Être policière: une profession masculine
par Line Beauchesne
Montréal, Québec: Éditions du Méridien. 2001
Line Beauchesne, politologue et criminologue, est professeure à l'Université d'Ottawa. Elle enseigne au département des matières liées à la police et à la sécurité publique.
Ce livre traite des difficultés d'intégration des policières et également des difficultés d'implantation des nouvelles pratiques policières. Ces embûches nous rappellent la nécessité de procéder à des changements dans la culture organisationnelle.
Malgré mon expérience de vingt-deux ans comme policière, ce livre m'a fourni un éclairage qui m'aidera à mieux entrevoir ces préoccupations. En d'autres termes, les changements dans la culture organisationnelle qui amélioreraient l'intégration des policières profiteraient à tous ceux dans la police, hommes ou femmes, qui veulent une police différente de la police traditionnelle répressive, tous ceux qui désirent une police plus orientée vers les besoins de la communauté, vers les résolution de conflits par la conciliation plutôt que par les arrestations, vers la prévention globale des problèmes plutôt que la réaction individuelle à ceux-ci.
Dès le premier chapitre, on apprend l'histoire des femmes dans la police, histoire qui remonte au début du siècle, où des femmes ont revendiqué le statut de policières pour leur travail communautaire et de prévention au sein de la police. On leur a refusé ce statut. Les services policiers leur ont expliqué que faire de la police c'est d'abord et avant tout faire de la répression, et que faire de la répression est un travail d'hommes. Ainsi, dès le début du siècle, la définition même de ce qu'est la police, sa culture, a servi de frein à la reconnaissance du travail des femmes dans la profession, au nom de la masculinité de la profession.
Line Beauchesne va alors nous amener à mieux comprendre ce que signifie une culture masculine de travail, soit une culture où l'identité masculine est liée à l'affirmation dans la profession. Ce lien, encore aujourd'hui, constitue un obstacle majeur tant à l'intégration des femmes dans la police, qu'à l'implantation de la police communautaire, perçue plus «féminine» en regard de l'image que plusieurs conservent de la profession.
Ceci ne veut pas dire que les femmes entrent dans la police pour la changer. Les motivations des femmes et des hommes à faire ce travail sont identiques, comme l'auteure nous l'explique au troisième chapitre. De plus, les critères de recrutement, de sélection et les valeurs de la formation demeurent ancrés dans une culture traditionnelle à laquelle les femmes, au départ, cherchent à participer. Elles désirent ardemment faire partie de cette culture à laquelle, le plus souvent, elles s'associent. En tant que cadre qui évalue les policiers et les policières en fin de probation, je constate peu de changements à l'égard de la culture traditionnelle dans les attentes professionnelles de ces nouvelles recrues. Et ceci vaut également pour les policières.
Mais peu à peu, leur situation minoritaire dans un milieu où la répression, pour plusieurs, demeure masculine et essentielle à la définition policière, les confronte aux difficultés d'être à la fois reconnue en tant que femme et policière compétente. Cela s'accentue si elles gravissent les échelons de la hiérarchie pour se diriger vers les secteurs de la police plus typés masculins. Et, comme nous l'explique l'auteure dans le quatrième chapitre, même avec l'augmentation du nombre de policières, sans changements de cette culture policière, cela ne modifiera pas en profondeur ces difficultés d'intégration.
Si au début, les policières, préoccupées de bien performer, peuvent éviter de se confronter à ces difficultés d'être à la fois femme et policière, l'expérience les amènera, tôt ou tard, à confronter leur identité féminine aux stéréotypes masculins de la profession, et pour plusieurs, la difficile conciliation du travail et de la famille viendra concrétiser encore davantage que la mère et la policière ne font pas nécessairement bon ménage dans cette culture organisationnelle.
Enfin, j'ai personnellement vécu le manque de modèle féminin lorsqu'on assume, en tant que femme, un poste de gestion. Comme l'explique l'auteure au septième chapitre, les valeurs associées à l'autorité sont également masculines, et les femmes qui assument une fonction d'autorité ont plus de difficultés à être crédibles dans ce rôle.
Mais l'auteure ne nous laisse pas sur ces difficultés. Tout au long du livre, et au dernier chapitre, elle donne des pistes pour modifier la culture policière et des stratégies qui permettront, je l'espère, de modifier cette culture. C'est la raison principale qui m'amène à croire que ce livre ne sera pas un ouvrage qu'on lit et met de côté. Il sera un outil de référence essentiel pour alimenter la réflexion de ce qu'on désire que soit la police aujourd'hui, une police dont la culture ne s'articulera plus sur la masculinité et la féminité, mais sur des valeurs qui permettront les changements pour une véritable orientation vers le communautaire où tous, hommes et femmes, pourront s'inscrire.
LISON OSTIGUY
Inspectrice-chef de la section prévention et relations communautaires
Service de police de la Communauté urbaine de Montréal |
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