La criminologie
par Maurice Cusson
Paris, France : Hachette. 4e édition, 2005.
C’est à une initiation à la criminologie que nous convie Maurice Cusson, Professeur à l’Ecole de criminologie et chercheur au sein du Centre international de criminologie comparée de l’Université de Montréal. Dressant le bilan des connaissances actuelles sur cette discipline, cet opuscule se révèle aisément accessible à toute personne intéressée à se familiariser avec l’étude du phénomène criminel. Clair, concis et habilement structuré, il constitue en outre un outil didactique dont les éditions précédentes furent appréciées des étudiants des premier et deuxième cycles.
L’ouvrage se divise en huit parties. Le premier chapitre fixe les notions déterminantes en la matière. Il s’attarde en particulier sur la notion de crime, tel que conçu par le sociologue, défini par le juriste et appréhendé par le criminologue. Une attention particulière est portée à la méthode employée par ce dernier pour mieux distinguer la criminologie du droit pénal. Etayé de nombreuses références, le chapitre deux brosse un tableau historique de la pensée sur le crime, de l’Ancien régime au XIXe siècle. Dans son sillage, le troisième chapitre expose les principaux courants criminologiques ayant traversé le XXe siècle et leurs objets d’étude privilégiés. Chère à l’auteur et illustrée d’exemples, l’analyse du crime en tant que produit d’un choix rationnel fait l’objet du quatrième chapitre, alors que le cinquième se focalise sur la personne du délinquant et restitue les résultats de plusieurs études dédiées notamment à l’explication de sa récidive. Le chapitre six considère le milieu social dans lequel évolue le délinquant. En particulier, l’impact du milieu sur les agissements du jeune contrevenant est examiné à l’aune des principales recherches menées sur le sujet. Le chapitre sept est consacré à la victime. A la faveur d’un important travail de synthèse, l’auteur rapporte ici plusieurs des dénominateurs communs décelés chez les personnes victimes d’infractions et les raisons qu’elles invoquent pour dénoncer l’acte subi aux autorités. Le chapitre huit traite des différents types de contrôles sociaux -informel, situationnel et pénal- mis en œuvre par la collectivité et les pouvoirs publics pour enrayer le phénomène criminel. Les principales données relatives à leurs effets respectifs, puis conjugués, sont ici livrées de manière systématique et corrélée. En guise de conclusion, l’auteur identifie cinq des principaux problèmes criminels qui mobilisent actuellement nos démocraties occidentales. La multiplication des infractions contre la propriété, les différentes manifestations dites d’incivilité, la gravité des violences intrafamilales et des atteintes à l’intégrité sexuelle, l’expansion des marchés criminels et des réseaux mafieux ainsi que le terrorisme, sont autant de domaines susceptibles d’occuper les criminologues d’aujourd’hui et de demain.
Au carrefour des sciences juridiques, sociologiques et psychologiques notamment, la criminologie offre à ses chercheurs un terrain fertile d’échanges et de confrontations. Elle est incontestablement une discipline à part entière, qui mérite d’être définitivement reconnue comme telle dans les Etats d’Europe occidentale qui s’y refusent encore. Renvoyant à de nombreuses études européennes et publié par une maison d’édition française, ce petit ouvrage jette des ponts entre la criminologie nord américaine et européenne et participe ainsi de cette volonté de reconnaissance. Puisse-t-il également susciter des vocations chez les jeunes universitaires auxquels il se destine principalement, lesquels y trouveront non seulement une aide à la compréhension des différentes représentations du phénomène criminel, mais aussi des pistes de réflexion et une revue de littérature internationale les invitant à les approfondir.
Manon Jendly
Université de Montréal, Canada
Université de Neuchâtel, Suisse |
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