Offender Profiling and Crime Analysis
par Peter B. Ainsworth
Portland, Oregon: Willan Publishing. 2001
Le profilage criminel peut être défini comme une technique favorisant l'identification des principales caractéristiques de la personnalité et du comportement d'un suspect en se basant sur les éléments du crime qu'il a commis. Cette technique structure son analyse afin de répondre à trois questions principales: (1) Que s'est-il passé sur la scène de crime? (2) Pourquoi ces événements se sont-ils produits? (3) Quel type de personne a pu commettre de tels gestes? Le profilage criminel, ou l'analyse d'investigation criminelle (CIA: Criminal Investigative Analysis), est un outil complémentaire d'enquête qui est quelque peu sorti de l'ombre grâce à des films comme Le Silence des agneaux et à des séries télévisées comme The X Files, Profiler, Millenium et Crackers. Pourtant, le profilage a été mis à contribution dans plusieurs enquêtes sur des crimes violents, remontant même jusqu'au tristement célèbre Jack l'éventreur. D'ailleurs, cet outil d'enquête présenterait plusieurs buts pour les policiers, dont la prédiction des caractéristiques de la personnalité ainsi que du statut de l'agresseur (âge, sexe, race, emploi, statut civil, religion, niveau d'éducation) et favoriser l'identification du type d'individu susceptible d'avoir commis le crime. Également, le profil établi peut servir lors de l'interrogatoire. Puisque les individus ne réagissent pas tous de la même façon aux interrogatoires de la police, un bon profil pourra guider les enquêteurs sur le style d'interrogatoire auquel recourir et sur l'attitude à adopter à l'égard d'un suspect. Finalement, d'autres auteurs indiquent que la technique du profilage sert principalement à limiter ou à restreindre le nombre de suspects potentiels dans une enquête, à suggérer des stratégies proactives pour l'enquête et la prévention d'autres crimes violents.
Offender Profiling and Crime Analysis, publié par Willan Publishing, porte principalement sur les différentes méthodologies du profilage criminel. Cet outil, implanté de manière formelle par les gens du FBI vers la fin des années 1970, est l'objet de nombreuses critiques de la part des chercheurs des milieux académiques. Malgré le caractère récent de cet outil d'enquête, un débat quant au caractère scientifique de cette technique divise déjà les policiers et chercheurs s'intéressant au profilage criminel.
Ainsworth adresse ces questions ainsi que d'autres considérations générales concernant le profilage criminel. Dépassant les récits anecdotiques de certains ex-agents du FBI, l'auteur a su, en un nombre très limité de pages, tracer un portrait général de l'évolution du profilage et des questions s'y rattachant. De plus, la recension des écrits à laquelle se prête l'auteur est pertinente et très exhaustive sans pour autant alourdir le texte.
Ainsworth consacre son premier chapitre à l'explication de ce qu'est le profilage criminel, ce que plusieurs auteurs dans le domaine ne font pas. Alors que les chapitres 2 et 3 traitent de considérations générales quant aux influences des patterns criminels (motivations et influences environnementales), le chapitre 4 discute des problèmes liés à la collecte de données servant à la production du profile. L'ouvrage écrit par Ainsworth gagne en intérêt à partir du chapitre 5, où l'auteur discute des différentes approches du profilage criminel, l'aspect central du livre. Ainsi, le chapitre 5 discute brièvement de géocriminologie et du profilage géographique, une technique développée par Kim Rossmo, anciennement de la police de Vancouver et maintenant devenu directeur de la recherche au Police Foundation à Washington. Cette technique, qui repose sur les principes de la criminologie environnementale, a pour but de prédire le lieu probable de résidence d'un agresseur inconnu, à partir des lieux reliés au crime commis. Le chapitre 6 décrit l'approche du FBI, reposant principalement sur la typologie de meurtriers sexuels sériels organisés/désorganisés alors que les chapitres 7 et 8 s'attardent aux autres approches telles que celle de David Canter à l'université de Liverpool, Angleterre (Investigative Psychology) et à d'autres approches provenant de d'autres pays (les Pays-Bas par exemple). Le chapitre 9 offre une réflexion intéressante sur les développements récents de la technique ainsi que les recherches futures qui devraient être entreprises. Enfin, la conclusion pose la question pertinente de la réelle utilité du profilage criminel dans les enquêtes policières.
Cet ouvrage constitue une excellente analyse de l'état de la question du profilage criminel. Toutefois, en voulant traiter de plusieurs questions relatives au profilage criminel, l'auteur a été limité quant au niveau de détail de son analyse. Cependant, le point fort de l'auteur repose sur son regard très critique quant aux différents aspects du profilage abordés, particulièrement en ce qui a trait à l'utilité de la technique et des différentes méthodologies recensées. Plutôt que de simplement rapporter les différentes recherches effectuées sur le profilage criminel, Ainsworth effectue des critiques et identifie les limites qui leur sont propres. Même si la communauté de profilage criminel est divisée en plusieurs courants qui n'hésitent pas à s'affronter ouvertement, l'auteur parvient à conserver une certaine objectivité et laisse au lecteur le soin de se faire sa propre opinion.
Bref, ce livre constitue un excellent point de départ à quiconque s'intéresse au profilage criminel et aux défis que cet outil doit rencontrer. De plus, l'auteur suggère à la fin de chaque chapitre des lectures pertinentes au sujet discuté, permettant aux lecteurs plus curieux d'approfondir leur réflexion et leur analyse de la question.
Éric Beauregard
Université de Montréal (Criminologie) |
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