Dictionnaire des sciences criminelles
sous la direction de Gérard Lopez et Stamiotis Tzitzis
Paris, France : Dalloz, 2004
L’ouvrage que vient de publier Dalloz comble un manque dans l’univers dictionnairique francophone. Depuis quelques années, les chercheurs se reportaient en général à différents ouvrages anglo-saxons parmi lesquels The Sage Dictionary of Criminology compilé et dirigé par Eugene McLaughlin et John Muncie (London […], Sage publications, 2001, 336 p.) et le dictionnaire de Mark S. Davis intitulé The Concise Dictionary of Crime and Justice (London, […], Sage Publications, 2002, 286 p.). Mais ces deux publications ne pouvaient fournir de réponses aux questions des professionnels des milieux francophones en matière de droit pénal et criminel et en matière de criminologie en général. De plus, non seulement leur nomenclature était assez réduite, mais la longueur des articles était limitée; le premier comportant des articles de 1000 à 1500 mots et le second des articles ne comportant parfois que 50 mots. En ce sens le Dictionnaire des sciences criminelles, ouvrage dirigé par Gérard Lopez et Stamiotis Tzitzis constitue non seulement une référence pertinente pour les milieux juridique, policier, criminologique et psychiatrique francophone mais, en outre, il présente des qualités que ne possèdent pas ses prédécesseurs anglo-saxons. D’abord les directeurs ont regroupé une multitude de collaborateurs issus de la France et du Québec principalement. Le lecteur pourra constater cette orientation par les références à la jurisprudence avant tout françaises, aux jugements prononcés, aux criminels, aux lois et codes cités. Par conséquent, le lecteur non-français y trouvera surtout des avantages en droit criminel comparé d’une part, mais aussi dans les développements encyclopédiques transdisciplinaires. C’est dans cet esprit qu’a pris naissance l’idée de ce dictionnaire au sein de l’Equipe interdisciplinaire de philosophie pénale de l’Université Panthéon-Assas (Paris II). 214 collaborateurs ont signé 332 articles thématiques auxquels s’ajoutent des corrélats encyclopédiques et une bibliographie. Les articles et leurs corrélats respectifs sont tous repris en fin d’ouvrage en guise d’orientation et une table des matières reprend également l’ensemble de la nomenclature. Chacun des articles comporte des développements encyclopédiques importants qui font parfois deux ou trois pages (pour un dictionnaire qui en contient au total 1013). Parfois, comme sous l’entrée « Signalement des enfants en danger », une rapide analyse du traitement lexicographique en diachronie est faite. Sous l’entrée « Magistrat » l’étymon latin est cité de même que l’information étymologique. Mais les allusions à la signification des entrées sont réduites étant donné le caractère avant tout encyclopédique du dictionnaire qui aurait pu à ce titre se dénommer Encyclopédie des sciences criminelles. Mais il est vrai que la tradition française nous a habitué à ranger sous la dénomination « encyclopédie » des ouvrages de volume très important ce qui n’est pas le cas de ce volume qui se présente avant tout comme un ouvrage de référence malléable.
On y retrouve parfois des allusions à l’histoire du référent comme à l’entrée « prison » où l’histoire de la privation de liberté est racontée en quelques lignes; puis l’entrée « peine de mort » qui fait l’objet d’un traitement historique important. Les allusions historiques sont parfois justifiées pour expliquer le développement de la législation ou l’évolution de certaines activités notamment l’accompagnement social des victimes dont les dispositifs sont en voie d’évolution constante. Il est connu du milieu de la criminologie et du droit pénal que des dispositions légales sont d’ailleurs favorables aux victimes ayant donné lieu notamment à des services d’aide aux victimes autant en France qu’en Belgique et au Canada (INAVEM par exemple). Mais la victimologie est encore à la remorque de la criminologie qui a traditionnellement suscité plus d’intérêt. La prise en compte des traumatismes insidieux et des dommages psychiques liés parfois aux états de stress post traumatiques, beaucoup moins visibles et objectivables que les lésions et dommages corporels, sont parfois écartés de la législation (Cf. « Indemnisation »). Mais l’ouverture à la victimologie est sans conteste une avancée importante que donne cet ouvrage de référence aux sciences criminelles. Différents événements de l’actualité juridique et politique française justifiaient la publication du dictionnaire. Mentionnons l’accueil dans les tribunaux et les commissariats régit par la charte d’accueil de la Police nationale, la longue élaboration de la Loi Perben II, la venue au Ministère de l’Intérieur de Nicolas Sarkozy et la Loi Sarkozy, dans la foulée, les saisies de drogue records effectuées par la remontée des filières de consommateurs de cannabis notamment, mais aussi par l’activité plus importante des filatures par la police judiciaire et des criminels eux-mêmes vis-à-vis des victimes, la création du Groupe d’intervention régional appelé pour des opérations policières corsées sont quelques-uns des exemples qui témoignent de l’évolution récente de l’activité policière et juridique qui imposait une bilan encyclopédique tel que nous le donne cet ouvrage. Les types de crimes traités sont variés : parricides, homicide, prostitution, meurtre, etc. Certains articles font l’objet de traitements multiples comme « homicide » abordé sous le plan de la criminologie, la psychiatrie légale, etc., ou « vol » traité du point de vue du droit et de la psychiatrie légale.
On peut deviner que les notes bibliographiques ont été conçues par les signataires de l’article ce qui comporte un désavantage. En effet, lorsqu’un ouvrage pluridisciplinaire et international d’une telle ampleur est publié, on peut s’attendre à ce qu’un dépouillement des périodiques soit effectué afin de s’assurer d’une revue complète de la littérature dans le domaine étudié. De plus, que la présence d’une bibliographie générale comportant notamment une liste de périodiques puisse mieux orienter les spécialistes et étudiants. Enfin, il aurait pu être intéressant de trouver des développements plus conséquents pour l’entrée « corruption », une entrée à « police », « police judiciaire » de même que sur les méthodes particulières d’enquêtes, comme l’infiltration sur les techniques policières proprement dite, outre la balistique et les méthodes propres à la criminalistique, comme le recours à la médecine légale, les techniques de filatures, la mise sous observation, etc.
L’ouvrage, le premier de la sorte en langue française, saura intéresser aussi bien l’étudiant en criminologie que le psycho-criminologue ou encore le spécialiste en techniques policières et le pénaliste qui y trouveront des articles de pointe et des orientations bibliographiques leur évitant, comme c’était le cas avant, de compulser de nombreux ouvrages. Il s’avère également sur le plan épistémologique un outil rompant, comme je l’ai signalé plus tôt, avec les méthodes courantes en sciences humaines qui ont tendance à enfermer les disciplines leur évitant un contact souvent fertile en découvertes.
Nicolas J. Desurmont
Consultant en criminologie
Belgique |
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