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Numéro 40.4

Éditrice-en-chef : Nancy Wright

Éditorial par Irving Kulik, Directeur général de l’ACJP

Book Review by Miranda Henderson of They Made a Monster by Gracia Younes
MIRANDA HENDERSON

Dans They Made a Monster (Ils ont créé le monstre, Younes, 2025), l’experte et militante contre la traite des personnes Gracia Younes met en lumière les conséquences dévastatrices de la trahison institutionnelle et de la négligence systémique au sein du système québécois de protection de la jeunesse. Dans sa critique de ce puissant mémoire, Miranda Henderson relate les six années d’internement de Younes au DPJ de Laval (Direction de la protection de la jeunesse) — internement que ses parents, pauvres mais dévoués, ont dû payer — après qu’elle eut été placée dans l’unité des jeunes contrevenants sans avoir commis le moindre crime. Gracia Younes décrit des conditions d’une barbarie inouïe et conclut que ce récit appelle des systèmes de protection réellement bienveillants, une reddition de comptes institutionnelle, et le courage collectif d’affronter la complicité qui permet à de tels abus de perdure.


The Criminalization of Youth in Canada: A Call to Raise the Minimum Age of Criminal Responsibility
Par Brenda Kobayashi
Professeure adjointe (sociologie), Université Western

Brenda Kobayashi critique ici l’âge minimal de la responsabilité criminelle (AMRC) au Canada, fixé à 12 ans — bien en deçà des normes internationales, contraire aux recherches sur le développement et en décalage avec d’autres seuils juridiques comme la conduite, la consommation d’alcool ou l’autonomie légale. Le Comité des droits de l’enfant de l’ONU recommande de ne pas fixer l’AMRC à moins de 14 ans, et plusieurs pays l’ont portée à 15 ou 16. Maintenir ce seuil à 12 ans a de graves conséquences : en 2022-2023, les jeunes Autochtones représentaient près de la moitié des admissions en détention, tout en formant seulement 8 % de la population juvénile. Malgré les appels de la Commission de vérité et réconciliation, cette surreprésentation ne cesse de s’aggraver. Alimentée par la rhétorique de la répression de la criminalité, l’approche punitive persiste. Kobayashi affirme que le Canada doit agir résolument en relevant l’AMRC à 15 ans.


Winnipeg’s Community Safety Team: Compassionate Service Improving Public Safety
Par Robert (Bob) Chrismas

Depuis sa création au début de 2024, l’équipe de sécurité communautaire de Winnipeg (CST) a nettement amélioré la sécurité publique et le soutien aux populations vulnérables. Misant sur une approche compatissante fondée sur la reconnaissance des traumatismes, sur des partenariats diversifiés et sur l’équité et la compétence culturelle, la CST a accru la confiance de la communauté et allégé la pression sur les services d’urgence. Leur travail au sein du réseau de transport en commun est devenu un modèle de sécurité publique intégrée, avec des initiatives visant à étendre ces pratiques à d’autres espaces urbains pour un soutien inclusif à tous.


Evidence Without Exposure: Making the Case for Anonymized, Cross-Sectoral Justice Data in Canada
Par Émilie Christopher

Le système fédéral de justice du Canada présente un déficit de données probantes intersectorielles : les données demeurent fragmentées entre les provinces, les établissements correctionnels et les secteurs sociaux, ce qui entrave l’évaluation de ce qui fonctionne. Émilie Christopher (MA, Nouvelle-Écosse) soutient que des bases de données désidentifiées—reliant justice, santé, éducation et conditions socioéconomiques—offrent une solution efficace. Ces bases protègent la vie privée tout en permettant des analyses rigoureuses et longitudinales. Des outils comme l’Enquête sur les services correctionnels (ESCC), l’Initiative de modernisation des données sur la justice (IMDJ) et la Base de données relationnelle sur la justice (CJRD) ont jeté les bases essentielles, mais de nombreux ensembles de données pertinents demeurent non reliés. Sans intégration, les possibilités d’intervention précoce, d’évaluation équitable et de programmes efficaces sont perdues. Christopher fait valoir que les bases anonymisées peuvent combler cette lacune en fournissant l’infrastructure factuelle nécessaire à un système de justice plus transparent, responsable et efficace au Canada.


Accused Persons require Support, not Control: Why the “Jail not Bail” Sentiment Lacks Empirical Support
Par Alyssa Leblond (PhD)
Ph. D. (Sociologie), professeure adjointe, Université Nipissing, North Bay (ON), et doctorante à Queen’s University (Kingston, ON)

Les appels à « la prison plutôt que la mise en liberté » ont façonné les plus récentes réformes, dont le projet de loi C-48, qui transfère à l’accusé — et non à la Couronne — le fardeau de justifier sa remise en liberté pour certaines infractions. Pourtant, cette analyse fondée sur des données probantes ne trouve aucun appui empirique à l’idée que durcir la mise en liberté sous caution réduit la criminalité ou augmente la sécurité publique. Près de 86 % des personnes incarcérées au Canada sont légalement innocentes, détenues dans des conditions aussi strictes qu’une peine. Même une brève détention peut accroître, plutôt que réduire, la récidive. Les conditions strictes criminalisent des comportements autrement licites. Si notre but est la sécurité publique, les personnes accusées ont besoin de soutien, non d’un contrôle accru.


Twists and Turns
Par Doug Heckbert

Doug Heckbert (2020) — ancien agent de probation, enseignant et auteur de Go Ahead and Shoot Me! — raconte l’histoire de Chris et Christine Davies, deux Edmontoniens anciennement incarcérés qui ont transformé des décennies de traumatismes, de dépendance et de criminalité en une nouvelle vie de parents, de professionnel.le.s et de défenseurs des droits. Chris est aujourd’hui compagnon électricien ; Christine, gestionnaire d’un programme de logement et leader communautaire. Ils racontent comment les programmes correctionnels, le mentorat, l’inclusion sociale et la persévérance leur ont permis de se reconstruire. C’est une histoire de résilience, de reconnexion et de renouveau — un rappel que, avec soutien et objectif, il est possible de rebâtir sa vie après l’incarcération.


Book Review by Miranda Henderson of The Potential Contribution of Social Science to Tomorrow’s Society: A Criminologist’s Analysis & Predictions by Ezzat A. Fattah
Vancouver: E. A. Fattah. 2023. 376 p.
Par Miranda Henderson

Dans sa recension de The Potential Contribution of Social Science to Tomorrow’s Society, Miranda Henderson analyse l’appel audacieux d’Ezzat A. Fattah à abolir les prisons, rejeter la notion de culpabilité morale et réinventer la justice à travers la réduction des méfaits, la justice réparatrice et la victimologie. S’appuyant sur des décennies de recherche, Henderson met en lumière sa critique empirique de la rétribution et sa vision d’un paradigme de justice humain et tourné vers l’avenir.


Forensic Genetic Genealogy: The Unwilling Informant
Par Janne Holmgren
Mount Royal University, Calgary (AB)

Janne Holmgren examine l’arrestation de Joseph James DeAngelo — identifié en 2018 comme le Golden State Killer grâce à la généalogie génétique médico-légale (GGM), un outil d’enquête à la fois puissant et controversé. La GGM combine l’analyse d’ADN et la recherche généalogique à partir de bases de données génétiques grand public pour retracer des parents éloignés d’un profil trouvé sur une scène de crime. Cette méthode a permis de résoudre des centaines d’affaires et d’identifier des milliers de personnes décédées non identifiées. Cependant, elle soulève d’importantes questions éthiques et juridiques concernant la vie privée des tiers et le consentement éclairé. À mesure que les forces de l’ordre se tournent vers des bases de données en libre accès comme GEDmatch, Holmgren s’interroge : les consommateurs sont-ils conscients des risques de devenir, à leur insu, des informateurs dans des enquêtes criminelles ? Elle souligne également les préoccupations croissantes au Canada, où les organismes de surveillance commencent à examiner et à encadrer l’utilisation de la généalogie génétique par les services policiers.


Rehabilitative architecture: A barrier-less future or invisible barrier cemented?
Par Megan Davidson

Cet article, fondé sur une revue systématique de la littérature menée par l’auteur dans le cadre de ses recherches de maîtrise (MRes) à University of Liverpool (R.-U.), remet en question la place dominante accordée à la réforme architecturale dans le discours international sur la conception des prisons. L’auteure soutient que trop peu d’attention est accordée à l’intégration des programmes de réhabilitation. Si des chercheuses et chercheurs comme Jewkes, Moran et Engström ont mis en avant les dimensions éthiques et psychologiques de l’espace carcéral, peu ont examiné la manière dont la conception s’articule avec les programmes de réinsertion. Les prisons nordiques illustrent des modèles à la fois cohérents et intégrés, où l’espace, le personnel et les services convergent vers la réintégration, contrairement aux établissements canadiens dont l’infrastructure vieillissante entrave souvent les efforts de réhabilitation. L’auteure souligne la nécessité d’une recherche interdisciplinaire reliant la réforme spatiale à la réinsertion, et plaide pour une approche canadienne ancrée dans l’appel à l’action no 30 de la CVR.


Les opinions qui sont exprimées ne reflètent pas nécessairement les vues de l’Association, mais y figurent afin d’encourager à réfléchir et à agir sur la justice pénale dans tout le Canada.

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