Nous présentons seulement les résumés des articles dans ces pages du Web. Les Notes de recherche et les Commentaires sont rarement inclus dans ces résumés. Les lecteurs qui désirent les textes complets doivent communiquer avec l’ ACJP et s’abonner à la Revue. Ils (elles) peuvent aussi se procurer les anciens numéros que nous avons en stock.
THE STATE OF CRITICAL SCHOLARSHIP IN CRIMINOLOGY AND SOCIO-LEGAL STUDIES IN CANADA
Joane Martel and Bryan Hogeveen
Department of Sociology, University of Alberta
Andrew Woolford
Department of Sociology, University of Manitoba
Les auteurs situent la criminologie critique canadienne dans le contexte d’une éthique néo-libérale et des recherches effectuées depuis le début du nouveau millénaire. Ainsi, ils veulent cerner le caractère «critique» de la criminologie dite critique. Or, ils soutiennent que les recherches menées dans ce sous-domaine portent la critique au-delà des limites ontologiques actuelles sans pour autant poser les éléments de base servant à (re)tisser les liens entre les contenus et démarches classiques et avant-gardistes. Ceci dit, ils reconnaissent que les recherches en criminologie «critique» subissent de plus en plus les contraintes d’une éthique néo-libérale omniprésente. Les chercheurs adoptant la démarche dite critique sont dorénavant confrontés à un accueil plutôt tiède de la quasi-totalité des organismes fournisseurs de données et trouvent de plus en plus difficile d’obtenir des subventions et de faire publier leurs travaux. Par conséquent, plusieurs chefs de fil du domaine ont délaissé la criminologie. Cependant, malgré le malaise et le pessimisme dont la criminologie critique est actuellement victime, les auteurs osent croire que cet article ainsi que ce numéro spécial de la Revue ouvriront de nouvelles perspectives «critiques» en criminologie.
PIONEERING CRITICAL CRIMINOLOGY IN CANADA
R.S. Ratner
Department of Anthropology, University of British Columbia
L’auteur rend compte de façon ouverte et candide des efforts qu’il a déployés pour établir la criminologie critique au Canada anglais. Il raconte que, pour concrétiser cette initiative, il a dû collaborer avec d’autres à la construction d’une base institutionnelle et d’un réseau de chercheurs qui seraient aptes à invalider l’école «libérale» en criminologie, dont les interprétations de la criminalité et de la répression sociale prédominaient à l’époque. L’auteur présente quelques défis qui se posaient au moment de la création de la démarche « critique » au Canada, et il donne un survol des grandes orientations qui ont débouché sur les perspectives et problèmes actuels de la criminologie critique. Tout en abordant le thème de façon anecdotique et avec un humour sarcastique, l’auteur veut cerner la dynamique des impulsions professionnelles et des contraintes structurales qui ont constamment miné les progrès accomplis par la criminologie critique et qui menacent toujours de lui saper ses forces vives ou de la replonger dans une époque révolue où un petit nombre de chercheurs marginalisés collaboraient bien ensemble, mais n’exerçaient aucune influence véritable.
“SO WHAT DOES ALL OF THIS HAVE TO DO WITH CRIMINOLOGY?”: SURVIVING THE RESTRUCTURING OF THE DISCIPLINE IN THE TWENTY-FIRST CENTURY
Dorothy E. Chunn
Department of Sociology and Anthropology, Simon Fraser University
Robert Menzies
Department of Humanities and Institute for the Humanities, Simon Fraser University
Le présent commentaire renvoie à un article que les auteurs ont publié en 1999 dans la Revue et où ils ont émis plusieurs observations sur l’état de la criminologie telle qu’elle se pratiquait au tournant du 21e siècle dans les universités canadiennes. Ils présentent un survol des tendances qui se sont manifestées au cours des six dernières années et qui ont renforcé la polarisation des différentes écoles de pensée en criminologie ainsi que la renaissance des paradigmes classiques de la répression étatique de la criminalité et du maintien de l’ordre public (même s’ils sont logés sous des bannières dites novatrices telles que la gestion du risque, la criminologie computationnelle, la criminologie administrative et la cartographie de la criminalité). Alors que des projets de recherche novateurs, progressistes et anti-hégémoniques poursuivent leur essor dans plusieurs milieux, les structures de reconnaissance et de rémunération des administrations universitaires et des milieux de recherche en criminologie militent massivement, et de plus en plus, en faveur de la « nouvelle orthodoxie » (ré-)émergente.
CRITICAL CRIMINOLOGY AND POSSIBILITY IN THE NEO-LIBERAL ETHOS
Bryan Hogeveen
Department of Sociology, University of Alberta
Andrew Woolford
Department of Sociology, University to Manitoba
Les auteurs de cet article préconisent l’établissement d’une criminologie des potentialités humaines. Ils mettent en lumière les conditions épistémologiques et ontologiques de la pratique criminologique contemporaine, qui, d’après eux, aurait obligé la praxis universitaire à sombrer soit dans la «complicité administrative», soit dans un état de «non-pertinence auto-imposée». Ils proposent donc une démarche critique visant à déstabiliser des relations sociales en apparence bien ancrées. Or, cette réflexivité critique ne s’inspire ni de l’ontologie classique ni des jugements généraux. Bien au contraire, les auteurs encouragent les criminologues critiques à exploiter certaines théories ontologiques qui sortent des sentiers battus, au lieu de multiplier des jugements concernant les politiques, programmes, institutions ou structures sociétales déjà en place.
GOVERNING ON THE MARGINS: EXPLORING THE CONTRIBUTIONS OF GOVERNMENTALITY STUTIES TO CRITICAL CRIMINOLOGY IN CANADA
James W. Williams
Division of Social Science, York University
Randy Lippert
Department of Sociology and Anthropology, University of Windsor
Malgré les espoirs dans les années 1970, l’influence de la criminologie critique au Canada a diminué au cours des dernières années. Les auteurs ont étudié ce déclin et ont déterminé une voie possible de renouveau. Ils affirment que la criminologie critique est limitée parce que l’accent a été mis sur l’État et les modèles de criminalité centrés sur l’État, et par l’incapacité de ces modèles à expliquer comment les injustices sociales sont reproduites par les établissements privés et les modes de spécialisation constitués en marge de l’État et dans l’ombre de la loi. A la suite de cette critique, on suggère qu’un dialogue sur la gouvernementalité pourrait aider à dépasser ces limites. Ce dialogue est examiné en fonction de deux contextes fondamentaux : la gouvernance de l’immigration et la police du chaos financier. On a découvert non seulement des formes de gouvernance et d’oppression établies en marge de la loi, mais aussi la possibilité de mettre en œuvre des politiques évolutives, qui sont au cœur de l’entreprise de la criminologie critique.
GOVERNMENTALITY, CRITICAL CRIMINOLOGY, AND THE ABSENT NORM
Willem de Lint
University of Windsor
Dès la fin des années 1980, beaucoup de jeunes criminologues canadiens se sont tournés vers Foucault afin de se donner des fondements communs tant sur le plan théorique que sur le plan pratique. Or, cette nouvelle orientation n’a pas connu le même niveau de succès dans tous les milieux de la criminologie. Ainsi, en vue d’une analyse des rapports qu’on peut établir entre la criminologie critique et la gouvernementalité, l’auteur présente d’abord un survol des composantes de l’intégrité disciplinaire. Il examine ensuite les rapports entre le pouvoir et la subordination. En s’inspirant de la critique de Foucault établie par Fraser (1989), l’auteur prétend que, si la pratique de la gouvernementalité dissèque les politiques et les pratiques de la justice pénale afin d’en dévoiler les continuités et les ruptures, la profondeur de la dissection serait tributaire de postulats normatifs contradictoires ou sans fondement, ce qui entraverait l’évolution de la praxis criminologique.
RE-IMAGINING A FEMINIST CRIMINOLOGY
Gillian Balfour
Department of Sociology, Trent University
Le nombre de femmes dans les établissements correctionnels canadiens croît plus rapidement que tout autre segment de la population. Ce phénomène peut s’expliquer, d’une part, par la criminalisation néo-libérale de la pauvreté découlant de la lutte contre la drogue et la fraude contre l’aide sociale et, d’autre part, par les réductions imposées aux services sociaux. En effet, tous ces facteurs ont touché directement un seul groupe, les femmes. Mais que dire de la réaction de la criminologie féministe devant cette explosion de la population carcérale féminine? Dans le présent article, l’auteure analyse la dérive de la criminologie critique féministe vers une conception foucauldienne du pouvoir qui, à travers une démarche de décentrement de l’État, aboutit à une théorisation du corps féminin soumis, corps qui serait régi à distance grâce à diverses technologies et logiques de la discipline et du risque. L’auteure conclut en soutenant qu’il faut élaborer une nouvelle criminologie féministe qui remettra en question la dérive susmentionnée et qui explorera des pistes de solution sur le double plan théorique et politique.
HUSBAND ABUSE: EQUALITY WITH A VENGEANCE?
Joanne C. Minaker
Grant MacEwan College
Laureen Snider
Department of Sociology, Queen’s University
Le problème initial de la «violence à l’égard de la femme» établi par les féministes au cours des années 1970 s’est transformé en «violence conjugale», puis en «violence à l’égard du mari». Les auteures présentent une étude cas de ce problème nouvellement identifié qu’est la violence à l’égard du mari en soutenant qu’il illustre bien les rapports complexes que les écoles néo-libérale, néo-conservatrice et féministe entretiennent avec le régime de justice pénal. Selon ces auteures, le mythe voulant que les hommes soient battus aussi souvent que les femmes — argument qui remet en cause quelques décennies de recherche, de théorisation et d’action féministes — traduirait une réaction négative contre les «victoires» remportées par les féministes et par les groupes de promotion de la sécurité des femmes. Or, la nouvelle argumentation entourant la violence à l’endroit des hommes ne serait pas qu’une réaction anti-féministe. En fait, elle serait en passe de devenir de plus en plus le nouveau «sens commun», la nouvelle perspective des décideurs, des médias et des groupes intermédiaires exerçant de l’influence. Les auteures veulent démontrer que les succès mêmes du féminisme, conjugués à la gouvernance néo-libérale, au pouvoir émergeant des mouvements masculins et aux nouveaux médias des communications, ont suscité des thèmes, des mentalités et des pratiques nouvelles. Enfin, puisque l’argument voulant que les conjoints et les conjointes soient susceptibles au même degré de commettre des actes de violence résonne avec les discours de promotion de l’égalité et vient renforcer les propos qui font valoir l’application d’une «solution de justice pénale» à n’importe quel problème social, on aboutit à un phénomène de «revanche» et, partant, d’excès d’égalité.
LES FEMMES ET L’ISOLEMENT CELLULAIRE AU CANADA: UN DÉFI DE L’ESPRIT SUR LA MATIÈRE?
Joane Martel
Département de sociologie, Université de l’Alberta
La prison exhibe plusieurs des caractéristiques de la modernité dans laquelle le temps et l’espace sont des préoccupations centrales. Le présent article examine les résultats d’une étude portant sur l’isolement cellulaire des femmes dans les prisons canadiennes. Spécifiquement, la discussion porte sur les notions de temps et d’espace telles qu’utilisées par l’institution carcérale, et telles que vécues par les femmes incarcérées. Les arguments principaux qui y sont développés sont les suivants : d’abord, les opérateurs temporels habituellement utilisés à l’intérieur de la prison (repas, visites, décomptes hebdomadaires, récréation, etc.) sont déstructurés lorsqu’une prisonnière se retrouve en isolement cellulaire, là où elle sera soumise à une discipline du minuscule temporel qui tendra à brouiller les repères spatio-temporels qui s’avèrent essentiels à sa réintégration en société. Ensuite, en tant que mode particulier de confinement spatial, les conditions de vie qui tendent à prévaloir en isolement cellulaire exacerbent le caractère sacré des objets personnels, d’une part, et de l’habitation, d’autre part, ce qui affecte le maintien d’un espace nécessaire à l’habitus et à la formation identitaire chez les femmes emprisonnées.
CORONERS’ INTERESTED ADVOCACY: UNDERSTANDING WRONGFUL ACCUSATIONS AND CONVICTIONS
Kirsten Kramar
Department of Sociology, University of Winnipeg
L’auteure soulève deux problèmes : (1) les condamnations erronées qui font suite, dans les cas de décès infantile, et plus particulièrement dans des cas où la mère de l’enfant se trouve au banc des accusés, aux témoignages de pathologistes juridiques, et (2) la représentation profondément trompeuse des preuves scientifiques qui serait véhiculée, selon certains observateurs, par ces mêmes experts. Ces problèmes s’expliquent en partie par la mauvaise compréhension qu’ont le législateur, les juges et les jurés de l’attitude des pathologistes juridiques et surtout des coroners envers leurs obligations professionnelles. En effet, selon la loi, le témoignage d’un pathologiste ou d’un coroner présente, de façon désintéressée, des faits scientifiques, et ce, dans le seul but de soutenir la démarche d’établissement de la vérité qui est au coeur du procès. La grande fiabilité de ce témoignage sert donc de fondement à l’exercice de pouvoirs étatiques très répressifs. Cependant, pour les témoins eux-mêmes, leur tâche s’inscrit dans le cadre d’un mandat de santé publique plus vaste et de longue date qui consiste à «parler au nom des morts afin de protéger les vivants». Or, ce conflit entre cadres discursifs a compromis le caractère adversatif des procès non seulement de façon ponctuelle, mais également au cours des campagnes de longue durée de lutte contre la violence faite aux enfants et au cours de la carrière de nombreux pathologistes juridiques.
HATED IDENTITIES: QUEERS AND CANADIAN ANTI-HATE LEGISLATION
Dawn Moore
Carleton University
Angus MacLean Rennie
McGill University
En s’inspirant de la théorie gaie et du post-structuralisme, les auteurs analysent deux actes de violence à l’endroit de personnes gaies, soit les meurtres de M. Alain Brosseau et de M. Aaron Webster. Ils soutiennent que, dans les deux cas, le mode d’application des lois contre les crimes de haine révèle la nature problématique des efforts déployés pour figer juridiquement l’identité sexuelle. Selon la loi, le fait d’être gai serait inné et évident. Or l’analyse démontre que l’identité sexuelle est dynamique et tributaire de divers facteurs et qu’elle n’est pas forcément auto-déterminée grâce à l’application des lois contre le crime haineux. Les collectivités politisées, les acteurs judiciaires, les agresseurs et les médias participent tous à la démarche visant à «nommer» et à figer l’identité gaie.