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Recension de livre

Murder in New York City

par E.H. Monkkonen
Berkeley, California: University of California Press. 2001

Le lecteur trouvera dans ce livre une étude minutieuse sur deux siècles d'homicides dans la ville de New York, écrite par un historien renommé. L'analyse combine les statistiques et les récits de meurtres relatés par des coroners, journalistes, etc.
 
Le premier chapitre présente la série chronologique des meurtres dans la ville (1800-1999). Elle est utilisée pour réfuter quelques idées reçues, notamment que les homicides seraient causés par la pauvreté ou l'urbanisation. Le chapitre 2 traite des armes et de la manière dont on tuait. Le chapitre 3 se propose de dire pourquoi 90% des meurtriers et plus de 60% des victimes sont des hommes. Le chapitre 4 s'attaque à la question de l'âge. On y apprend que la forte concentration actuelle des homicides parmi les gens âgés de 16 à 30 ans est le propre de la deuxième moitié du vingtième siècle et ne s'observe pas durant le 19e siècle. Le chapitre 5 s'étend sur les circonstances: l'alcool, les rapports meurtriers-victimes, le rôle de la politique... Le chapitre 6 traite des questions relatives à la race et à l'ethnicité. Le dernier chapitre compare les taux d'homicide à ceux que les historiens européens ont pu calculer pour des périodes aussi lointaines que 1300. L'intelligibilité de l'homicide ne se laisse pas aisément appréhender. Trop souvent est-il la conséquence imprévisible d'une dispute insignifiante. Les observations de Monkkonen éclairent ce phénomène opaque. Un lecteur attentif pourrait en extraire les éléments d'une théorie de l'homicide.
 
Nombreux sont les homicides résultant d'une querelle opposant des célibataires ivres, armés et ayant le point d'honneur chatouilleur. Ils se déroulent au cours de loisirs ni structurés ni réglés. Le mélange détonnant de l'homicide serait donc: 1- une querelle; 2- des célibataires ; 3- une arme à la portée de la main; 3- l'alcool; 4- une culture de l'honneur. Pour empêcher le mélange d'exploser, deux ingrédients pourraient intervenir: 1) des règles de politesse et de civilité pour désamorcer les querelles et donner des moyens aux adversaires de sauver la face; 2) un refus des solutions violentes par des personnes en autorité se manifestant par des gestes concrets. Il se pourrait que ces deux derniers points expliquent les variations spacio-temporelles des taux d'homicide.
 
En effet, à New York, les taux d'homicides fluctuent de manière cyclique. On les voit augmenter lentement, à partir de 1827, atteindre un sommet en 1864, puis dégringoler brusquement pour enfin entamer une nouvelle remontée à partir de 1900. Monkkonen (p.21) identifie aussi trois sommets séparés par une soixantaine d'années: en 1864, en 1931 et en 1991. Ces mouvements emportent les principaux types d'homicides et affectent tous les groupes démographiques de la ville; ce sont des cycles de violence générale. Que se passe-t-il? La croissance résulte, selon l'auteur, d'un climat de tolérance pour les solutions violentes. Mais la croissance des crimes contre la personne produit ses anti-corps. Un peu partout on se mobilise: les éducateurs deviennent vigilants et ne tolèrent plus les agressions; le système pénal sanctionne les crimes violents de plus en plus systématiquement. L'effet de ces actions tarde cependant à se faire sentir, puis ses effets cumulatifs finissent par endiguer la montée de la violence, ce qui se traduit pas une chute brusque des homicides. Mais les bienfaits de la paix retrouvée en viennent à être oubliés et le joug de l'intolérance à la violence paraît de plus en plus lourd. Réapparaît alors peu à peu la clémence, voire la complaisance pour les actions violentes. Ces dernières redeviennent alors de plus en plus fréquentes. Bref, c'est l'alternance cyclique entre la tolérance et l'intolérance qui module les cycles de violence dont les taux d'homicide sont les révélateurs.
 
La même logique est utilisée par l'auteur pour expliquer pourquoi New York souffre, depuis deux siècles, de taux d'homicides plusieurs fois plus élevés que Londres. À New York, et depuis très longtemps, la réaction judiciaire est marquée par une surprenante complaisance. Par exemple, sur 107 meurtres commis entre 1799 et 1821, seulement 19 meurtriers purgent une peine de prison (p.167). Dans cette ville et non à Londres, le réflexe des policiers, des juges et des jurys est de sympathiser avec le meurtrier. Quand s'ajoute à cette tolérance une véritable prolifération des armes, la différence entre les deux villes, mais aussi entre les États- Unis et l'Angleterre, se comprend.
 
Bref, il ne saurait être exclu que les variations de l'homicide dans le temps et dans l'espace soit modulées par des variations de la tolérance pour la violence.
 

MAURICE CUSSON
Centre international de criminologie
Université de Montréal




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