|
Une stratégie nationale de prévention du crime
(Résumé du texte complet)
ASSOCIATION CANADIENNE DE JUSTICE PÉNALE
en collaboration avec
Le Conseil canadien de développement social
Le Conseil canadien de l'enfance et de la jeunesse
L'Association canadienne des chefs de police
La Fédération canadienne des municipalités
L'Association nationale des Centres d'amitié
Ottawa 1989
POURQUOI UNE STRATÉGIE?
Notre qualité de vie et la sécurité relative de nos foyers et de nos rues constituent les principaux attraits du Canada et contribuent à notre fierté nationale.
On rapporte cependant que le taux de criminalité est substantiellement plus élevé maintenant qu'il ne l'était dans les années 1960 et au début des années 1970 et, à moins qu'une stratégie globale de prévention du crime ne soit mise en place, le taux de criminalité va continuer de menacer les assises de notre paisible existence.
L'Association canadienne de justice pénale s'est donné comme objectif d'élaborer une telle stratégie pour le pays et de proposer aux Canadiens une approche qui devrait contribuer à rendre nos communautés aussi sûres qu'elles peuvent l'être. La démarche consiste à faire ressortir l'importance du développement social et à démontrer qu'il doit accompagner nos efforts actuels dans le domaine de la prévention du crime.
La prévention du crime n'a pas la même signification pour tout le monde. Pour certains, cette notion fait référence aux policiers, aux tribunaux et au secteur correctionnel. Pour d'autres, elle consiste à réduire les occasions de criminalité. Dans cette stratégie, le modèle proposé s'inspire du développement social.
La prévention du crime par le développement social n'est pas un concept nouveau. En Europe, la plupart des expériences récentes en matière de prévention du crime se réclament du développement social, ce qui n'est pas le cas au Canada. En termes de programmes sociaux offerts aux citoyens, il faut cependant dire que le Canada obtient de très bons résultats. Cette stratégie a donc comme objectif premier d'intégrer la prévention du crime au sein des programmes actuels en visant tout particulièrement les individus qui sont les plus susceptibles d'être mêlés à des actes criminels.
La stratégie proposée reconnaît la valeur des approches actuelles en matière de prévention du crime; elle souligne la nécessité de pousser ces initiatives un peu plus loin, et il faut donc la voir comme un complément aux projets actuels. Elle apporte une nouvelle dimension et insiste sur l'importance de la coordination et de la concertation permettant d'assurer une meilleur exécution des programmes de prévention du crime.
QUELLES SONT LES RAISONS QUI INCITENT AU CRIME?
Pour être efficace, la stratégie proposée se doit de déterminer et d'étudier les situations qui engendrent le crime. Ce document passe en revue les recherches actuelles, spécialement celles qui s'intéressent aux liens qui existent entre les facteurs sociaux et la criminalité.
La corrélation entre certains facteurs et le comportement délinquant est si forte qu'elle exige une action immédiate pour neutraliser l'influence de ces facteurs. Des études approfondies sur le développement de l'enfant nous ont permis de mieux comprendre comment les enfants peuvent devenir des délinquants récalcitrants. Il est évident que l'âge, le sexe et le revenu sont des facteurs déterminants, tout comme le sont les expériences de la tendre enfance, les amis et le vécu scolaire. Au Canada, la situation des autochtones commande une attention spéciale. Le fait de naître autochtone peut signifier que l'on est privé, dans sa vie de tous les jours et dans sa vie sociale, des possibilités qui s'offrent aux non autochtones. Les conditions de vie, la situation d'emploi et les relations conjugales peuvent influencer tous les autres aspects de la vie, et l'alcool et les stupéfiants sont souvent associés au crime. L'influence d'autres facteurs, tels la télévision et le régime alimentaire, est moins claire mais suffisamment importante pour ne pas être ignorée.
QUE FAUT-IL FAIRE AU CANADA?
Tous les facteurs que nous venons de mentionner peuvent être modifiés, en tout ou en partie, grâce à des politiques et programmes sociaux bien formulés et visant des clientèles bien précises. C'est pourquoi la stratégie propose un certain nombre de recommandations touchant, entre autres:
| A. |
LES PARENTS ET LES FAMILLES: Promouvoir l'indépendance financière et l'amour propre chez les familles défavorisées, les services de soutien aux familles et les interventions d'urgence, la valorisation de l'enfant et du rôle de parent, l'éducation sexuelle, et une programmation plus positive au sein des médias. |
| B. |
LES ÉCOLES: On s'intéresse ici à l'identification précoce des problèmes de comportement, aux programmes de rattrapage, au développement personnel, aux pressions des pairs, à l'engagement personnel et à la participation des parents. |
| C. |
LE LOGEMENT SOCIAL ET LE QUARTIER: Parmi les éléments importants, mentionnons une meilleure intégration des logements publics et privés, la participation des résidants, les programmes récréatifs, la conception et la planification de l'environnement et l'information communautaire. |
| D. |
LA SITUATION D'EMPLOI: L'emphase est mise sur les jeunes défavorisés, sur les possibilités d'acquérir une formation professionnelle, sur la préparation à l'emploi, sur la recherche de solutions de rechange aux problèmes du chômage et sur les programmes d'intégration au marché du travail. |
| E. |
L'ABUS DE DROGUES, LES MÉDIAS ET LA SANTÉ: L'accent est mis sur la recherche et sur l'évaluation, car on ne dispose pas encore de tous les éléments permettant d'établir un lien entre ces facteurs et la délinquance. |
QUI DOIT LE FAIRE?
Tous les Canadiens ont un rôle à jouer en matière de prévention du crime. Les différents paliers de gouvernement, les institutions (incluant la police), le secteur privé, et le secteur bénévole et chaque citoyen ont tous une responsabilité à assumer, et tous peuvent faire quelque chose pour prévenir le crime par le développement social. La stratégie énumère les actions possibles, pointant du doigt certains intervenants:
| A. |
LE GOUVERNEMENT FÉDÉRAL: Faire preuve d'engagement et de leadership; faire de la prévention du crime une priorité au sein des ministères; identifier tous les programmes contenant des éléments de prévention du crime par le développement social; créer un comité de coordination interministériel; mettre en place un conseil national de la prévention du crime; éduquer le public; et favoriser la recherche et l'expérimentation. |
| B. |
LES GOUVERNEMENTS PROVINCIAUX ET TERRITORIAUX: On insiste sur leur rôle de leadership, sur l'établissement de mécanismes et de structures appuyant les objectifs, les politiques et les procédures de la prévention du crime; dans leurs domaines de responsabilité (la santé, l'éducation, le logement, le loisir, les services sociaux...), identifier et promouvoir des projets de développement social, assurer la coordination des interventions du gouvernement et du secteur privé, favoriser l'éducation et la formation, la recherche, etc. |
| C. |
LES GOUVERNEMENTS MUNICIPAUX ET RÉGIONAUX: Les gouvernements locaux sont ceux qui sont les plus proches des besoins immédiats et quotidiens des Canadiens et ce sont eux qui donnent son vrai sens à la vie communautaire. Les recommandations reconnaissent et renforcent cet état de fait. Entre autres choses, les recommandations invitent ces gouvernements à faire preuve de leadership politique et à assumer leurs responsabilités locales, à analyser les tendances, à s'intéresser aux besoins des plus démunis et à favoriser une action de type collégial. |
| D. |
LA POLICE: Les recommandations traitent de la nécessité pour les forces policières d'intégrer dans leurs projets de prévention du crime des éléments de développement social et d'en reconnaître l'importance. Elles insistent également sur la collecte et la mise en commun des données, sur le renforcement des liens avec les organismes voués aux services sociaux, à la santé mentale et à la garde des enfants, sur l'amélioration des activités d'information, sur la participation du quartier et sur la nécessité de contrer les effets aliénants qu'entraîne la peur du crime. |
| E. |
LE SECTEUR BÉNÉVOLE: Le rôle des organismes bénévoles, qu'il s'agisse de la défense d'une cause, de l'élaboration de politiques ou de l'éducation du public, doit être élargi de manière à toucher également à la prévention du crime par le développement social. Il faut promouvoir des programmes de sensibilisation cohérents et faire en sorte que les réseaux actuels s'efforcent d'obtenir l'appui et l'engagement du public afin de prévenir le crime grâce au développement social. |
| F. |
LE SECTEUR PRIVÉ: Les recommandations insistent sur les projets de création d'emplois parrainés par les entreprises, sur la diffusion d'informations faisant valoir les avantages socio-économiques liés à la prévention du crime par le développement social et sur le financement de campagnes de sensibilisation du public. |
| G. |
LES AUTOCHTONES: Conformément aux besoins et aux désirs exprimés par les autochtones, il faudrait redonner aux communautés autochtones la responsabilité de faire régner l'ordre dans leurs rangs. Les gouvernements fédéral et provinciaux devraient rendre les services de prévention et les systèmes d'appui plus accessibles aux autochtones. Il faudrait lancer des projets coopératifs visant à coordonner et à améliorer les services sociaux et les services de santé administrés par et pour les réserves autochtones. |
| H. |
LA PARTICIPATION DES CITOYENS: Les recommandations invitent les individus à jouer un rôle actif en tant que bénévoles, à participer eux-mêmes à la mise en place de structures et de projets de prévention du crime et à travailler à modifier de manière significative les perceptions et les attitudes du public à l'égard des comportements criminels. |
DU CONCEPT À LA RÉALITÉ
Notre stratégie nécessitera un effort concerté de tous les paliers de gouvernement. Elle exigera du temps et des engagements de la part des professionnels et des bénévoles oeuvrant dans les différents domaines. Elle exigera surtout le maintien des programmes sociaux actuels qui se sont avérés efficaces, la réaffectation de certaines ressources humaines et financières à des objectifs redéfinis et peut-être un petit investissement additionnel pour la réalisation de ces objectifs.
Par respect envers nous-mêmes et pour préserver notre qualité de vie au Canada, nous nous devons de rendre nos communautés aussi sûres qu'elles peuvent l'être. L'Association canadienne de justice pénale croit fermement en cette approche et invite les gouvernements, les institutions et le public à participer à cet effort collectif qui permettra de transformer un concept en réalité.
Le texte complet est disponible. Communiquez avec nous.
|