Les politiques publiques interministérielles d'aide aux victimes
sous la direction d'Alain Bernard et de Robert Cario
Portland, Oregon: Willan Publishing. 2001
Ce livre retrace les étapes et les principaux enjeux qui ont marqué la mise en place des politiques et des services d'aide aux victimes d'actes criminels en France au cours des deux dernières décennies. Il s'articule autour d'une démarche de réflexion et d'un bilan auxquels se livrent de nombreux intervenants lors d'un colloque organisé par l'Université de Pau et des pays de l'Adour, en mai 2000.
Représentants du milieu associatif, de la justice ou des médias, partenaires du secteur éducatif ou gouvernemental, élus locaux: de leurs témoignages émerge peu à peu un portrait du développement des initiatives qui s'inscrivent dans le courant de la victimologie humanitaire. Par petites touches, ils traduisent ce qui a été accompli, mais ils reflètent aussi les difficultés auxquelles ils sont confrontés, leurs préoccupations et les défis à relever quotidiennement.
À la lumière de leur expérience, l'on se rend compte qu'ils ont emprunté sensiblement le même parcours qu'au Canada et que, vingt ans plus tard, ils soulèvent les mêmes questionnements. En France et chez nous, dans le développement de l'aide aux victimes, l'État a parié sur le dévouement des acteurs comme le souligne Robert Cario, dans la préface. Insuffisance des ressources, mécanismes déficients au plan de la coordination et de la concertation entre les organismes, morcellement des pratiques, difficultés à assumer une prise en charge globale, manque de sensibilisation ou de formation des intervenants: ces obstacles freinent la reconnaissance des droits des victimes. Les politiques ministérielles et les initiatives gouvernementales mettent du temps à s'ancrer dans un ensemble cohérent de pratiques sur le terrain. Le financement adéquat des programmes reste un enjeu majeur. Aucun pays ne semble y échapper. Au-delà de ces critiques, les propos des participants à ce colloque reflètent avant tout les progrès réalisés et les changements qui se sont opérés dans les mentalités et dans la façon dont chacun définit son rôle et ses responsabilités à l'endroit des victimes.
Ce livre permet d'établir certains parallèles avec l'expérience canadienne ou avec celles d'autres pays et, à ce titre, il s'avère fort instructif. Il favorise le partage des expériences et des connaissances dans un domaine où nous travaillons encore trop souvent en vase clos, dans l'ignorance de ce qui se fait ailleurs et, parfois même chez nous. Si la victimologie s'est enrichie des résultats de la recherche, elle est aussi redevable à ceux et celles qui ont contribué à humaniser l'intervention auprès des victimes. Cet ouvrage l'illustre bien.
ARLÈNE GAUDREAULT
Association québécoise Plaidoyer-Victimes et
Université de Montréal (Criminologie) |
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