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Recension de livre

Guys, Gangs and Girlfriend Abuse

par Mark D. Totten
Peterborough, Ontario: Broadview Press. 2000

La violence des adolescents est principalement d'ordre interpersonnel, leurs victimes étant majoritairement des connaissances de leur âge. C'est de la violence agie par les garçons envers les filles, apprise au sein de la famille et cristallisée au sein du groupe de pairs marginaux, dont il est question dans l'ouvrage Guys, Gangs and Girlfriend Abuse de Mark D. Totten, l'aboutissement d'une recherche qualitative menée auprès de 30 adolescents âgés entre 13 et 17 ans.
 
Ce livre, divisé en cinq chapitres, aborde plusieurs facteurs explicatifs (violence familiale, rapport des genres stéréotypés, identité masculine, affiliation aux groupes de pairs marginaux,...) connus et documentés qui, à défaut d'être nouveaux, sont originalement explorés à partir des perceptions qu'ont les garçons relativement à la violence agie par leur père et leurs pairs marginaux, de même que du sens que ces derniers donnent à leurs propres comportements d'agression envers les femmes. L'analyse de la compréhension qu'ils ont de leurs conduites obligent les chercheurs et les cliniciens à jeter un regard différent sur la problématique de la violence dans les relations amoureuses. En ce sens, certains constats faits par l'auteur ont particulièrement attiré notre attention.
 
Le concept d'autorité morale attribuée à la puissance paternelle et légitimant ou non l'usage de la violence est notamment très intéressant. À titre d'exemple, les adolescents interrogés justifient les comportements abusifs de leur père biologique envers leur mères, et par conséquent les leurs envers leurs amies de cour, qui méritent d'être punies pour leurs inconduites. À l'opposé, ils considèrent intolérables que les filles qu'ils fréquentent soient physiquement agressées par des hommes étrangers à leur groupe d'attache qui, comme leur beau-père (le cas échéant), ne possèdent pas l'autorité morale de faire usage de violence envers leur mère.
 
La souffrance des adolescents face à leur identité masculine ne manque pas non plus d'intérêt. En l'absence d'opportunité sociale favorisant l'atteinte de l'idéal masculin traditionnel (confort matériel, bon emploi,...) prônée par la classe sociale moyenne, les garçons s'engagent régulièrement dans des agressions physiques leur permettant d'atteindre et de maintenir un statut qui, à défaut d'être idéal, est marqué par la force, la compétition et la dominance. En ce sens, l'ouvrage éveille, brillamment et à juste titre, les lecteurs à la nécessité d'analyser la violence des groupes de pairs marginaux, tout comme la violence dans les fréquentations amoureuses, en rapport à la masculinité puisque l'abus physique s'avère, pour les garçons, non seulement un moyen d'imposer le respect mais plus fondamentalement encore, une façon de négocier leur identité et ce, même au prix d'une extrême violence.
 
L'analyse de la violence agie par les garçons interdit les perspectives étroites, conduisant généralement à des solutions simplistes, et ne peut être conduite qu'à partir d'un modèle intégratif tenant compte des multiples enjeux individuels et sociaux. Elle commande un regard critique entraînant d'importantes remises en question. L'ouvrage de Mark D. Totten relève admirablement le défi et sa lecture est suggérée à tous les professionnels, chercheurs et cliniciens, s'intéressant à la violence dans les relations amoureuses chez les adolescents. Dommage toutefois qu'il n'apporte aucune idée novatrice concernant les pratiques et les politiques sociales à privilégier en la matière.
 

CHANTAL FREDETTE
Les Centre jeunesses de Montréal




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