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Recension de livre

Confidences d’un agent double, en mission à 14 ans

par Bernard Tétrault
Montréal, QC: Editions Publistar. 2009

Les témoignages d’indicateurs, d’informateurs sont toujours utiles pour le commun des mortels sinon pour les personnes affectées à l’élaboration des politiques criminelles ou les pénalistes, pas toujours informées du rôle prépondérant de ces agents au sein de la diaspora policière. L’ouvrage de Bernard Tétrault met en écrit le témoignage de Michael Lechasseur dans cet ouvrage intitulé Confidences d’un agent double en mission, en mission à 14 ans. Le titre de l’ouvrage aurait pu substituer le mot «indicateur » ou « informateur » à celui d’ « agent double », la terminologie pour nommer les collaborateurs de la police étant assez variée (mentionnons aussi infiltrateur, agent de pénétration, aviseur, délateur, etc.). Ces activités ont fait l’objet d’un ouvrage collectif sous la direction de Jean-Paul Brodeur il y a quelques années, et certains dispositifs juridiques du Code pénal se sont affinés au fil des ans, mentionnons la France en 2006 et la Belgique (loi du 6 janvier 2003). Lechasseur se défend p. 97-98 et 163 d’être un délateur mais se considère plutôt comme un agent double, ce sont là des jeux de mots qui n’enlève en rien à ces agents d’infiltration : trahir une organisation au profit d’une autre. Une activité qui en somme ne dérive en peu de choses de celle des politiciens se livrant au contre-espionnage. Mais, il reste beaucoup de dimensions occultées de l’activité d’agent double, la police recrutant souvent, comme on le voit dans ce livre, en vue de ses objectifs personnels et professionnels sans se soucier de la légalité des procédures de recrutement ou de collaboration, sinon de la sécurité des personnes qu’elle sollicite. Le témoignage de Marc Fiévet, aviseur de la douane, avait été assez retentissent en France, il y a quelques années. Il s’agissait dans ce cas comme dans celui de Lechasseur d’un cas de criminalisation de la source par la police afin de se dédouaner d’éventuelles accusations. Quand les forces de l’ordre utilise une source de renseignement, elles optent pour les différentes options : procédure de recrutement légal, criminalisation, psychiatrisation ou neutralisation. La première est la procédure officielle, la dernière la moins connue. Mais entre cela la criminalisation sert à justifier une collaboration ou une surveillance illicite (car il ne s’agit pas toujours de renseignements actifs mais aussi de renseignements obtenus par le biais de la surveillance), la psychiatrisation est une simple formalité dans le cas où la source aurait tendance à trop se vanter de ses résultats et mettrait ainsi sa vie en danger sinon  compromettraient les recruteurs ou les exploiteurs illégaux du renseignement.

Michael Lechasseur a commencé son activité de collaboration à l’âge de 14 ans et sorti de la clandestinité partielle (en effet Lechasseur est un pseudonyme hérité de son activité de séduction de jeunes femmes dans les bars), à l’âge de 37 ans. L’auteur fait remarquer qu’il a risqué sa vie à de nombreuses reprises et mentionne à cet égard qu’à chaque fois qu’il met les pieds au Québec il risque sa vie. Lechasseur se considère comme un réel policier, en somme un fin observateur des activités délictueuses. Lechasseur raconte avec sincérité une pratique assez récurrente en milieu juridique et policier : l’ingratitude vis-à-vis des sources de renseignements : « Même si j’ai demandé officiellement aux autorités québécoises de faire enquête sur ce qui m’est arrivé, j’attends toujours des réponses. Pourtant par deux fois durant les dernières années j’ai fait des sorties publiques à cet effet. […] Sans résultat. » (p. 12). Lechasseur fait le récit de sa vie en commençant par sa naissance à Verdun en 1971. C’est la mort du père de son ami qui le rapproche finalement du monde policier, un policier l’abordant et lui demandant de collaborer. L’auteur nous révèle au fil des pages les aléas de sa relation avec la police et les méthodes qu’elle emploie « [la seule façon] efficace qu’ont les policiers pour réussir à coffrer les trafiquants de drogue et les mafiosi : les infiltrer en laissant commettre des crimes mineurs par des agents doubles. »(p. 27). Il évoque la réaction négative de sa belle sœur face à ce qu’elle estime être un scandale : utiliser un mineur pour arriver à ses fins. Lechasseur a aussi fait l’objet d’arrestations devant des criminels, arrestations préparées afin de duper les ennemis et leur faire croire qu’il était des leurs. C’est surtout de désinformation que d’information dont il faudrait parler pour évoquer la manipulation d’informations dont est victime Lechasseur : en 1988 la presse de Beloeil fait état des prouesses de la brigade des stupéfiants alors qu’en fait c’est un adolescent (Lechasseur) qui fait tout le travail de récolte des renseignements (et, on peut le supposer, les télécommunications) (p. 38-39). Il raconte en somme que malgré le fait que la police l’ai laissé consommer sinon vendre des stupéfiants pendant des années sans rien dire cela ne l’a pas empêché de l’arrêter en 1995 sous cinq chefs d’accusation parce que ses connaissances l’avaient dénoncées. Il révèle aussi un assassinat d’informateur de police (p. 60) sujet trop peu médiatisé par la police qui préfère parler de règlement de compte « obscurs » ou « houleux » ; son séjour en prison où là aussi il infiltre les criminels activement, les différentes traîtrises de quelques-uns des policiers avec qu’il a eu des contacts (p. 96).

Lechasseur en arrive à la conclusion « Si je me fie à mes seules expériences, mon meilleur conseil pour quelqu’un qui a des informations à fournir à la police serait de les garder pour lui. De se fermer la trappe et de tout oublier car la désinvolture avec laquelle les autorités traitent ceux qui coopèrent avec la justice est souvent scandaleuse. » (p. 181) confirmant ainsi les propos familièrement connue en milieu policier relatifs à ceux que l’on nomme parfois les « vulgaires indics », la « pute », etc. La position de Lechasseur rapportée par Tétrault, journaliste spécialisé dans les affaires criminelles et judiciaires depuis 1964, semble conforme aux enquêtes que nous avons effectuées en milieu policier entre 2002 et 2008 en France, en Belgique et au Canada.

Nicolas DESURMONT
Consultant en criminologie



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