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BUILDING SAFER COMMUNITIES: LESSONS LEARNED FROM CANADA’S NATIONAL STRATEGY
Lucie Léonard, Giselle Rosario, Carolyn Scott, and Jessica Bressan
National Crime Prevention Strategy
Department of Public Safety and Emergency Preparedness
Cet article se veut une réflexion sur les tendances qui se font jour en matière d’action locale pour la prévention du crime et la sécurité communautaire au Canada. Cette réflexion est centrée sur les résultats de l’analyse et de l’évaluation de projets communautaires parrainés dans le cadre de la Stratégie nationale de prévention du crime. Certains de ces projets ont des effets bénéfiques : baisse des taux de criminalité, amélioration de la fréquentation scolaire et du rendement scolaire, diminution de la violence, amélioration des conduites prosociales, amélioration de la sécurité communautaire. Malgré ces progrès considérables, il reste encore bien des défis à relever en matière d’action individuelle et collective pour la sécurité.
THE NEED FOR COMPREHENSIVE CRIME PREVENTION PLANNING: THE CASE OF MOTOR VEHICLE THEFT
Rick Linden and Renuka Chaturvedi
Department of Sociology
University of Manitoba
La plupart des programmes de prévention du crime sont mal planifiés et appliqués, et ne contribuent que peu ou pas du tout à la prévention du crime. Les programmes sont habituellement fragmentés, la communication étant insuffisante entre les groupes qui ont un intérêt commun en matière de réduction de la criminalité. La plupart des programme sont isolés les uns des autres, et non liés dans le cadre d’une stratégie de prévention communautaire globale. Les collectivités qui ont réussi à faire baisser de façon significative les taux de criminalité ont adopté une approche globale en matière de prévention du crime, dans laquelle s’intègrent une série de programmes coordonnant les efforts concertés d’un grand nombre de partenaires et de participants. Pour être complets et efficaces, les programmes de prévention du crime doivent viser à analyser les problèmes de criminalité dans leur contexte communautaire, mobiliser un grand nombre de gens et d’organismes, tabler sur des stratégies de prévention très diverses, être soigneusement choisis en fonction des besoins propres à une collectivité; enfin, leur résultats doivent être évalués. Cet article illustre l’application de ces exigences à la prévention du vol de véhicules à moteur.
SITUATIONAL CRIME PREVENTION AS A KEY COMPONENT IN EMBEDDED CRIME PREVENTION
Patricia L. Brantingham and Paul J. Brantingham
School of Criminology
Simon Fraser University
Wendy Taylor
Ministry of Public Safety and Solicitor General of British Columbia
Cet article traite de la prévention des situations criminogènes, une démarche en pleine évolution. Les auteurs proposent que l’on étudie dans une perspective situationnelle les approches dernièrement utilisées au Canada en matière de prévention du crime. Ils explorent également comment la description articulée de la prévention des situations criminogènes peut être utilisée pour trouver des moyens de mesurer l’impact de programmes de prévention du crime donnés et pour intégrer la prévention du crime dans la gouvernance générale.
ENGENDERING CRIME PREVENTION: INTERNATIONAL DEVELOPMENTS AND THE CANADIAN EXPERIENCE
Margaret Shaw
International Centre for the Prevention of Crime, Montreal
Caroline Andrew
Faculty of Social Sciences
University of Ottawa
Cet article traite de l’absence d’une approche sexospécifique en matière de prévention du crime au Canada et à l’étranger. Les auteurs font valoir la nécessité d’intégrer dans une démarche sexospécifique les initiatives axées respectivement sur la violence à l’endroit des femmes et la protection des femmes, particulièrement au niveau des municipalités. Ils invoquent le travail accompli pour la protection des femmes et le renforcement du rôle des femmes dans la prise de décision au palier du gouvernement local. Dans la première partie de l’article, ils passent en revue les politiques et pratiques en vigueur dans le monde en matière de protection des femmes, les nouveautés et dernières tendances enregistrées en la matière, ainsi que certains des problèmes et des questions qui se posent – champs d’expertise et d’activité séparés qui semblent s’être développés sur les thèmes respectifs de la violence à l’endroit des femmes et de la protection des femmes; émergence de la perspective sexospécifique, isolation de ces domaines d’activité de la prévention du crime en général Dans la seconde partie de l’article, les auteurs évaluent les réalisations canadiennes en matière d’intégration de la perspective sexospécifique dans la prévention du crime et formulent des recommandations en ce sens, particulièrement au palier local.
LE PARTENARIAT DANS LA PRÉVENTION DU CRIME EN MILIEU URBAIN : LES DÉFIS D’UNE CULTURE À CONSOLIDER
Sophie Paquin
Département d’études urbaines et touristiques
Université du Québec à Montréal
Le partenariat pour la prévention du crime constitue une approche de plus en plus populaire dans la coproduction de la sécurité des collectivités. Toutefois, une certaine confusion et un usage inadéquat existent avec le terme de partenariat. Afin de clarifier ce concept, cette étude définit le partenariat et ce qui le distingue des autres modes d’actions collectives. Une enquête a été menée auprès des principaux spécialistes de la prévention du crime au Québec pour connaître leurs perceptions et expériences de la démarche partenariale. L’analyse des résultats de l’enquête souligne que le partenariat multidisciplinaire permet un accès bonifié aux ressources et aux clientèles, favorise le réseautage des partenaires, améliore les résultats des actions et procure un diagnostic de sécurité plus complet. Certaines conditions faciliteraient aussi l’élaboration et le fonctionnement du partenariat. Par contre, le peu de temps habituellement alloué à la consolidation de la démarche partenariale, les changements dans les structures, les cultures organisationnelles difficiles à concilier et la précarité financière des organismes sont des facteurs qui peuvent nuire au partenariat. Dans le contexte sociopolitique actuel, les partenariats en prévention du crime vont se multiplier malgré des conditions de base importantes à satisfaire. Des enjeux majeurs demeurent et vont influencer les débats sur les nouveaux partenariats, particulièrement le manque d’imputabilité des regroupements partenariaux et l’essoufflement des organisations qui, dans un contexte de précarité, ne cessent d’être sollicitées pour de nouveaux partenariats. Le partenariat amène donc une série de défis pour l’ensemble des acteurs en prévention du crime.
EVIDENCE-BASED CRIME PREVENTION: CONCLUSIONS AND DIRECTIONS FOR A SAFER SOCIETY
Brandon C. Welsh
Department of Criminal Justice
University of Massachusetts Lowell
David P. Farrington
Institute of Criminology
Cambridge University
Dans une société qui mise sur les résultats, les politiques gouvernementales et les pratiques locales en matière de prévention du crime privilégient les interventions qui ont fait leurs preuves - ce qui marche le mieux. Dans une telle société, la meilleure façon d’évaluer l’efficacité des mesures de prévention du crime consiste à effectuer des études systématiques qui guident les gouvernements dans l’élaboration de leur programme d’action en la matière. Cet article résume les principaux résultats d’un projet du groupe de coordination Campbell pour la justice et la prévention du crime, projet de recherche sur les moyens efficaces de lutte contre le crime, retenus parmi une grande variété d’interventions ciblées sur les enfants à risque, les délinquants, les victimes et lieux mal famés. Les conclusions complètes en sont publiées dans le livre à paraître intitulé Preventing Crime: What Works for Children, Offenders, Victims and Places. Cette première série d’analyses donne des résultats encourageants en ce sens que la plupart des interventions sont efficaces pour la prévention du crime et donnent, dans bien des cas, des résultats significatifs. Ces interventions sont diverses : cours d’apprentissage social pour les enfants, thérapie cognitivo-comportementale et traitement des délinquants toxicomanes en établissement, face à face entre victimes et délinquants au nom de la justice réparatrice, prévention des cambriolages à répétition, maintien de l’ordre dans les lieux mal famés, surveillance par télévision en circuit fermé, amélioration de l’éclairage public. On pourrait contribuer à une société plus sûre en donnant suite aux conclusions de ces études méthodiques, tant dans l’immédiat qu’à long terme. Outre la préparation et la mise à jour des études méthodiques entreprises par le groupe Campbell au profit des décideurs des praticiens et du grand public, il faudrait lancer un programme de recherche sur les nouvelles expériences faites en matière de prévention du crime et de lutte contre la criminalité.
A SHORT HISTORY OF CRIME PREVENTION IN AUSTRALIA
Peter Homel
Australian Institute of Criminology
L’Australie se distingue en matière de prévention du crime par d’importantes innovations et réalisations dans plusieurs domaines. En revanche, plusieurs facteurs structurels empêchent de bien tirer de ces réussites, dont une fragmentation continue entre l’état/les territoires et les organismes nationaux, l’absence de leadership national et de vision commune en matière de prévention du crime, les changements fréquents de direction et de priorités stratégiques à tous les paliers de gouvernement, les mesures provisoires qui empêchent de passer du stade « projet » au stade « programme », un manque de cohésion et de coordination entre les organismes clés (particulièrement la police) et l’absence d’une base de données probantes à l’appui du bien-fondé de l’approche stratégique dominante – le modèle communautaire de prévention du crime. Cet article traite de chacune de ces questions sous l’angle de la gestion de la prévention du crime aux divers paliers de gouvernement australien et propose certaines réflexions sur les orientations et pistes possibles à suivre pour remédier aux insuffisances existantes. On s’intéresse particulièrement aux conséquences d’un engagement plus ferme en faveur de l’utilisation de modèles valables pour l’ensemble du gouvernement à l’appui de l’élaboration et de la mise en œuvre de mesures de prévention du crime, à l’émergence du modèle de « rénovation urbaine » comme cadre pour l’élargissement et le renforcement de l’approche communautaire en matière de prévention du crime, au rôle changeant de la police dans ce domaine, et on fait valoir la nécessité de constituer des bases de données probantes à l’appui de la prévention du crime.
THE NEW LOCAL GOVERNANCE OF COMMUNITY SAFETY IN ENGLAND AND WALES
Tim Hope
Department of Criminology
Keele University
Cet article présente une vue d’ensemble et une évaluation, depuis 1997, des réformes et des politiques du gouvernement « New Labour » en matière de prévention du crime et de sécurité communautaire en Angleterre et au pays de Galles. On y passe en revue l’évolution de la situation depuis l’adoption, en 1998, de la Loi sur la prévention de la criminalité et des troubles de l’ordre public, et l’on y évalue l’impact de la stratégie du gouvernement pour la réduction de la criminalité et sa campagne de lutte contre le comportement antisocial. L’argument avancé est que, à force de vouloir réduire à tout prix la criminalité par la « modernisation » des services publics, et de donner la priorité au rendement en la matière, le gouvernement néglige de mettre en place la nouvelle gouvernance requise dans la collectivité en matière de sécurité en renforçant les institutions. Cette négligence a peut-être provoqué une aggravation du sentiment d’insécurité dans la société, lui-même alimenté par un regain d’appréhension du désordre. Cette tendance semble devoir se maintenir, compte tenu de l’approche adoptée par le gouvernement en matière de réforme stratégique. Le programme du « renouveau civil » qui s’annonce est prometteur pour les politiques qui reconnaissent la contribution des citoyens à la sécurité communautaire. Mais les défavorisés, qui ont un accès limité au capital social requis pour la participation, risquent d’en pâtir.
RECENT DEVELOPMENTS IN CRIME PREVENTION AND SAFETY POLICIES IN FINLAND
Kauko Aromaa
European Institute for Crime Prevention and Control, affiliated with the United Nations (HEUNI)
Jukka-Pekka Takala
National Council for Crime Prevention
Ministry of Justice, Finland
Le Conseil national de prévention du crime (CNPC) de la Finlande a été créé en 1989. Le gouvernement a adopté en 1999 un programme national de prévention du crime. Ce programme s’inspire du « modèle nordique » et comporte un organe national directeur et coordonnateur qui fournit des avis et des fonds au profit des comités et projets locaux de prévention du crime. Dans le cadre du modèle nordique de la prévention du crime, le système de justice entretient des liens étroits avec d’autres secteurs et assure un équilibre entre prévention par le développement social et prévention des situations criminogènes. Membre du Réseau européen de prévention de la criminalité (REPC) depuis 2001, le CNPC choisit des projets à présenter à la conférence annuelle sur les bonnes pratiques du REPC, qui seraient susceptibles de mériter un prix annuel européen de la prévention de la criminalité. La politisation manifeste des questions liées à la lutte contre le crime nécessite sans doute réflexion. Il faudrait probablement compléter le modèle nordique par d’autres démarches comme l’intervention précoce et diverses méthodes de prévention sociale de la criminalité, et privilégier davantage le réseautage, la coopération et les partenariats avec les nombreux acteurs intervenant dans la prévention du crime.
PREVENTION AND SECURITY: A NEW GOVERNANCE MODEL FOR FRANCE THOUGH A CONTRACT-BASED TERRITORIAL APPROACH
Sebastian Roché
Université de Grenoble/CNRS
Dans le modèle organisationnel conventionnel pour la sécurité publique et la prévention du crime, le gouvernement central et ses agents au palier local jouent un rôle dominant. L’analyse de la situation actuelle révèle que le rôle de l’État se fait plus modeste, tandis que les approches et les intervenants concernés se multiplient (citoyens, municipalités, gouvernement central, Europe, milieux des affaires, compagnies d’assurance). Cela nous amène à conclure que l’État perd son monopole en la matière, qu’il ne peut plus imposer une « démarche descendante » et qu’une nouvelle forme de gouvernance fondée sur le modèle territorial contractuel est désormais la norme.
CRIME AND CRIME PREVENTION IN SOUTH AFRICA: 10 YEARS AFTER
Anton du Plessis and Antoinette Louw
Crime and Justice Program
Institute for Security Studies (South Africa)
La transition en cours en Afrique du Sud depuis 1994 exige un remaniement en profondeur des institutions et des lois nationales. Une pléthore de nouvelles politiques et lois en matière de justice pénale ont été adoptées ces dix dernières années. Après 1994, l’une des priorités du gouvernement a été la National Crime Prevention Strategy (NCPS), qui reconnaissait les causes sociales et conjoncturelles de la criminalité, ainsi que la nécessité d’établir des partenariats entre ministères gouvernementaux et acteurs de la société civile. Toutefois, cette stratégie est en perte de vitesse en raison des pressions exercées par le public et les milieux politiques en faveur de solutions radicales immédiates. Depuis 1999, le gouvernement privilégie les interventions musclées en matière d’exécution de la loi et l’adoption de nouvelles lois visant à améliorer l’administration de la justice pénale. Les auteurs de cet article affirment que le système de justice pénale de l’Afrique du Sud fonctionne bien, compte tenu des défis à relever depuis 1994. Sa tâche consiste maintenant à dissiper les perceptions négatives entretenues par le public au sujet de la sécurité, et à renouveler les efforts de lutte contre le crime en s’attaquant aux facteurs sociaux et conjoncturels qui échappent au contrôle de la police et des tribunaux.
AMERICAN CRIME PREVENTION: TRENDS AND NEW FRONTIERS
Amie M. Schuck
University of Illinois at Chicago
La prévention du crime est à la croisée des chemins aux États-Unis. Après des décennies d’efforts couronnés de succès, la prévention est entrée dans les mœurs en Amérique, et les stratégies de prévention commencent à faire partie intégrante des politiques gouvernementales. Néanmoins, il reste encore beaucoup d’incertitude relativement à la forme, au fonctionnement et au contenu des programmes de prévention. Dans le passé, les initiatives de prévention misaient sur les techniques de surveillance et de neutralisation, et privilégiaient essentiellement la lutte contre les armes, les gangs et les drogues. Au cours des dix dernières années, des formes de prévention plus novatrices ont été incorporées dans les politiques publiques. Toutefois, le conservatisme ambiant, combiné à la peur du terrorisme et à la raréfaction des sources de revenu, favorise le retour à la surveillance et à la neutralisation. Comme il n’y a pas d’organisme responsable en propre de la prévention du crime aux États-Unis, ni même un programme national de lutte contre le crime, l’action en la matière se fait au coup par coup dans ce pays. À l’heure actuelle, les thèmes qui dominent le discours américain sur la prévention du crime sont ceux des systèmes d’intégration de l’information et de la technologie de prévention, des partenariats entre organismes chargés de l’application de la loi, des interventions ciblées. En revanche, il est peu probable que les tendances actuelles de la criminalité se maintiennent. Malgré les quantités impressionnantes de données probantes accumulées ces dernières décennies à l’appui de l’utilité des initiatives de prévention du crime, les pressions en faveur du retour à la logique désuète de la dissuasion et de la punition sont encore énormes.
DE LA PRÉVENTION ET DE LA SÉCURITÉ : RÉFLEXIONS SUR LA GOUVERNANCE DURABLE DE LA SÉCURITÉ DES COLLECTIVITÉS
Daniel Sansfaçon
Centre international pour la prévention de la criminalité
Les politiques et pratiques de prévention de la criminalité ont significativement évolué au cours des quelques vingt dernières années. Elles se sont diversifiées et spécialisées; mais elles se sont surtout répandues dans de nombreux pays et villes, et l’Organisation des Nations Unies (ONU) a adopté des lignes directrices pour leur mise en œuvre. Au même moment, et au-delà du contexte géopolitique global qui voit les gouvernements mettrent l’accent sur la sécurité et les mesures de contrôle davantage que sur les mesures préventives, ces politiques ont très souvent été remises en question. Les mots clés incantatoires propres au discours préventif, de même qu’une certaine prétention à formuler des « recettes » y sont dans doute pour quelque chose. Néanmoins, à travers les mécanismes du partenariat, les outils de diagnostic local de sécurité, le recours à la connaissance et la pratique de l’évaluation, les politiques de prévention ont fortement contribué à instaurer une conception différente de la sécurité, une conception qui nous fait passer du gouvernement de la sécurité intérieure à la gouvernance de la sécurité citoyenne. Par tâtonnements et approximations successifs, se construit en effet un autre rapport à la normativité, qui ne relève plus uniquement de l’État mais qui est décentré et fragmenté, permettant ainsi une implication plus grande de la société civile dans la production du lien social.