La face cachée des gangs de rue
Par Maria Mourani
Montréal, QC : Les Éditions de l'Homme, 2006
Une série récente de cinq livres criminologiques "populaires", publiés aux Éditions de l'Homme (Montréal), vient d'être proposée au "grand public". Dans cette série, nous retrouvons des titres comme: #1. La face cachée des gangs de rue (Maria Mourani); #2. Trafic de drogue / Voyage dans le monde des motards et des narcoterroristes (Antonio Nicaso et Lee Lamothe); #3. Les anges de la mort / Voyage au coeur de l'empire criminel des motards (William Marsden et Julien Sher); #4. Secrets de cadavres / Les enquêtes d'une anthropologue judiciaire sur des scènes de crimes célèbres (Emily Craig); #5. L'énigmatique Dany Kane / Un informateur chez les Hells (Daniel Sanger). Il nous semble que le public "spécialisé" en criminologie (au sens large), que ce soit l'universitaire ou le praticien dans le domaine de la justice pénale, peut également largement profiter de ce genre de littérature au niveau professionnel. Ceci dit, nous voudrions attirer l'attention du lecteur sur le premier de ces livres, celui de Maria Mourani sur les gangs de rue à Montréal: "La face cachée des gangs de rue".
Le livre de Maria Mourani est écrit par une criminologue et une sociologue. Née à Abidjan en Côte d'Ivoire, mais d'origine libanaise, elle a émigré au Québec et au Canada en 1988. D'abord praticienne, elle a travaillé plusieurs années comme agent de libération conditionnelle pour le Service correctionnel du Canada ainsi que comme éducatrice au Centre-jeunesse de Montréal où elle a connu de près la situation des membres des gangs de rue. En janvier 2006, elle était élue députée du Bloc québécois au Parlement d'Ottawa. L'auteure décrit dans ce livre le phénomène des gangs de rue à Montréal en utilisant, à l'occasion, des extraits d'entrevues avec des jeunes qu'elle a connus comme praticienne. Ces extraits ajoutent au réalisme du phénomène qu'elle décrit.
Qui sont les jeunes engagés dans les bandes de rue? Ces bandes sont-elles ou non reliées aux organisations criminelles? Sont-elles impliquées dans le trafic de stupéfiants, la prostitution et la fraude en tout genre? Comment sont-elles structurées et quel est leur mode de fonctionnement? L'auteure répond à ces diverses questions et nous éclaire sur l'histoire, la nature et le fonctionnement des bandes de rue montréalaises. Mais elle va plus loin encore: elle nous propose des stratégies, préventives et répressives, pour arrêter, ou tout au moins freiner le développement de ces bandes au Québec. Il faut souligner que la description du phénomène ainsi que les recommandations de l'auteure sont souvent valables, à mon avis, non seulement pour Montréal, mais également pour d'autres villes au Québec et au Canada, ainsi qu'ailleurs en Amérique du Nord et en Europe. Les deux préfaces du livre sont fort intéressantes. D'abord celle de Maka Kotto, auteur et metteur en scène, et député à la Chambre des communes du Canada depuis 2004 (Bloc québécois). M. Kotto, un "nouveau" Québécois et Canadien, d'origine haitienne, affirme qu'il a "rarement eu accès à une recherche et à une analyse aussi approfondies sur le phénomène complexe des bandes"... et que "ce livre s'insurge contre l'insolence de la pensée unique superficielle, contre l'ignorance et la désinformation étalées, involontairement, j'ose le croire, par certains médias". Il fait référence, entr'autre, à l'amalgame trop facile entre délinquance des jeunes et jeunes issus de l'immigration. Par ailleurs, l'autre préface est écrite par Jean-Pierre Charbonneau, criminologue et journaliste, qui a jadis écrit un livre important sur le crime organisé au Québec et au Canada, et qui est député à l'Assemblée nationale du Québec (Parti québécois) depuis 1976. Il a été responsable, à ce titre, de plusieurs dossiers liés à la justice pénale, dont celui de la Protection de la jeunesse et celui de la Sécurité publique. En présentant le livre de Maria Mourani, il appui en particulier l'idée de l'auteure de créer au sein du ministère de la Sécurité publique du gouvernement québécois un bureau spécial "Gangs de rue", en coordination avec les ministères de la Justice, de l'Éducation, de la Santé, des Services sociaux, de l'Immigration et des communautés culturelles.
Les cinq annexes du livre sont fort pertinentes, dont celle sur "L'état des savoirs", une revue de littérature sur le phénomène des bandes en Amérique du Nord (annexe 1) et celle sur le réseau et l'organigramme de quelques bandes (annexe 3). Tout compte fait, un excellent livre à la jonction de la science et de la pratique.
André Normandeau
Université de Montréal |
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