L'envers du crime par Micheline Baril.
Paris, France: L'Harmattan. 2002.
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Victimologie par Robert Cario.
Paris, France: L'Harmattan. 2002.
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Histoire des sciences de l'homme et de la criminologie par Jean Pinatel.
Paris, France: L'Harmattan. 2002.
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Karla, le pacte avec le diable par Stephen Williams.
Montréal, Québec: Trait d'union. 2002.
La maison d'édition L'Harmattan (Paris) publie depuis quelques années des collections de livres criminologiques qui couvrent plusieurs secteurs importants de cette discipline. Il en est ainsi de la collection en " sciences criminelles ", dirigée par Robert Cario (U. de Pau). A l'intérieur de cette collection spécifique, un volet est dédié à la " victimologie ", dont le livre de Micheline Baril et celui de Robert Cario lui-même.
L'ouvrage de Micheline Baril, " L'envers du crime ", est l'ouvre posthume d'une criminologue
québécoise qui nous a malheureusement quitté trop jeune, à la suite d'une longue maladie. Toutefois,
elle nous a laissé en héritage un livre de grande qualité sur les victimes d'actes criminels. Il s'agit
d'un livre à la fois théorique et empirique. Comme l'avant-propos le signale à juste titre, " elle a
consacré une grande partie de sa vie à une tâche immense : donner une voix aux victimes d'actes
criminels ". Professeure à l'Université de Montréal pendant quinze ans, elle y a développé les
enseignements de victimologie. Femme d'action, elle a aussi créé l'Association québécoise
Plaidoyer-Victimes. Le livre qui vient d'être publié décrit minutieusement les conséquences
physiques, psychologiques, sociales et économiques de la criminalité envers les victimes. Cette
description est basée sur 65 entrevues en profondeur avec des victimes de violence (28) et de vol
(37), dont en particulier le vol qualifié, souvent à main armée, ce qui en fait un crime à la fois contre
la personne et contre la propriété. Un livre " magnifique ", à mon avis, écrit avec une grande
modestie intellectuelle et un grand respect professionnel envers les victimes d'actes criminels. Une
excellente bibliographie de l'ensemble des travaux de Micheline Baril complète cet ouvrage.
Le livre de Robert Cario, " Victimologie : de l'effraction du lien intersubjectif à la restructuration
sociale ", est en fait une introduction générale à la science et à l'art de la victimologie. L'auteur
dirige d'ailleurs un D.E.S.S. en la matière à l'Université de Pau. Ce livre est à la fois historique et
contemporain. Il décrit l'émergence de la victimologie et du droit des victimes, les chiffres actuels
des victimisations officielles et cachées, la nature des infractions sanctionnées, les principales
théories victimologiques, classiques et modernes, le cadre normatif du droit des victimes en France,
en Europe et en Amérique du Nord, le cadre associatif de l'aide aux victimes. Il se termine par un
chapître fort important : " Vers une justice restaurative ", ce mouvement de médiation pénale qui
préfigure peut être le cour de la justice pénale de demain. L'auteur termine, à juste titre, par une
mise à plat des différentes formes de prévention du crime - pénale, sociale, situationnelle,
comportementale - en nous rappelant, selon le bon vieux proverbe, que " mieux vaut prévenir que
guérir ", mieux vaut plus de prévention et moins de victimes potentielles que plus de répression et
plus de criminels potentiels. Une bibliographie de travaux en victimologie, de langue française et
de langue anglaise, complète cet ouvrage de Robert Cario.
Le " petit " livre posthume de Jean Pinatel (1913-1999) est en fait un " grand " cadeau que nous
fait la maison d'édition L'Harmattan et le directeur de la Collection en " Sciences criminelles ". En
effet, Jean Pinatel fut en France et au niveau international, de 1950 à 1990, un juriste-criminologue
de haute stature. Il nous a donné, pendant cette période, des ouvrages de fort calibre, comme son
" Traité de droit pénal et de criminologie " (avec P. Bouzat) en 1963, " La société criminogène " en
1971, ainsi que " Le phénomène criminel " en 1987. Il a présidé aux destinées de la Société
internationale de criminologie, dont le siège social est à Paris, de 1950 à 1978. Il est le père
intellectuel de la conception d'une " personnalité criminelle " qui a été un concept-clé de la
criminologie moderne de la seconde partie du vingtième siècle. Le présent ouvrage est la
retranscription d'un cours d'Histoire des sciences de l'homme et de la criminologie que Jean Pinatel
a professé dans plusieurs universités, en France et à l'étranger, dont à l'Université de Montréal, à
titre de professeur invité et de récipiendaire d'un doctorat Honoris causa de cette même université.
Dans ce livre, l'auteur décrit tout d'abord la période pré-scientifique de la criminologie, de la Grèce
antique jusqu'au XIXième siècle : Le concept de crime, les évolutions de la criminalité, l'orientation
de la réaction sociale. Il y esquisse l'apport des philosophes, des réformateurs, des pionniers. Puis,
il décrit la période scientifique avec le développement des sciences de l'Homme au XIXième et au
XXième siècles, de nouveau sous l'angle du concept de crime, des évolutions de la criminalité et de
la réaction sociale. Il y traite des approches étiologique, dynamique, clinique et évaluative. Le livre
se termine par quelques réflexions sur le problème de la responsabilité. Comme le souligne l'avant-
propos, "Ces lignes traduisent les qualités de leur auteur : précision de la pensée, clarté du
raisonnement, limpidité du style, art de la synthèse. La richesse du propos peu ainsi défier le temps
Si " l'envers du crime ", ce sont les pertes et les souffrances des victimes, " l'envers de la
victime ", ce sont les profils psychologiques des criminels eux-mêmes. L'un de ces profils récents
se retrouve décrit par Stephen Williams dans le livre : " Karla, le pacte avec le diable ". Le titre
le signale avec pertinence, c'est l'histoire des trois homicides " sordides " d'un couple de 25-30 ans,
Paul Bernardo et Karla Homulka, commis au Canada il y a dix ans. L'une des victimes, d'ailleurs,
était la propre sour de Karla H. Dans les trois cas, les meurtres étaient accompagnés de sévices
sexuels graves contre les victimes, trois femmes choisies à tour de rôle, sans relations les unes avec
les autres. Dans la très grande majorité des cas de tueurs en série de ce genre, il s'agit d'agresseurs
masculins, agissant seuls. Dans le cas de Bernardo-Homulka, la participation active d'un agresseur
féminin, Karla H., a fasciné (peut-être de façon morbide) le grand public canadien. Compte tenu de
la collaboration de cette dernière avec la police et le tribunal pour obtenir la condamnation de Paul
Bernardo, Karla H. a été condamné à 12 ans de prison ferme alors que son compagnon a été
condamné à perpétuité. Le livre de Stephen Williams est d'autant plus d'actualité au Québec
puisque Karla H. y est emprisonnée depuis dix ans et pourrait retrouver sa liberté en 2005. Selon
l'auteur, cette femme " est un monstre ". Un des psychiatres a dit d'elle qu'elle était " un mystère
diagnostique ". Mais, en même temps, elle est aussi intelligente. Elle a même un diplôme en
psychologie!
ANDRÉ NORMANDEAU
Criminologue et professeur Université de Montréal |
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