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Recension de livre

L'aide aux victimes : 20 ans après / Autour de l'oeuvre de Micheline Baril

sous la direction de Robert Cario et Arlène Gaudreault
Paris, France : L'Harmattan, 2002

Par ses écrits de grande qualité et par ses actions en victimologie, Micheline Baril a laissé un magnifique héritage au Québec et à toute la communauté internationale préoccupée par le respect envers les victimes d'actes criminels et par la reconnaissance juste et équitable de leurs droits.

Le colloque Autour de l'oeuvrede Micheline Baril, tenu en France en avril 2002, a redonné vie et actualité aux travaux et aux réflexions de cette criminologue, pionnière de l'aide aux victimes d'actes criminels au Québec. Plus de 300 personnes ont participé à cet événement afin de dresser un bilan critique de l'aide apportée aux victimes au cours des vingt dernières années. Les organisateurs ont aussi eu l'excellente idée de rassembler les contributions et les réflexions d'une quinzaine de conférenciers dans un ouvrage intitulé L'aide aux victimes: 20 ans après / Autour de l'oeuvre de Micheline Baril .

 Ce livre permet de bien resituer la contribution de madame Baril au développement de l'aide aux victimes d'actes criminels au Québec1. On y souligne avec justesse l'originalité de son oeuvre dans le contexte des années 1980 alors qu'elle apportait un nouveau point de vue à l'étude du crime, celui de la victime. En 1984, dans sa thèse L'envers du crime2, la parole était donnée pour la première fois aux victimes. Les entrevues menées auprès d`elles ont permis de rendre compte des lourdes conséquences du crime et des besoins des victimes. Ce travail a également mis en lumière l'impact, parfois négatif,des réactions des acteurs appelés à intervenir auprès de la personne touchée par le crime.

Pendant une décennie, Micheline Baril a approfondi différentes facettes de la victimisation et a formulé des recommandations à plusieurs instances. Son oeuvre, à bien des égards, a ouvert la voie à la reconnaissance des droits des victimes d'actes criminels. Aujourd'hui, vingt ans plus tard, quel bilan de l'aide aux victimes pouvons-nous dresser ?

Dans l'ouvrage, les auteurs évaluent plus particulièrement la situation en France où, comme ici, les années 1980 ont été témoins des premières initiatives dans le domaine de l'aide aux victimes d'actes criminels. En présentant le point de vue d'auteurs oeuvrant dans différents secteurs (intervenants de services d'aide, psychologues, juristes, proches de victimes, etc.), on note le souci d'offrir une réflexion autour de tous les thèmes qu'englobe la notion d'aide aux victimes et de reconnaissance de leurs droits (place de la victime dans le système de justice, information, accompagnement psychologique et social, réparation des préjudices subis, etc.).  

La lecture de ce livre ranime un juste questionnement sur la réelle évolution dans le domaine de l'aide aux victimes et sur les défis encore présents. Oui, depuis 1980, l'aide aux victimes a connu un essor important: meilleure connaissance des conséquences et des besoins des victimes, mise en place de services, élaboration de politiques, de lois. Oui, la parole a été donnée aux victimes et des portes leur ont été ouvertes. Oui, de plus en plus d'acteurs appelés à intervenir auprès des victimes sont mieux outillés et davantage préoccupés par la cause des victimes. Oui, entre l'intention d'aider et de donner une place aux victimes et la réalité actuelle, des pas immenses ont été franchis. Ce sont là des précieux acquis, mais les auteurs nous rappellent aussi très bien, qu'au centre de tous ces développements, la personne victime est malheureusement encore trop souvent confrontée à des obstacles considérables. L'intervention reste morcelée, les maillons indispensables entre les services sontencore manquants ou trop fragiles et la personne victime ne trouve pas toujours réponse à ses besoins ou encore, subit des blessures secondaires suite à des interventions inappropriées.

Cet ouvrage a donc le mérite de nous rappeler que l'aide à offrir aux victimes doit toucher tous les plans (physique, psychologique, social ), qu`elle se doit d'être offerte en concertation et de façon cohérente et que la victime doit avoir une place équitable face à la justice. Il y a vingt ans, on le disait; aujourd'hui on se doit de le répéter afin que les victimes puissent faire appel à des services qui les rejoignent et qui leur permettent de poursuivre leur vie avec dignité malgré les blessures physiques et psychologiques subies.

Il importe enfin de garder l'oeuvre et les réflexions de Micheline Baril inscrites dans notre mémoire collective, car à bien des égards, ses recommandations demeurent d'actualité et les défis à relever dans ce domaine sont encore très nombreux.

Josée Coiteux
Repentigny, Québec




1.      On trouve en annexe, une excellente bibliographie des ouvrages de Micheline Baril (articles, mémoires et rapports de recherche)

2.      Rééditée en 2002 aux Éditions L'Harmattan, France



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