Criminal Profile / Into the Mind of the Killer
(2e edition)
Par Wayne Petherick,
London, England: Modern Books, 2008
Ce livre a été écrit pour le grand public par un criminologue australien de l'Université de Bond. Le livre est à la fois "grand public" mais également "public professionnel", avec une dose de vulgarisation de bon aloi qui nous permet d'entrer dans le "merveilleux" mais "tragique" monde du tueur en série ("serial killer"). L'auteur est tout à fait honnête et transparent lorsqu'il utilise les connaissances actuelles en la matière. Il n'essaie pas d'enjoliver l'approche du "profilage criminel", contrairement aux médias. Il présente de façon fort équilibrée les "pour" et les "contre" de l'étude des profils criminels, en particulier le "profilage psycho-social" des meurtriers et des agresseurs sexuels. L'auteur a d'ailleurs créé le premier programme complet de criminalistique (police technique et scientifique) au niveau universitaire dévolu au profilage scientifique.
L'auteur utilise en introduction des pensées célèbres qui vont d'un spécialiste français Edmond Locard au héros de la littérature policière bien connu, Sherlock Holmes. De Locard et de son fameux "Traité de criminalistique" de 1920, en sept volumes, l'auteur décrit tout d'abord son "Principe d'échange". Ce principe tourne autour des éléments physiques de preuve laissés sur le lieu ou dans les environs du crime. Le profilage contemporain est précisément basé sur l'idée que le criminel emporte avec lui de éléments de la scène du crime tout en en laissant également sur place, d'une façon ou d'une autre. Locard était à la fois médecin et juriste. Il persuada la police de Lyon en 1910 de lui ouvrir un laboratoire de deux salles et de lui accorder deux assistants. En prolongement des travaux de Locard, nouer retrouvons évidemment l'étude du "modus operandi" (MO). Ces moyens de travailler (d'opérer) visent les trois objectifs du criminel: #1. Assurer le succès de l'opération; #2. Protéger son identité; #3. Faciliter sa fuite. Nous retrouvons ainsi la "signature" du criminel. Cette signature reflète les éléments psychologiques de son esprit ainsi que les motifs de ses actes :"Into the Mind of the Killer", selon le sous-titre même du livre.Sur les lieux du crime, quelque "chose" est presque toujours laissée. Un cheveu, une empreinte digitale, une fibre de vêtement, une trace génétique (ADN)... Toutefois, même là où il n'y a aucune trace physique apparente, le criminel ne peut éviter de laisser au moins certains indices: sur les relations criminel-victime, le décor du lieu du crime, le temps de l'agression...
Les spécialistes du profilage sont devenus depuis 10 ou 15 ans des experts pour construire, à partir de quelques indices, souvent fort minces, l'empreinte ("imprint") de la personnalité, du caractère et des façons de travailler (MO) du criminel. Ces descriptions aident évidemment les policiers (ainsi que les enquêteurs de sécurité privée, s'il y a lieu) pour chercher et arrêter le criminel ou pour prédire le prochain mouvement du criminel. L'auteur, Wayne Petherick, nous décrit ainsi, avec photos et organigrammes appropriés, les sujets d'analyse suivants:
#1. L'histoire de ce nouveau champ d'enquête, le profilage criminel, depuis Sherlock Holmes au film bien connu "Le silence des agneaux" (avec Jodi Foster, à titre de policière-criminologue, et Anthony Hopkins. le meurtrier en série), en passant par les écrits proprement scientifiques, depuis Locard jusqu'à aujourd'hui
#2. Des histoires de cas importantes où les "profileurs" ont joué un rôle déterminant pour la solution du crime.
#3. Les travaux récents des experts issus de la psychiatrie judiciaire ("forensic"), du géo-profilage et de l'analyse `behaviorale’ des faits et des preuves.
#4. Les techniques spécifiques et les outils de travail des profileurs.
#5. L'examen critique de cas où les profileurs ont fait plus de mal que de bien.
#6. L'avenir d'une nouvelle profession: le criminologue-profileur. Dans les milieux universitaires, l'on critique indûment trop souvent les collègues qui font de la vulgarisation. Pourtant, la vulgarisation "sérieuse et rigoureuse" est fort importante et utile. Le livre de Wayne Petherich en est une digne illustration.
André Normandeau
Université de Montréal |
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