Criminologie générale par José Gariépy et Samir Rizkalla
Montréal, Éditions Modulo, 2003, 229 pages
-
Traité de criminologie empirique
par Marc Leblanc, Marc Ouimet et Denis Szabo, dir.
Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, 2003, 525 pages
-
Sociologie de la délinquance et de la justice pénale
par Jacques Faget
Toulouse-Ramonville, Erès, 2003, 152 pages
Trois " introductions " à la criminologie et à la justice pénale permettent de faire un tour récent du jardin criminologique en termes tantôt théoriques, tantôt plutôt empiriques.
1. Le livre de Gariépy et Rizkalla est un ouvrage pédagogique destiné aux étudiants en " techniques de la justice " (les 18-20 ans, en général). Ce programme pré-universitaire prépare à la carrière de policiers, de surveillants en prison et de greffiers au tribunal. Le livre propose d'abord une définition de la criminologie et circonscrit son champ d'action. Après avoir décrit l'évolution de la réaction sociale et situé la naissance de la criminologie, les auteurs présentent les différentes méthodes de recherche utilisées dans ce domaine. Dans les chapitres suivants, ils traitent des facteurs explicatifs de la criminalité , des formes de l'agir criminel et des types de personnalité que l'on retrouve chez les auteurs de délits. Finalement, dans les deux derniers chapitres, ils décrivent les principales formules de prévention et font un exposé critique de l'intervention criminologique. Le texte est accompagné d'exemples, d'exercices et d'un excellent glossaire qui favorisent la compréhension et l'intégration des concepts. Ce petit manuel sera fort utile pour une entrée générale dans le monde de la criminologie, autant pour les Nord-américains que pour les Européens.
2. Le livre sous la direction de Marc LeBlanc, Marc Ouimet et Denis Szabo est tout-à-fait différent. Il s'agit d'un " collectif original " et d'un traité qui synthétise en 22 chapitres les résultats des recherches criminologiques au Québec depuis 1990. Déjà, deux autres traités de ce genre avaient analysé les résultats des années 1960 à 1990 (Szabo et LeBlanc, dir., 1987 et 1994). Les thèmes scrutés par 30 auteurs différents couvrent les principaux champs de la criminologie, à savoir : les orientations de la recherche , les tendances de la criminalité, la criminalité économique, l'itinérance, le crime organisé, la drogue et le crime, les homicides, la délinquance des jeunes, la délinquance des femmes, les agresseurs sexuels, les agresseurs atteints de troubles mentaux graves, la police, les tribunaux, la prison et la justice réparatrice. Un guide de lecture et un guide des sites internet en criminologie complètent ce panaroma relativement exhaustif.
La criminologie nord-américaine en langue anglaise (Canada et Etats-Unis) ou en langue française (Québec) s'est distinguée depuis les années 1950 + par un souci d'étudier de façon empirique tous les champs de la justice pénale. La criminologie européenne a développé un peu plus tard cette tradition, à partir des années 1975. Toutefois, nul européen n'a encore osé entreprendre une synthèse des recherches empiriques proprement européennes. Nous souhaitons donc qu'un criminologue européen relève, en collaboration évidemment avec d'autres collègues, un tel défi, comme celui qui vient d'être relevé par les criminologues québécois.
3. Le livre de Jacques Faget présente une certaine sociologie de la délinquance et de la justice pénale dans sa tradition à la fois européenne et nord-américaine. L'auteur passe en revue de façon rigoureuse les chapitres classiques de cette sociologie, de sa naissance en France à la mode Émile Durkheim au tournant du XXième siècle, en passant par les grandes approches théoriques européennes et nord-américaines : Les théories culturalistes et les concepts de désorganisation sociale, d'association différentielle et de conflit de culture; 2. Les théories de la tension et les concepts d'anomie, de sous-culture délinquante et d'opportunités différentielles; 3. Les théories rationalistes et les concepts de techniques, de neutralisation, de lien social et du choix rationnel; 4. Les théories de la réaction sociale et les perspectives interactionnistes, constructivistes et critiques. Enfin, l'auteur propose une série de " perspectives actuelles " de la sociologie de la délinquance et de la justice pénale autour de trois sociologies ad hoc : une sociologie des politiques pénales, une sociologie de la transgression et une sociologie de l'institution pénale. L'auteur
réussit le tour de force (en 152 pages seulement) de présenter de manière synthétique et accessible à un large public les différentes connaissances accumulées depuis près d'un siècle sur la délinquance et sur la façon dont l'institution judiciaire la traite. Il contribue ainsi à éclairer le débat public et à mieux penser les stratégies de prévention et de répression qu'il convient de mettre en oeuvre.
André Normandeau
École de criminologie
Université de Montréal |
|