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Recension de livre

Counseling Female Offenders and Victims:
A Strenghts-Restorative Approach
(Springer Series on Family Violence)

par Katherine Van Vormer
New York, NY: A.R. Roberts,. 2001

A l'intersection de la justice pénale et du travail social ce livre veut allier l'approche de l'actualisation des forces en counseling social et le paradigme de la justice réparatrice, offrant ainsi, selon l'auteure," un nouveau modèle pour un nouveau siècle". Les travailleurs sociaux particulièrement et les intervenants en établissements correctionnels trouveront grand intérêt à lire les analyses, les informations et les nombreux conseils de Katherine van Wormer, professeur et praticienne aux USA. Née en Nouvelle Orléans, l'auteure, qui a milité dans deux mouvements pour les droits civiques successivement en Caroline du Nord et à Belfast, est engagée aussi dans la Campaign for Equity-Restorative-Justice. Elle cherche à mettre la victime au centre de la justice criminelle et propose ici une alternative au sentencing et à l'incarcération. Elle s'intéresse résolument aux femmes, victimes et contrevenantes, mais sans se désintéresser des hommes, notamment les agresseurs sexuels qu'il faut, pense-t-elle, guérir avant de songer à traiter leurs victimes. A mon sens, l'originalité de cet ouvrage est de mettre l'accent sur les connexions qui existent entre la situation des femmes victimes, spécialement les femmes battues ou abusées dont l'auteure connaît bien les problématiques, et la situation des contrevenantes accusées, pour la plupart, de crimes reliés à la toxicomanie et autres dépendances, séquelles de ces mêmes victimisations antérieures. Le cercle est bouclé. Comment la société peut-elle briser ce cercle ? L'auteure propose deux réponses principales: un counseling centré sur les forces de la personne et une politique nouvelle de justice pénale, la justice réparatrice.
 
En présentant la spécificité féminine de la victimisation et de la criminalité, l'auteure souligne combien le système judiciaire et correctionnel actuel est encore trop conçu et dirigé par des hommes et surtout pour des hommes. Après un bref rappel historique de l'évolution du système correctionnel, elle fait remarquer que la réaction sociale à la revendication féministe d'égalité a eu un retour de flammes fort dommageable pour les femmes, notamment celles qui souffrent de pauvreté et de racisme sous le prétexte:" à crime égal, punition égale". Appuyée sur son expérience de praticienne en milieu carcéral aux Etats Unis, et la recension de la littérature récente sur le sujet, son argumentation ne s'arrête pas à la dénonciation. Elle promeut une approche holistique et réparatrice des personnes. Les concepts de "empowerment " et de "restorative justice", intraduisibles parfaitement en français, sont les deux piliers qui sous-tendent l'édifice, fait de connaissances et d'orientations pratiques, qu'elle construit au sujet des femmes victimes et contrevenantes.
 
L'ouvrage, de lecture facile, ne se présente pas comme un rapport de recherche mais comme un manuel didactique dont chaque chapitre comporte un résumé et une bibliographie. Il se divise en deux grandes parties; la première porte sur la victimisation des femmes et l'intérêt qu'apporte la perspective de la justice réparatrice pour offrir des programmes adaptés. La deuxième partie concerne la criminalité féminine, ses causes et les remèdes à lui apporter. Mais l'auteure nous avertit que cette division ne veut pas dire "séparation", Au contraire, les deux parties se renvoient l'une à l'autre, tant apparaissent évidents les points communs entre victimes et contrevenantes. On y lit de précieux conseils pour l'intervenant. Car l'objectif n'est pas d'imposer un traitement, mais d'aider les personnes, en redécouvrant leurs forces et aptitudes, à prendre en charge leur vie quotidienne ainsi que leur propre libération de la culpabilité et de multiples dépendances dues aux abus dont elles sont victimes. C'est aussi sous l'angle de ses conséquences thérapeutiques que la justice réparatrice intéresse l'auteure. On peut alors regretter l'absence d'une réflexion critique plus approfondie sur sa dimension sociale et juridique. Mais l'ouvrage montre bien que la rencontre entre victimes et offenseurs permet une prise de conscience des blessures causées par le crime, et une guérison du contrevenant et de la victime à travers le jeu des échanges et la dynamique du groupe. Ces affirmations, proches des résultats de la recherche-action que nous avons nous-mêmes menée sur le face à face entre un groupe de victimes et un groupe de détenus dans un pénitencier au Québec (2001)*, pourront cependant prouver que la médiation pénale n'est pas réservée aux jeunes contrevenants pour des délits mineurs mais qu'elle peut être appliquée à des cas de crimes violents selon certaines conditions qui préservent les victimes du risque de la revictimisation. En alliant la pratique d'un counseling axé sur les forces de la personne et le paradigme de la justice réparatrice, l'auteure convainc le lecteur qu'il est plus utile à la société de "ramener l'individu à la communauté plutôt que sortir l'individu de la communauté". En même temps, cette voie thérapeutique et judiciaire nouvelle est mieux adaptée à la condition féminine que le système judiciaire actuel pour la réinsertion sociale des femmes.

* Syette de Villette,Thérèse. Une recherche-action sur un programme de face à face entre victimes et détenus dans un pénitencier au Québec- Msc criminologie. Université de Montréal, 2001.

THÉRÈSE DE VILLETTE
Criminologue, Montréal




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