue la situation de précarité (Paugam, 2014). Cela dit, les témoignages révèlent que, tout en faisant face à des défis significatifs, beaucoup d’entre elles construisent des réseaux amicaux précieux dans la rue pour soutenir leur survie, ainsi que leur sentiment d’appartenance. Des liens affectifs sont instaurés, semblables à une « famille de cœur », alors que les femmes sont souvent étiquetées comme vulnérables et opportunistes dans un décor social masculin (Watson, 2011). Les récits révèlent aussi comment, malgré une certaine prise de pouvoir dans leur expérience de vie, elles naviguent entre choix contraints pour survivre et aspirations personnelles.

Le chapitre 6 explore les paradoxes qui découlent de l’intersection des (in) visibilités dans l’itinérance et la santé mentale des femmes. Rédigé par Desrosiers MacDonald, le chapitre s’articule autour du récit de vie de Michelle, une femme de 52 ans qui vit au carrefour de l’itinérance et de la « folie », ce dernier terme permettant d’illustrer la construction sociale et politique de la « maladie mentale » et de la « folie » (LeFrançois et al., 2013). Elles ajoutent que la « folie féminine » a longtemps servi de prétexte à une plus grande prise de contrôle des hommes et des institutions patriarcales sur le corps des femmes et leur liberté (Chesler, 2018). Le chapitre examine comment les perceptions sociétales et les approches biomédicales ne parviennent souvent pas à reconnaître la pleine humanité et les expériences vécues des femmes comme Michelle, ce qui conduit à une marginalisation accrue. Elles juxtaposent le récit de Michelle à la théorie de la reconnaissance d’Honneth, qui souligne l’importance de l’amour, des droits et de la solidarité sociale pour favoriser un sentiment d’estime de soi et d’inclusion sociale. Les thèmes clés explorés incluent les défis de la (sur) visibilité et de l’invisibilité pour les femmes confrontées à l’itinérance et à des problèmes de santé mentale, les barrières systémiques et la stigmatisation qui entravent leur accès aux ressources et au soutien. Les auteures rappellent que la majorité des femmes rencontrées dans la cadre de la recherche ont subi des violences et des négligences et que de nombreuses femmes considèrent les traumatismes vécus durant leur enfance comme « la racine de l’itinérance », soulignant du même coup que les violences, sous différentes formes, semblent persister tout au long de leur vie. Le chapitre appelle finalement à une compréhension plus holistique et compatissante de l’itinérance des femmes.

Le chapitre 7 aborde la question des dynamiques de violence dans les relations intimes vécue par les femmes en situation d’itinérance. Les auteures Flynn, Petrucci, Philippe-Côté, Galant et Renard-Robert examinent les récits de 26 femmes impliquées dans la recherche participative de Bellot et ses collègues. Cette analyse met en lumière le lien complexe entre la violence domestique et le parcours d’itinérance, soulignant que beaucoup de femmes fuient des environnements familiaux violents et subissent, par la suite, des violences dans des relations intimes qu’elles maintiennent souvent comme stratégie de survie. Ce phénomène s’inscrit dans une logique de contrôle coercitif exercé par les partenaires, un concept théorisé par Stark (Stark, 2007), qui est exacerbé par des violences économiques qui contribuent à la précarité et à l’isolement des femmes. L’analyse des témoignages révèle une interaction cyclique entre la violence des partenaires et la précarisation sociale des participantes et confirme que la violence intime est centrale dans le parcours d’itinérance des femmes. Les stratégies déployées par les femmes pour faire face à cette violence révèlent des barrières structurelles qui les maintiennent dans un cycle de violence et de précarité. Plusieurs femmes rapportent rester dans des relations violentes en raison des avantages matériels. La maternité émerge comme un aspect crucial qui influence les choix des femmes en situation d’itinérance, agissant à la fois comme un facteur de résilience et de contrainte. Les auteures ajoutent que les expériences de maternité sont parfois utilisées par leurs partenaires comme outils de manipulation, exacerbant la dépendance et le contrôle. Les témoignages mettent également en lumière les défis rencontrés par les femmes lorsqu’elles cherchent de l’aide auprès des institutions telles que la police ou la protection de la jeunesse. À plusieurs reprises, les femmes font état d’une non-reconnaissance de leurs besoins vitaux et des traumatismes vécus.

Rédigé en marge de la recherche de Bellot et ses collègues, le dernier chapitre fait état d’une recherche partenariale sur l’itinérance vécue par les femmes autochtones au Québec, réalisée entre juin 2013 et août 2014. Ce chapitre s’appuie sur le cadre conceptuel établi par Thistle où la conception de l’itinérance parmi les femmes autochtones va bien au-delà de la simple privation de maison ; elle est perçue comme un arrachement à un réseau de relations essentielles qui jouent un rôle crucial dans leur bien-être (Thistle, 2017). Les effets de la colonisation, notamment par l’expropriation violente des foyers et l’imposition de structures de gouvernance non adaptées, sont centraux pour comprendre le phénomène de l’itinérance chez les autochtones. Via les récits de vie de 14 participantes qui proviennent de diverses communautés des Premières Nations et Inuit, le chapitre révèle des expériences communes de violence, de négligence, et d’abus durant l’enfance qui ont un impact sur leur vie adulte. Les traumatismes intergénérationnels, produit des politiques coloniales, exacerbent ces difficultés (Menzies, 2009). Les récits des participantes soulignent aussi la quête de résilience, centrée sur les relations et les enseignements positifs reçus durant leurs enfances. Ces éléments, bien que souvent mêlés aux douleurs du passé, constituent des ressources précieuses dans leur parcours de guérison.

L’ouvrage se conclut sur une postface qui laisse la place à La rue des Femmes qui met en lumière le concept de santé relationnelle, souligne l’importance de soins holistiques qui répondent aux besoins et aux traumatismes uniques des femmes en situation d’itinérance, et plaide pour un changement systémique afin de combattre les causes profondes de ce problème. La postface souligne l’importance de la visibilité, de la reconnaissance et de la validation pour favoriser la guérison et le bien-être des femmes en situation d’itinérance.

La richesse indéniable de cet ouvrage réside dans l’apport des voix et des expériences des femmes, notamment celle du CR. J’ai eu la chance de rencontrer ces femmes à trois reprises dans le cadre de colloques. Leurs récits, empreints d’une vérité que seul le vécu peut offrir, transcendent les analyses théoriques et permettent de nous connecter émotionnellement au phénomène. Ils permettent de comprendre que l’expérience incarnée est une forme de savoir inestimable, souvent inaccessible à ceux qui écrivent sur ces réalités sans l’avoir partagée. Comme me l’a si bien dit l’une d’elles, « Vous avez la voix, nous l’expérience, vous êtes notre premier pas », témoignant ainsi du pouvoir de cette collaboration unique entre co-chercheuses universitaire et co-chercheuses expertes de vécu. Dans sa critique de l’ouvrage « Penser l’itinérance au féminin », il convient de noter que les voix des femmes du CR ne sont pas systématiquement présentes dans tous les chapitres, ce qui peut nuancer la portée de l’analyse proposée. Bien que les chercheuses aient abordé la notion de savoir situé, il aurait été profitable d’en ressentir davantage l’imprégnation dans chaque chapitre afin de valoriser pleinement leurs expériences et perspectives. Par ailleurs, on observe une variation notable entre les chapitres, certains étant fortement ancrés dans une approche théorique tandis que d’autres se rapprochent davantage de témoignages concrets. Cette disparité appelle à continuer la réflexion critique sur l’importance de l’inclusion des expériences vécues pour enrichir le discours académique sur la question de l’itinérance et des barrières structurelles à l’inclusion de ces savoirs. Enfin, bien que l’ouvrage s’ancre dans un cadre théorique de la reconnaissance et du féminisme critique, c’est surtout le cadre de la reconnaissance qui occupe l’espace, l’analyse du patriarcat et de ses mécanismes au sein des institutions demeure en surface. Une prise en compte plus approfondie mécanismes qui permettent au patriarcat de perdurer, notamment au sein des institutions en santé mentale, aurait permis une meilleure compréhension des dynamiques d’oppressions, souvent difficilement perceptibles, auxquelles les femmes font face et qui les maintiennent dans des situations de précarité.

DOMINIQUE GAULIN
UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL


Bilge, S. (2009). Théorisations féministes de l’intersectionnalité. Diogène, 225(1), 70‑88.

Chesler, P. (2018). Women and madness. Chicago Review Press.

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Fraser, N. (2004). Justice sociale, redistribution et reconnaissance. Revue du MAUSS, 23(1), 152‑164.

Fraser, N. (2005). Qu’est-ce que la justice sociale ? Reconnaissance et redistribution, trad. E. Ferrarese, Paris, La Découverte.

Fraser, N., & Honneth, A. (2003). Redistribution or recognition? : A political-philosophical exchange. verso.

Goguel d’Allondans, T., & Lachance, J. (2014). Étudier les ados. Initiation à l’approche socio-anthropologique. Lectures, Les livres.

Gorden, R. L. (1969). Interviewing: Strategy, techniques, and tactics. (No Title).

Goyette, M., Bellot, C., & Pontbriand, A. (2011). Les transitions à la vie adulte des jeunes en difficulté : Concepts, figures et pratiques (Vol. 51). PUQ.

Honneth, A. (2000). La lutte pour la reconnaissance.

Honneth, A. (2004). La théorie de la reconnaissance : Une esquisse. Revue du MAUSS, 23(1), 133‑136.

LeFrançois, B. A., Menzies, R., & Reaume, G. (2013). Mad matters: A critical reader in Canadian mad studies. Canadian Scholars’ Press.

MacDonald, S.-A. (2013). Les expériences méconnues des jeunes itinérants « à risque » : Vivre et survivre. Lien social et Politiques, 70, 205‑226.

Martuccelli, D. (2006). Forgé par l’épreuve : L’individu dans la France contemporaine. Armand Colin.

Menzies, P. (2009). Homeless Aboriginal men: Effects of intergenerational trauma. Finding home: Policy options for addressing homelessness in Canada, 601‑625.

Nossik, S. (2014). Introduction : Le récit de soi entre conformisme et émancipation. Semen. Revue de sémio-linguistique des textes et discours, 37.

Pagé, M. (2015). Avoir 18 ans : Au-delà des théories : Le vécu au quotidien. Le sociographe, 3, 45‑53.

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Ricoeur, P. (1984). Temps et recit, Tome I: L’intrigue et le récit historique, Tome II: La configuration dans le récit de fiction. L’ordre philosophique. Paris: Éditions du Seuil.

Smith, D. (2018). L’ethnographie institutionnelle. Une sociologie pour les gens. Économica.

Stark, E. (2007). Coercive control: The entrapment of women in personal life Oxford. University Press.

Thistle, J. A. (2017). Définition de l’itinérance chez les Autochtones au Canada.

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