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Revue canadienne de criminologie et de justice pénale
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juin 2006 (Numéro spécial) | Sommaire Volume 48, No 3


RÉSUMÉS

Nous présentons seulement les résumés des articles dans ces pages du Web. Les Notes de recherche et les Commentaires sont rarement inclus dans ces résumés. Les lecteurs qui désirent les textes complets doivent communiquer avec l’ ACJP et s’abonner à la Revue. Ils (elles) peuvent aussi se procurer les anciens numéros que nous avons en stock.



 
TEN UNCERTAINTIES OF RISK-MANAGEMENT APPROACHES TO SECURITY
 
Richard V. Ericson
Centre of Criminology, University of Toronto
 
L’auteur analyse 10 sources d’incertitude pouvant compromettre tout système de gestion du risque et les illustre par des exemples de mesures antiterroristes. (1) Toute évaluation du risque est une affirmation incertaine de savoir concernant des événements futurs dont on ne pourra saisir pleinement la nature. (2) On ne peut porter son attention que sur un nombre restreint de risques, et les autres risques non traités sont des sources d’incertitude. (3) Certaines décisions en matière de gestion du risque véhiculent l’incertitude de faux positifs ou de faux négatifs. (4) Les technologies de gestion du risque engendrent de nouvelles incertitudes, dont certaines présentent des risques plus graves que ceux visés par ces mêmes technologies. (5) Les risques se multiplient par un phénomène de réaction : en agissant en fonction des risques identifiés, on modifie l’environnement du risque et on fait naître de nouvelles incertitudes. (6) En raison de leur complexité, les systèmes de gestion du risque peuvent aboutir à des défaillances multiples et imprévues qui surviennent simultanément ; ces « accidents normaux » représentent une source d’incertitude qui échappe au contrôle direct de l’humain. (7) À la suite de défaillances catastrophiques, la tentation est forte d’imposer la gestion du risque à toutes les activités ; or, l’accroissement des mesures de surveillance, de vérification ou de réglementation augmente la complexité des systèmes ainsi que le niveau d’incertitude. (8) Les responsables de la gestion du risque, qui doivent évoluer dans un contexte où les défaillances font de plus en plus l’objet d’actions en justice, adoptent une posture défensive en prenant davantage en compte les risques opérationnels pouvant compromettre la réputation de leur organisation que sur les risques véritables qu’il leur appartient, en principe, de gérer. (9) Un excès de prudence augmente l’incertitude, suscite la peur, et engendre par conséquent des mesures de gestion du risque qui sont mal adoptées quand elles ne provoquent pas de nouveaux risques de catastrophes. (10) Les systèmes de gestion du risque peuvent restreindre les libertés, envahir la vie privée et faire en sorte que certaines populations soient victimes de discrimination ou d’exclusion. Enfin, la seule façon de minimiser ces tendances coûteuses et destructives et les incertitudes qu’ils engendrent consiste à modifier les systèmes de gestion du risque en posant aux acteurs des questions de valeur portant sur les droits de la personne, le bien-être, la prospérité et la solidarité.
 

 
GESTION DES RISQUES, LUTTE CONTRE LE TERRORISME
 
Jean-Pierre Galland
École Nationale des Ponts et Chaussées,
Laboratoire Techniques Territoires Sociétés

 
Si l’on passe en revue un certain nombre des caractéristiques actuelles de la gestion des risques (naturels, industriels, sanitaires, etc.) dans les pays industrialisés, et que l’on cherche à y déceler des techniques ou pistes de réflexion susceptibles d’être utilement transposées dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, on est amené à emprunter plusieurs pistes différentes. L’une mène plutôt à un constat d’incompatibilité : la « démocratisation technique » en cours en matière de gestion des risques, en Europe tout au moins, c’est-à-dire la tendance croissante à l’information, voire à l’implication des usagers, citoyens, ou des populations concernées sur ces questions, s’accommode mal de la propension à la rétention d’informations « à risques » propres à la lutte antiterroriste. Mais, d’un autre côté, les recherches peuvent sans doute être transposées vers la lutte antiterroriste : notamment, les recherches menées sur les difficultés à collationner et ordonner les bases de données d’incidents en vue d’une meilleure prévention des catastrophes ; sur les interrogations actuelles concernant l’usage des « retours d’expériences » dans les systèmes « ultra sûrs » (nucléaire, aviation) ; ou celles sur les travaux menés sur la « fiabilité organisationnelle ». Enfin, les tenants de la posture singulière du « castratrophisme éclairé » envisagent simultanément les deux domaines.
 

 
L’EXPERT, LE PROFANE ET LE TERRORISME : QUELQUES ÉLÉMENTS DE RÉFLEXION SOCIOLOGIQUE
 
Patrick Peretti-Watel
ORS PACA, INSERM U379

La gestion des risques technologiques ou sanitaires a suscité de nombreux travaux sociologiques ces dernières années. Il s’agit ici de mobiliser certains de ces travaux, pour montrer comment la gestion de ces risques, par ses accomplissements, mais aussi par ses défaillances, peut nourrir une réflexion sur la prévention du terrorisme. Trois axes sont discutés : le terrorisme est-il un risque, ou peut-il être traité comme tel, en utilisant les outils habituels de la prévention des risques ? Quelle place accorder au public dans la prévention des actes terroristes ? Enfin, quel est l’objectif principal de cette prévention : prévenir les attentats ou prévenir la terreur ? Des exemples récents nous rappellent que la gestion d’un article peut en exacerber d’autres, et qu’il faut prendre en compte les aspirations et les conditions de travail de ceux qui la mette en œuvre, mais aussi les réactions du public. En outre, la prévention du terrorisme ne doit sans doute pas trop compter sur une responsabilisation de l’usager. En revanche le public constitue une cible nécessaire de la prévention, ne serait-ce que pour prévenir la terreur et ses effets délétères.
 

 
AIRPORT SCREENING, SURVEILLANCE, AND SOCIAL SORTING: CANADIAN RESPONSES TO 9/11 IN CONTEXT
 
David Lyon
Surveillance Project, Department of Sociology, Queen’s University

Depuis les attentats du 9/11, la sécurité dans l’aviation est au cœur des préoccupations des États occidentaux, dont le Canada. On a mis en œuvre des mesures sécuritaires d’une sévérité inégalée, et tous les voyageurs aériens savent qu’en vertu de ces mesures, il faut présenter certains documents supplémentaires et prévoir des voyages plus longs. Cependant, la contextualisation de ces initiatives dans un cadre plus vaste permet de les percevoir comme les volets logiques et complémentaires de mesures déjà établies et qui propagent dans ce qu’on peut désormais qualifier de société de surveillance ou d’État axé sur la sécurité. C’est un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur et où la surveillance fait partie intégrale non pas d’un projet précis de suivi de suspects, mais bien d’un processus de triage social généralisé des populations. Dans le cas qui nous intéresse, il s’agit d’un triage en fonction du niveau perçu de dangerosité. Qui plus est, la sécurité devient, dans le cadre des régimes de gestion du risque, le nouveau critère de mesure de la qualité des politiques. Par conséquent, les instances aéroportuaires canadiennes misent désormais sur l’information préalable sur les voyageurs (IPV) et sur le dossier passager (DP) en tant que moyens de suivre les voyageurs et sur l’élaboration, sous l’égide de la nouvelle d’un plan concerté de contrôle des passagers et des bagages. Les exigences du libre-échange mondial signifient que les États doivent accorder une haute priorité à la mobilité des biens et des personnes. Ils doivent toutefois imposer des limites à cette mobilité en vue de démontrer que les installations aéroportuaires sont sécuritaires et que certaines catégories de personnes auront beaucoup de difficulté à franchir les frontières (internes).
 

 
RISKS, ETHICS, AND AIRPORT SECURITY
 
Pat O’Malley
Department of Sociology and Anthropology, Carleton University
 
Il convient d’établir une distinction importante entre les mesures formelles et informelles de profilage des risques. Selon la plupart des acteurs, les mesures formelles en la matière, lesquelles s’inspirent de données statistiques, représentent la meilleure façon de prédire et, partant, d’identifier des personnes ou des situations présentant un niveau élevé de risque. Cependant, il faut reconnaître que les profils formels sont fondés en grande partie sur des profils informels établis à partir des expériences et des cultures de travail de fonctionnaires oeuvrant dans le domaine de la sécurité. Il s’ensuit que les profils formels ont tendance à renfermer les mêmes erreurs et à exprimer des prophéties auto-réalisatrices qui engendrent des erreurs de fait ainsi que des conséquences discriminatoires pour les cas faux-positifs. Ceci dit, tous les profils accusent une multitude de problèmes. Par exemple, - et il s’agit du problème qui est sans doute le plus évident et le plus important -, les personnes faisant l’objet d’interdictions peuvent repérer facilement les mesures de profilage et modifier leurs opérations en conséquence en y intégrant des activités ou des individus qui ne correspondent pas aux profils établis. De là à conclure que les mesures de sécurité fondées entièrement sur l’analyse du risque pourront devenir moins efficaces que certaines solutions de rechange, telles que les interdictions ciblées aléatoirement.
 

 
NEITHER SAFE NOR SOUND? THE PERILS AND POSSIBILITIES OF RISK
 
Lucia Zedner
Centre for Criminology, University of Oxford
 
L’émergence du concept de risque en tant que fondement des politiques publiques revêt des conséquences profondes pour les libertés civiles. En effet, dès qu’on privilégie le risque aux dépens de la conformité aux règles dans le cadre de l’établissement de ces politiques, il peut miner les droits de la personne ainsi que les droits juridiques fondamentaux. Dans un contexte où les menaces pour la sécurité permettent certaines dérogations au respect des droits fondamentaux, il importe de se pencher sur les limites de l’évaluation scientifique des risques humains. À cet égard, faire une distinction entre l’évaluation et la gestion du risque n’apporte qu’une solution provisoire au problème de dénaturation et de distorsion éventuelles de l’évaluation du risque à cause de certaines visées et considérations politiques. Ainsi, l’étude des différentes façons dont des disciplines scientifiques connexes perçoivent le risque et l’incertitude, les articulent et élaborent des interventions en conséquence met en lumière un ensemble puissant, bien que problématique, de ressources et d’outils d’analyse qui pourraient très bien servir à la criminologie.
 

 
SÉCURITÉ NATIONALE ET SÉCURITÉ GLOBALE: L’ADAPTATION DES SERVICES DE RENSEIGNEMENTS FRANÇAIS
 
Frédéric Ocqueteau
Centre d’Études et de Recherches de Science Administrative (CERSA)
Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS)

 
Depuis les attentats américains de 2001, tous les services de renseignement ont été invités à se réorganiser, constat ayant été dressé de leur mauvaise réactivité à l’égard des nouvelles menaces. En France, deux phénomènes se jouent simultanément : les services de renseignement des ministères de la Défense et de l’Intérieur sont invités à coopérer plus efficacement tout en restant secrets. Une grammaire novatrice dite de la « sécurité globale », issue des cercles préfectoraux, semble accompagner cette intention. L’article en interroge les prémisses à l’aide de documents restés confidentiels. Faute d’interroger les pratiques réelles, la présente réflexion esquisse la nature des changements souhaités dans les bureaucraties régaliennes de l’État, dont le contrôle citoyen doit rester soigneusement dépossédé.
 

 
REFLECTIONS ON RISK ANALYSIS, SCREENING, AND CONTESTED RATIONALITIES
 
Peter K. Manning
College of Criminal Justice, Northeastern University
 
L’application de la notion de risque ainsi que sa modélisation, soit la conceptualisation de divers résultats et conséquences négatives d’un événement, sont des démarches bien établies en sciences humaines et en gestion de crise. Selon l’auteur, le risque se cache dans l’ombre qui s’infiltre entre le connu et l’inconnu. La présente étude s’inscrit dans le cadre d’analyses d’événements peu probables et à coût élevé tels que ceux découlant des tactiques classiques du terrorisme. Ce sont les événements « choc », tels celui du 11 septembre 2001, qui façonnent de manière dramatique les risques et la crainte des risques et, partant, les décisions, scénarios, tactiques et démarches institutionnelles devant prévenir d’autres attentats. Par ailleurs, la prise de décision à court terme et en période de crise subit l’influence disproportionnée des effets de groupe, de la nécessité d’un consensus, et de la primauté de l’action sur la réflexion, la différence et la débrouillardise. Il convient de préciser, à cet égard, que l’attrait de l’analyse du risque en matière de sécurité est sans équivoque : ce type d’analyse aide à simplifier des processus décisionnels complexes, elle s’accommode bien de la fausse croyance technologique selon laquelle la surveillance, les stratagèmes et le modèles électroniques et informatisés remplaceraient le jugement de l’être humain, qui ne traiterait plus que les questions faciles grâce à l’ordinateur et à une base de données. L’analyse du risque propulse à l’avant-scène une planification statistique rationnelle et l’application de politiques qui échouent, mais dissimule en coulisse des manipulations, des prises de profit et le brouillage de décisions qui relèvent en fait de l’exercice du jugement humain.
 
 

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