Association canadienne de justice pénale English
Accueil Revue de criminologie Devenez membre Partenaires et affiliées Recensions de livres Nous contacter
Recension de livre

Anatomie de la prison contemporaine (nouvelle édition)

par Marion Vacheret et Guy Lemire
Montréal, QC : Collection « Paramètres », Les Presses de l’Université de Montréal, 2007

Guy Lemire signait en 1990 un livre intitulé Anatomie de la prison, co-édité dans la collection « Criminologie » dirigée par Maurice Cusson aux Presses de l’Université de Montréal, et dans la collection « Le point sur » dirigée par feu Fernand Boulan chez Economica à Paris. Il avait eu « le bonheur [de l’] écrire dans le cadre merveilleux de l’Institut de sciences pénales et de criminologie de l’Université de droit, d’économie et des sciences d’Aix-Marseille », ce dont il remerciait Fernand Boulan, Jacques Borricand, « et toute l’équipe ».

Il y était présenté comme un enseignant, depuis 1978,  à l’Ecole de criminologie de l’Université de Montréal, spécialisé en psycho-sociologie et en administration de la justice, et présentant la caractéristique d’avoir une expérience de quinze années dans l’administration pénitentiaire canadienne, où il avait, les quatre dernières années, assumé les fonctions de directeur d’établissement.

En 2007, c’est une « nouvelle édition de l’ouvrage » qui paraît, sous le titre Anatomie de la prison contemporaine, dans la collection « Paramètres » des Presses de l’Université de Montréal, sous une jaquette barbelée et non plus géométrique, colorée et moderne au lieu d’un noir funèbre, et signée non plus seulement de Guy Lemire, mais aussi de sa disciple Marion Vacheret, qui avait réalisé une magnifique thèse d’observation participante des relations entre groupes d’acteurs en milieu pénitentiaire.

Le livre de 1990 est un livre culte des étudiants – et je suppose des administrations pénitentiaires -, et fort heureusement le livre n’a pas grossi : il s’est rationalisé, ordonné encore davantage, il a gagné encore en limpidité, et a gardé son écriture souple et compacte, rejetant le snobisme des sabirs pseudo-scientifiques que dénonçait Stanislav Andreski dans son livre de 1972, Social Sciences as Sorcery, où il citait en exergue Roger Bacon et « la dissimulation de sa propre ignorance sous un pompeux étalage de savoir ».

Rien de pompeux ici : plutôt le Requiem de Fauré que les sonneries de Michel-Richard de Lalande ou Lully. Volontairement, les auteurs se situent en dehors de la perspective des politiques pénales. Simplement, ils présentent le milieu carcéral pour hommes tel que la recherche nous le révèle. « L’adaptation des prisonniers à cet univers particulier, le rôle et la place du personnel de surveillance, les relations interpersonnelles qui s’établissent dans ce milieu, la violence institutionnelle, les rapports de forces internes, l’organisation coercitive elle-même se retrouvent au cœur de notre analyse. Allant à l’essentiel sans prétendre rendre compte de tous les écrits sur le sujet, notre analyse se fonde sur des résultats d’un certain nombre de recherches déterminantes pour la compréhension de l’institution carcérale. Continuité et changement formaient en 1989 la trame de notre réflexion; on les retrouve encore aujourd’hui comme fond et liaison de notre analyse de la vie quotidienne en milieu carcéral ».

Les chapitres s’égrènent : première partie : carrières carcérales (1. L’influence de la prison sur le détenu. 2. Les sous-cultures et l’adaptation. 3. Des gardiens emprisonnés) ; deuxième partie : dynamiques carcérales (4. Un univers total. 5. Un univers en transformation – spécialement « Des privilèges aux droits » -. 6. Guerres et paix en milieu carcéral) ; troisième partie : organisation carcérale (7. L’équilibre instable de l’organisation carcérale. 8. L’organisation carcérale et la réintégration sociale) ; et la conclusion : La démocratie dans la prison… ou la prison dans la démocratie. Suivis d’une bibliographie très sélective.

Pas de fioritures. Un exposé net, pédagogique, sensible, invitant à la réflexion et à l’approfondissement. Un maître-choix dans le genre. Qui laisse – mais peut-il en être autrement lorsqu’il est question de l’organisation humaine d’une souffrance – un arrière-goût : « Depuis 1989, la prison a changé et elle est pourtant restée la même. […] D’importants efforts de restructuration ont été consentis, qu’il faut néanmoins relativiser. Le Canada, par exemple, fait figure de précurseur en la matière avec la constitution d’un droit carcéral des la fin des années 1970 et l’adoption d’un modèle de gestion des peines extrêmement structuré et rationnel, qui se veut transparent, imputable et non arbitraire. Toutefois, cette évolution soulève bien des questions. Quant aux autres pays occidentaux, les progrès accomplis y sont moins marqués. Ainsi, d’insalubres forteresses anciennes servent toujours de lieux de détention, et il arrive encore que trois prisonniers partagent un espace à peine suffisant pour une personne. Voilà qui laisse peu de place à la défense et au respect des droits des détenus. Par ailleurs, toutes les améliorations du monde ne changeront rien à la nature même de la prison : une cage, même propre et confortable, reste une cage. Les grilles de lecture de la prison proposées dans les années 1950, 1960 ou 1970 sont, pour l’essentiel, toujours d’actualité. Force est de le répéter, tout change et tout est pareil ».

GEORGES KELLENS
Université de Liège, Belgique



Accueil    |    Revue de
criminologie
   |    Devenez
membre
   |    Partenaires
et affiliées
   |    Recensions
de livres
   |    Nous
contacter
   |    English