RCCJP – Volume 64.1 (2022)
Dynamic Risk Factors for Sexual Offending: Causal Consideration
Par Roxanne Heffernan et Tony Ward.
Springer : 2021. 80 p.
L’étude, l’évaluation et le traitement basé sur les facteurs de risque dynamiques constituent aujourd’hui le quotidien des professionnels de la réhabilitation. C’est précisément ceci que Roxane Heffernan et Tony Ward interrogent au sein de ce court ouvrage de 80 pages en quelques points clés : origines, questionnements, propositions, implications pratiques, perspectives des facteurs de risque dynamiques.
Tony Ward est le créateur du Good Lives Model (GLM), modèle à la fois alternatif et complémentaire à l’approche réhabilitative basée sur le risque. De ce fait, il est fort intéressant d’observer la lecture des facteurs de risque depuis les yeux d’un expert de l’approche positive basée sur les forces et les besoins. Roxane Heffernan élabore depuis plusieurs années ces réflexions théoriques et pratiques, en liant notamment l’analyse des facteurs de risque et de protection à la notion d’agency. Le modèle de l’agency, en tant que mise en action des capacités de la personne, est un angle d’étude pertinent pour comprendre la manière dont s’activent les facteurs de risque dynamiques et les facteurs de protection et la manière dont il serait possible de les théoriser.
Le postulat des deux auteurs se tient ainsi : la relation entre les facteurs de risque dynamiques et la délinquance n’est pas si évidente, directe et surtout… causale. A partir de ce postulat, il devient nécessaire d’émettre des hypothèses relationnelles et, pour cela, de reformuler ce que sont les facteurs de risque dynamiques (p.38). Loin d’une relation de cause à effet à corrélation simple et linéaire, le lien entre les facteurs de risque dynamiques et la délinquance devrait s’analyser comme dans les classifications de l’épidémiologie médico-psychologique et le traitement psychopathologique. Dans ces domaines d’étude, les symptômes servent à l’évaluation, mais ne sont jamais des cibles d’intervention directe. Les symptômes sont la manifestation d’un fonctionnement sous-jacent (ex. en TCC, EMDR, …).
Les facteurs de risque dynamiques ne donnent pas d’explication causale de la récidive, ni de manière prédictive ni de manière prospective, il faudrait donc des hypothèses, concepts, modèles, plus complets et intégratifs pour offrir un socle solide aux professionnels dans la conceptualisation des dossiers et de leur traitement. L’analyse par la conceptualisation de cas appuyée sur un cadre théorique intégratif pourrait guider le raisonnement des professionnels sur les mécanismes en jeu dans le comportement criminogène (ce qui produit la délinquance) et son changement (la réhabilitation) (p.51).
Pour nous proposer ces réflexions théoriques et implications pratiques, Roxane Heffernan et Tony Ward ont d’abord pris soin de nous présenter les facteurs de risque dynamiques (p.11). Depuis leur avènement statistique et leur intégration théorique au sein de la psychologie du comportement criminelle (PCC) à leur généralisation actuelle dans les pratiques psychologiques médico-légales et correctionnelles, les auteurs soulignent la nature critique des questions, comment nous devrions les utiliser dans le cadre du traitement et de la gestion des risques. L’hypothèse de l’approche du risque est que les facteurs de risque dynamiques détiennent deux fonctions efficaces, visibles dans la pratique, une fonction de causalité et une fonction de prédiction (statistique). Selon les auteurs ici, la nature « composite » des facteurs de risque dynamiques ne rend pas cette double fonction possible (p.29). Il y aurait des problèmes conceptuels et empiriques majeurs qui limiteraient tout rôle significatif des facteurs de risque dynamiques dans la compréhension du cas, la formulation d’hypothèses et la planification du traitement (ex. incohérence conceptuelle, manque de spécificité, de référence, de concrétisation factuelle, de normativité…).
La reformulation des facteurs de risque dynamiques est une direction clé pour développer dans le temps des explications mécanistes (causales) des comportements humains en jeu au sein de la récidive (p.73). A l’image du Good Lives Model, le but est de parvenir à des traitements individualisés que le recours aux seuls facteurs de risque dynamiques aujourd’hui, en l’état actuel, ne permettrait pas suffisamment. Aux lecteurs des approches de criminologie positive, aux chercheurs comme aux praticiens des facteurs de risque de la perspective des données probantes, cet ouvrage est déjà incontournable pour participer au débat international sur la réhabilitation.
ERWAN DIEU
SERVICE DE CRIMINOLOGIE (ARCA), FRANCE
