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RCCJP – Volume 65.3 (2023)

Les jeunes en difficulté. Un défi collectif

Denis Lafortune
Centre-sud-de-Ile de Montréal : Éditions du CIUSSS. Coll. Institut universitaire Jeunes en difficulté. 487 p.

L’Institut universitaire Jeunes en difficulté a été créé en 1996. Depuis vingt-cinq ans, la communauté québécoise des intervenants et des chercheurs de ce domaine attendait une publication qui présenterait l’ensemble des travaux conduit, tant dans les universités que dans les milieux de pratique et en son sein, sur les enfants pris en charge par les services sociaux. C’est la première fois qu’un livre d’importance est publié au Québec dans ce domaine. Les publications sur la délinquance et la réadaptation des adolescents en difficulté, tant en criminologie qu’en psychoéducation, ont été particulièrement nombreuses et rayonnantes au Québec et à l’international depuis les années 1960. Ce livre se distingue de ces publications par l’origine des auteurs et co-auteurs. Les auteurs de ce livre ont été formés, pour la très grande majorité, en psychologie plutôt qu’en criminologie ou d’autres disciplines des sciences sociales. Ce livre témoigne du fait que la psychologie québécoise, au cours des dernières décennies, investit davantage le domaine des enfants en difficulté qu’elle ne le faisait depuis son émergence après la deuxième guerre mondiale.

Ce livre comprend quatre parties et chacune cible deux objets complémentaires: d’abord la nature de plusieurs formes du phénomène des difficultés rencontrées durant l’enfance et l’adolescence et, ensuite, des stratégies et des interventions, essentiellement individuelles, qui peuvent être réalisées dans la communauté ou en milieu d’hébergement. En outre, tous le chapitres adoptent un plan commun comme dans la plupart des articles publiées dans des revues scientifiques : nature de la difficulté et bilan des connaissances, objectifs de l’étude, méthodologie, résultats et discussion des résultats en regard des politiques sociales ou l’intervention individuelle auprès de ces enfants et leur famille. Malgré cette forme de similarité des textes, il est plus que probable que la plupart des chapitres ne rencontreraient pas les critères d’un comité scientifique d’une revue internationale. Ces sont des données d’observation et d’innovation essentielles à la réflexion sur les politiques envers les enfants en difficulté. En plus, il y a des données sut des interventions qui mériteraient une démarche scientifique qui aurait avantage à être plus poussée aux niveaux de la grandeur des échantillons, de la rigueur des mesures et de la nature des analyses.

Les six chapitres qui composent la première partie traitent de manifestations particulières des difficultés qui affectent les enfants en difficulté, à savoir une recherche épidémiologique sur la victimisation sexuelle et une étude longitudinale sur le développement de l’exploitation sexuelle. En outre, cette partie comprend une étude sur l’accompagnement de ces enfants, deux chapitres s’intéressent aux jeunes fugueurs en milieu résidentiel, à savoir leur santé mentale et les meilleures pratiques les concernant. Enfin, un dernier chapitre discute de la manière d’articuler les ressources du milieu de manière à favoriser la résilience des enfants en difficulté.

Les cinq chapitres de la deuxième partie sortent l’enfant des milieux résidentiels et ils ont en commun l’apport de la famille à leur résilience. Il s’agit de promouvoir l’engagement parental en réadaptation, de rechercher et soutenir l’action des organismes communautaire, de lutter contre la maltraitance, de développer l’alliance avec les pères et d’assurer une stabilité des placements en famille d’accueil.

Les chapitres de la troisième partie se concentrent sur des problèmes importants pour les enfants en difficulté au Québec. Il s’agit de leur scolarisation incomplète, de leur diversité ethnoculturelle et des gangs auxquels beaucoup adhèrent. Il existe beaucoup de publications quantitatives et qualitatives sur ces problématiques par les scientifiques québécois depuis plusieurs décennies. Il est malheureux que ces chapitres ne mettent pas en perspective la situation québécoise avec les contenus de ces chapitres qui présentent la situation dans une autre ville canadienne et une ville européenne.

La quatrième partie révèle clairement l’appartenance des auteurs à la psychologie et, encore plus spécifiquement, à la psychologie d’obédience psychodynamique. Les références à la fin des chapitres en témoignent éloquemment. Même les écrits des psychoéducateurs classiques de cette orientation, formé en psychologie, par exemple Guindon, Gendreau et autres, sont ignorés. En outre, le collectif de sept chercheurs, énuméré sur la page couverture, semble avoir oublié que toutes les méta-analyses, publiées en psychologie et en psychiatre, ont confirmé, d’années en années, que les interventions avec les méthodes cognitives comportementales sont plus efficaces que les interventions psychodynamiques avec les enfants en difficulté, incluant celles et qui sont abordés dans la quatrième partie.

En somme, ce livre a quand même sa place comme lecture pour acquérir des connaissances sur les enfants en difficulté, mais il demeure incomplet concernant l’ensemble des interventions pertinentes et efficaces pour assurer le développement prosocial des enfants en difficulté.

MARC LE BLANC
UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL

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