La criminalité au Québec pendant le vingtième siècle
Par Marc Ouimet
Québec, Qc : Les Presses de l’Université Laval, 2005
Une société vieillissante engendre nécessairement moins de criminalité qu’une société jeune, rappelle Marc Ouimet dans ce nouvel ouvrage. « Nous vivons dans une société paisible. » Telle est la première phrase du livre de Marc Ouimet consacre à la criminalité au Québec au cours du dernier siècle. Dans cet ouvrage, auquel le professeur Ouimet a consacré près de sept ans de travail, il ne fait pas de doute que 20e siècle a été marqué par une baisse généralisée de la criminalité. Une tendance que d’autres ont noté aux Etats-Unis et au Canada anglais, mais qui semble encore plus prononcée au Québec. Pourtant, les actes criminels continuent d’occuper beaucoup de place dans les médias, explique l’auteur. « Le crime constitue une des thématiques les plus importantes des quotidiens, écrit-il dans son introduction. Les histoires de meurtres sont parmi les plus lues. » Mais quand on se met dans une perspective historique, on constate que la société actuelle est sécuritaire comme jamais. Par exemple, il se commettait environ 210 meurtres par an au Québec dans les années 60. Aujourd’hui, c’est près de la moitié : 120 annuellement. Autre exemple : le taux d’admission dans les pénitenciers du Québec est passé de 50 adultes par 100 000 habitants en 1993 à 30 en 2002, une baisse de 40%. « Toutefois, les sondages révèlent encore que pour la population, la criminalité est en hausse », mentionne le professeur. La boulimie des réseaux d’information continue et la fascination séculaire pour les drames humains sanglants seraient selon lui à l’origine de cette surenchère de la violence dans la perception des gens. Mais cette perception ne résiste pas à l’analyse, car les données, très nombreuses depuis 50 ans, sont formelles tant sur le plan des crimes contre la propriété que sur celui des crimes contre la personne. Faut-il voir là l’efficacité des services policiers dans le secteur de la prévention? « Je ne crois pas. Une bonne part de cette baisse s’explique simplement par l’évolution démographique. Une société vieillissante engendre nécessairement moins de criminalité qu’une société jeune. Et comme le Québec vieillit… » En criminologie, l’équation « hommes jeunes = crimes » est assez acceptée généralement. « La criminalité est surtout l’affaire de jeunes hommes, indique l’auteur dans son livre. Plus il y a d’hommes âgés de 12 à 40 ans, plus il y a de crimes. C’est là un constat auquel recourent plusieurs experts en criminologie pour expliquer les tendances de la criminalité. » Il faut bien entendu apporter des nuances à cette équation, et M. Ouimet les exprime dans son ouvrage de plus de 400 pages. Mais rares sont ceux qui contestent le fait que les jeunes qui se sentent exclus de l’activité sociale sont plus susceptibles de s’aventurer dans l’illégalité.
« Le sommet est atteint vers l’âge de 16 ou 17 ans, dit l’expert. Le contrôle parental n’a souvent pas de prise et le jeune veut s’affirmer. Puis ça décline.
Pour des raisons faciles à comprendre, un père de famille avec un emploi satisfaisant est moins tenté par la criminalité qu’il ne l’était à son adolescence… » Avec un collègue, Marc LeBlanc, M. Ouimet a démontré que des facteurs comme l’obtention d’Un emploi, le mariage (ou l’union libre) et la venue d’un enfant « favorisent le désistement de la carrière criminelle des jeunes hommes délinquants. Ainsi, à 30 ans, la plupart des jeunes ont cessé leurs activités criminelles, mais ceux qui ne se sont pas intégrés socialement, peuvent continuer une carrière criminelle de plus en plus sérieuse. » Cela dit, M. Ouimet a constaté, au cours de ses recherches sur le phénomène, qu’un groupe avait affiché un comportement atypique au Québec : la génération X.
Chez les gens de cette génération, nés juste après le premier contingent du babyboom, soit de 1960 à 1965 environ, l’âge de la maturité a correspondu à une absence de perspectives d’emploi, à la désorganisation familiale, à la redéfinition des valeurs, à une dévalorisation des diplômes universitaires. Ils ont donc adopté beaucoup plus longtemps des conduites de jeunes rebelles. Comme s’ils avaient étiré leur crise d’adolescence… « Les membres de cette génération ont eu un sérieux problème d’adaptation sociale. Plusieurs ont donc prolongé leur comportement déviant. » Cependant les choses sont en train de rentrer dans l’ordre, déclare M. Ouimet, car la situation économique s’est améliorée, même pour les « X ». Plusieurs ont enfin trouvé du travail et ont fondé une famille, par exemple.
Mathieu-Robert Sauvé
Forum, Université de Montréal |
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